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Citée par G. Sand : Préface à Le Chantier

Nîmes, le perruquier d'Agen, le menuisier de Fontainebleau, le tisserand de Lisy-sur-Ourcq, le calicotier de Rouen, le cordonnier de Paris, la couturière de Dijon ». « Ce sont là, ajoutait-il. les signes précurseurs et infaillibles d’une émancipation politique prochaine, contre laquelle de prétendus hommes d'état roidissent vainement leurs petits bras. »

Présenté de cette façon, on sait comment Poncy fut accueilli par cette bonne mère des poètes-ouvriers, qui ne manqua point de l'appeler « mon enfant »; nous avons cité quelques fragments de la préface enthousiaste qu’elle mit à son second volume, Le Chantier (1844). 2 Elle l’avait aimé d'autant plus, ce petit volume, qu'il était écrit tout entier sous son inspiration. Il n'y a plus ici de visions maritimes, de paysages toulonnais, de coins méridionaux, c’est d'un bout à l’autre de la « poésie sociale », au reste de Ja meilleure qualité morale. Ce n’est point le ton révolutionnaire de l'ouvrier qui envie le bourgeois et rêve d’une révolution pour se mettre à sa place; c’est la satisfaction du prolétaire, fier de sa condition, conscient du grand rôle social qu'il peut jouer lui aussi. Ce ne sont point des cris de révolte, mais voici plutôt :

Que nous sommes heureux d’être ouvriers, mes frères, .L'ouvrier doit rester au rang où Dieu l’a mis.

ct encore ces bons conseils :

Instruisons-nous : les maux sont fils de Fignorance, Travaillons : le travail donne l'indépendance...

Or cette attitude paisible, cette noble fierté de la condition populaire, ce sera plus tard un des sentiments essentiels de la poésie félibréenne.

Le sentiment religieux aussi, mais ici il y a une différence

26. Ges vers parurent d’abord dans l’Afelier, dont nous avons parlé au chapitre précédent. Dans le compte rendu qu'il avait fait des Marines (mai 1842), ce journal avait mis Poncy en garde contre l’imitation des poètes bourgeois ct romantiques, et il'se félicite (juin 1844) de voir que Poncy a compris enfin ce que doit être la poésie du peuple.

importante; Poncy n'est pas un traditionnaliste aussi décidé que Reboul, que Jasmin, que Mistral plus tard; son christianisme existe, très profond, mais sous la forme particulière où George Sand pouvait l’accepter; c’est le christianisme social de 1848, non pas le catholicisme de Reboul, et même c’est un christianisme -naturellement anti-clérical :

Aïmons le Christ, afin que de ses faux ministres Son bras fasse avorter tous les désseins sinistres.

mais un christianisme tout de même, qui ne renie point la prière

Prions, pour ne plus voir, le soir, sur les pavés,

L'ivresse et la misère aux regards dépravés;

Prions pour que son souffle éteigne dans nos villes

L’incendiaire feu des discordes civiles.

un christianisme, qui espère en un retour du Christ sur la terre, et qui souhaite, pour ouvrir les temps nouveaux, un Messie, dont les ouvriers seront les apôtres.

Mais ce que Poncy semble avoir exprimé mieux que tout autre de ces poètes-ouvriers, c’est l'attachement au métier, le désir de rester « peuple », du moment que l’on naquit « peuple ». Il avait compris le conseil de Béranger que nous avons cité plus haut : « Mon enfant, restez maçon, si vous voulez devenir grand poète », celui d'Ortolan, qui lui disait : « Songez que votre truelle est votre gagne-pain, votre repos, votre dignité d'esprit et aussi votre véritable inspiration. Restez poète du peuple venu de lui et dévoué à lui? », celui de George Sand, qui lui conseillait, nous l'avons : vu, de paraître dans la littérature «avec le plâtre aux mains ». Ce n'était pas seulement chez lui attitude Httéraire, c'était une vraie conviction, que nous ne*pouvons mettre en doute, quand nous le voyons en donner par ses actes les preuves les plus éclatantes. | : %

Tout jeune encore, il épouse une jeune orpheline, dont il fait

27. Cf. le vers célèbre de Mirèio (ch. r1, strophe 2) : « Car cantan que pèr vautre, o pastre et gènt di mas. » Car nous ne chantons que pour vous, ô pâtres et gens des mas.

le bonheur, tout désintéressé, sans chercher à profiter de sa célébrité naissante pour se pousser avantageusement sur le chemin du mariage.

C'est à cet amour très noble et très pur, qu’il consacre un nouveau recueil de vers dont le style, à la vérité, est faible et de peu d'originalité, mais qui témoigne toujours des sentiments les plus louables et les plus sincères. Ge « bouquet de marguerites », il est bien banal sans doute, mais tout de même très touchant, si l'on songe que Poncy aurait pu se laisser griser par le parfum d’autres fleurs moins simples, ou même par celui des lauriers dont le couronnait abondamment la dame de Nohant. S'il est invité en 1845 par les ouvriers parisiens à les venir voir, — et ils se cotisent pour lui payer son voyage, — s’il est reçu par M. de Salvandy, Ministre de l’Instruction publique, alors que déjà un autre ministre, Villemain, lui avait donné 200. francs pour l'achat d’une petite bibliothèque, s’il reçoit de tous côtés les plus éclatants témoignages, sa solide tête provençale ne se laisse point griser; comme Reboul, comme Jasmin déjà, comme Mistral plus tard, il regagne Toulon où il va reprendre la truelle®. ee

Somme toute plus que Reboul Poncy était bien un poète du peuple, en ce sens qu'il cherchait ses thèmes d'inspiration dans son métier et dans la vie de ceux qui l’entouraient; en ce sens il sérait-encore intéressant s’il n'avait été trahi par son style.

Où la chose se confirme, ce fut dans le recueil où Poncy aurait dû triompher, s'il eut été véritablement préparé à la tâche qu'il s'était fixée. J’ai dit comment George Sand, à laquelle il demandait un sujet, l'avait engagé à écrire « la chanson de chaque métier ». « Le Postillon, le Forgeron, le Maçon, le Laboureur, le Boulanger, le Jardinier, le Fossoyeur, etc. quelle foule inépuisable de types variés et qui tous pourraient être embellis ou plaints par le poète. Il faudrait faire aimer toutes ces figures, même celles dont le premier aspect repousse et inspirer une pitié tendre pour ceux’qu'on ne pourrait admirer, comme des êtres utiles ou courageux. » Eu

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