‹ La Renaissance ProvençaleChapitre 64 sur 182 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Clémence, histoire racontée au pied d’une tombe, par M. Lacrausette; ;:

Plainte d'Amour, chansonnette chantée par M. Autard, paroles de

. M. Ferrand, musique de M. V. Aymès; È

3° Minelte, poésie légère, par M. Vire;

4° Le Proscrit, romance chantée par M. V. Baudin, paroles de MFerrand, musique de M. V. Aymès;

5° L’Hiver, par M. Fortoul, poésie lue par M. V. Gonin, artiste dramatique;

6° Le Matin, aubade chantée par M. Martin, paroles de M. Mazuig,

musique de M. Camoin:;

Station au Calvaire, par M. Mazuig;

8° Première partie de Les Machabées, oratorio, paroles de M. Mazuig, musique de M. Chevalier, chantée par ses élèves. L'orchestre sera dirigé par l’auteur de la musique.

Peinture : une marine exposée par M. Labasse, peintre.

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Le piano sera tenu par M. Monticelly.

Il y a là sans doute un Malfilâtre suffisamment significatif, un hommage à Lamartine qui ne l’est pas moïns, des morceaux reli-. gieux qui trahissent l'inspiration catholique de ces démocrates, futurs ouvriers de la République humanitaire et déiste, mais bien d’autres morceaux, ne sont que des « élégies » ou des « méditations », dont la veine, nous le sentons bien, est rien moins que uieie:

C'est là ce que déjà dans sa préface faisait remarquer Joseph Autran : « Nous aurions souhaité, dit-il, que, négligeant les thèmes habituellement exploités par les muses de salon, par les poètes académiques, ils eussent choisi les objets de leurs inspirations dans la zone sociale où Dieu les a placés, dans les éléments même de leur laborieuse existence. »

En somme ils suivaient plutôt la tradition de Reboul que l’exemple de Charles Poncy.

Cependant ce serait trop dire que de les accuser d’avoir négligé complètement cette inspiration populaire. Quelques titres de poésies du recueil de 185r pourraient témoigner du contraire :

Gutenberg aux ouvriers imprimeurs, par Mazuy; Riche et pauvre, par Joseph Fouque, épicier; Vincent de Paule, par Mazuy; Belzunce, par le même; Le Travail, par Justin Laurent; Le Christ du graveur, par Raymond, aide mécanicien; La Charité, par J. Laurent; Le Missionnaire au Bagne, par le même.

Toutefois, même pour traiter de tels sujets, ils emploient un style lâche, voilé, littéraire, lamartinien en un mot, qui n'indique point qu'un art populaire se soit formé en cet Athénée.

Mais ce qui est le plus curieux à surprendre dans ces recueils de l’Athénée ouvrier, c'est une évolution capitale pour le. sujet qui nous préoccupe. Alors que le premier recueil, celui de 1846, ne contient qu'une seule poésie écrite en provençal; le second, cinq ans après (1851), en contient onze, œuvres de cinq poètes différents, le troisième (1852), en compte quatorze, œuvres de cinq poètes aussi, mais parmi lesquels on voit apparaître par deux fois le nom de Joseph Roumanille, de Saint-Remy; enfin en 1855 le recueil change de titre; il s’appelle désormais l'Athénée de Provence, recueil de morceaux poétiques et littéraires en français et en provençal. L'éditeur, Alexandre Gueydon devait diriger pendant vingt ans (1856-1876) un Almanach de Provence, qui pouvait faire, en une certaine mesure, concurrence à l'Almanach des Félibres d'Avignon, mais qui resta toujours bilingue; il devait aussi publier un recueil de biographies d’illustres Provençaux : Le Plutarque Provençal et collaborer ainsi de façon active à la renaissance du sentiment national en Provence. En une préface intelligente et sobre il déclarait qu'il voulait grouper tous les poètes, quelle que fut la langue choisie par eux, et les

inviter à marcher ensemble « à l'émancipation littéraire et artistique de la Provence ». :

Aussi en cet Athénée de Provence y a- til dix-huit pièces en provençal dès le premier recueil, et les noms de Roumanille, de Peyrottes, de Tavan, de Mistral, qui du reste se sont déjà manifestés à cette date, où le Félibrige est fondé.

De plus certaines idées apparaissent dans ce cercle d’ouvrierspoètes, qui jusqu'alors leur restaient inconnues; ces travailleurs jusqu'alors, célébraient leur humble condition, ils chantaient le Christ ou la fraternité, mais non point encore la Provence, ils se sentaient peuple, mais non pas spécialement peuple du Midi. Or désormais il n’en va plus ainsi. Maintenant un ouvrier forgeron, À.-L. Granier5tl, adresse une épître, non plus à Lamartine, mais à Mary-Lafon qu'il appelle « le noble défenseur des nationalités mourantes du Midi » et, chose plus significative encore, ce Mary-Lafon dont nous avons vu le rôle et l’influence, est choisi par l’Athénée de Provence comme président honoraire. Il en remercie les membres et leur écrit :

« Depuis vingt-cinq ans je travaille avec courage et espérance à déchirer le voile que l'envie et les vieilles haines du Nord ont étendu sur le front jadis si haut et si brillant de la Patrie méridionale; j'ai fait reverdir en ce siècle les lauriers et les rameaux d’or de sa couronne et en réveillant dans leurs tombes les glorieux Troubadours, qui ont dormi huit siècles, mais qui ne sont pas morts, j'ai eu le bonheur de montrer que jamais nation n’avait moissonné plus largement que la Provence dans le champ du génie. Voilà les titres qui m'ont désigné à votre choix et dont je suis fier, car ils m'ont fait frapper d'ostracisme sous tous les gouvernements. Aimer, honorer et louer le Midi aux yeux des hommes qui le haïssent par intérêt, par envie et par tradition et des renégats, qui le vendent pour une croix ou une place, est un crime que j’ai expié jusqu'ici par un déni de justice complet, mais que je continuerai à commettre jusqu'au dernier battement de mon cœur. »

De si fières déclarations ont un accent tout nouveau et très

51. Granier prit part aux Roumavwägi d'Arles et d’Aix, v. IV® partie, ch. m

Le

impressionnant. De telles paroles ne tombent point, sans y germer, en des intelligences ardentes et naïves. Pour ces ouvriers, Mary-Lafon devient un héros, son culte remplace insensiblement celui de Lamartine, c’est à lui qu’on adresse des odes

C'est l’homme courageux qui relève avec gloire De l’immortel Midi la mémorable histoire...5?

A Lé » L Fr A -et de son côté le potier de Clermont-l'Hérault, Peyrottes, chante la renaissance poétique du Midi : :

Que t'aurio dich après très cèns annados O Gay Saber! que sariès nostre amour!

Ainsi donc on peut suivre la courbe du mouvement : c’est d'abord parmi les masses populaires, un grand désir d’apprendre, de se hausser vers la vie intellectuelle, de participer aux jouissances de l'esprit, et, comme les adolescents, comme les peuples jeunes, ces ouvriers enthousiastes débutent par la poésie. Mais si vif que soit leur enthousiasme, si ardente leur admiration pour Lamartine, ils ne peuvent manier que maladroitement la langue française, qui n’est point celle de leur enfance, langue apprise, non maternelle. Longtemps, ils croient que c’est signe de supériorité que de s’y hausser, mais peu à peu éclairés par ce qu'ils peuvent avoir lu des historiens et des romanistes, ils comprennent la nobiesse et la valeur de la vieille langue, et les meilleurs d’entre eux, c'est-à-dire, ceux qui, vraiment poètes, sentent le besoin d’une expression adéquate à leur tempérament, vont peu à peu vers la poésie provençale; alors que l'effort des

autres, faute de culture, avortera, sombrera dans le grand nau-

frage de 1848, eux indiqueront la possibilité d’une poésie populaire, populaire à condition qu'elle soit dialectale. C’est le chemin même suivi par Joseph Roumanille, qui commencera par écrire de faibles vers français et lamartiniens, avant d’arriver à ce chant naïf de fauvette, — de bouscarlo — qui devait faire sa vraie personnalité et sa popularité.

52. Ode à Mary Lafon par Soliman-Moscow, poètc-ouvrier, Athénée de Provence, 1853.

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