V. chapitre précédent
0/ LE MOUVEMENT OUVRIER e
D'ailleurs il a pour lui les plus illustres suffrages : Sainte-Beuve dès 1851 lui consacre une étude, Tony Johannot, Andrieux, Nanteuil illustrent ses chansons, Ernest Reyer étudie son talent musical, Baudelaire écrit pour lui une préface admirative, où il se proclame l'adversaire « de la puérile utopie de l’art pour l'art ». « Le succès de ce nouveau poète, dit-il, est un événement grave, non pas tant à cause de sa valeur propre, qui est cependant très grande, qu’à cause des sentiments publics dont celte poésie est le symptôme et dont Pierre Dupont s’est fait l'écho. » Or ce sentiment public réclame une poésié qui soit l'expression de ses plaintes et de ses désirs, car l’art est l'inséparable de la morale et de l'utilité.
Ce sera l'éternel honneur de Pierre Dupont, conclut Baudelaire, d’avoir le premier enfoncé la porte. La hache à la main il a coupé les chaînes du pont-levis de la forteresse. Maintenant la poésie populaire peut passer. » | <
Le premier, non sans doute, et Baudelaire semble ignorer Reboul, Hégésippe Moreau et tous les poètes. dialectaux, mais Pierre Dupont fut peut-être, de tous les poètes-ouvriers, Je plus connu, sinon le plus intéressant. ;
C'est pourquoi il n’est nul besoin d’insister: autour de lui mentionnons encore ce Savinien Lapointe, qui. reçut de Léon Gozlan, dé Victor Hugo, de George Sand, d'Emile Deschamps, de Béranger, d'Eugène Süe les encouragements les plus enthousiastes 19. « Des hommes comme vous, parmi le peuple, lui écrivait Victor Hugo en 1842, sont des flambeaux qui éclairent le travail des autres. » Plus tard® faisant un mélancolique retour sur lui-même, Savinien Lapointe disait : « L’ouvrier-poète fut très exploité par les libéraux de 1840. »
C'est un cordonnier qui a combattu pendant les journées de Juillet, et sa voix est, comme il le dit, une voix d’en bas?!, qui