‹ La Renaissance ProvençaleChapitre 58 sur 182 · Un Bouquet de Marguerites · texte numérisé non relu

Un Bouquet de Marguerites

29. Toutcfois il ne resta point maçon jusqu'au bout; en 1848 il devint Secrétaire de la Chambre de Commerce de Toulon. Ë

Poncy se mit à cette belle œuvre; il avait, comme dit George Sand, « la grandeur et l'enthousiasme », mais elle craignait qu'il ne manquât de « simplicité ». Sa crainte était juste. Ce n’est pas

que parfois il n'y ait quelque accent vrai, quelque vive allure,

quelque entrain pittoresque dans ces chansons-qui veulent être populaires. Qu’on écoute un instant par exemple la chanson alerte du roulier :

Eh! youpl la route est belle, Gai roulier, Gaï roulier qu’on attelle, Eh! youpl la route est belle, En avant, limonier!.….

Vive l'hôtellerie Le vin doux, La luzerne fleurie!

Vive l'hôtellerie Où l’on couche à cinq sousl...

Mais trop souvent les rythmes sont lourds et compliqués, les sentiments empruntés, l'allure maladroite, limitation de Béranger trop évidente et surtout ce peuple que Poncy fait chanter, ce

n’est point le peuple de Provence, car la langue est de façon cons-

tante très mal appropriée au sujet. Elle est littéraire et parfois

. même académique; le vannier y parle des « vierges d'Athènes »

et des « corbeilles de la druidesse », le guinguettier célèbre « les flacons de vin doux » en appelant sa femme « mon Eve », le

ramoneur qualifie Paris de « moderne Babylone », le matelot

chante « la Vénus noire ». Sans doute même en français Poncy pourrait avoir plus de simplicité, plus de naïveté populaire, mais le français, le français appris dans les livres, le seul que pouvait connaître Poncy, dont. la langue maternelle était le provençal, ce français de Béranger, de George Sand, de Lamartine, était une langue aussi peu qualifiée que possible pour chanter, surtout

sur une terre d’oc, ia chanson de chaque métier.

Ee premier protecteur de Charles Poncy, Ortolan,: avait dit fort

justement : « La pensée poétique est comme en réserve dans

Page 1