Cité par J. Bauquier, op: cit
32. V. Legrand d’Aussy : Préface des Fabliaux, 5 vol., 1781, et Observation sur les Troubadours; Paris, 1785, reproduits dans le t. II des Fabliaux.
33. Louis-Pierre Béranger, né à Riez (B.-A.) en 1749, mort à Lyon en 182:; il publie en 1782 : le Portefeuille d'un Troubadour, qu'il fait suivre de sa lettre sur les Troubadours (Marseille-Lyon). La même année : Voyage en Provence (Orléans), en 1786; Les Soirées Provençales (Paris), rééditées en 1819 (Paris), 2 vol., où figure encore sa lettre sur les Troubadours. V. Robert Reboul : Physionomies Provençales (Marseille, 1895), p. 171-185.
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légende des Cours d’'Amour%, quand, évoquant en un style du plus pur « rococo » « les bords enchanteurs de la Sorgue », « le frais ombrage des lauriers, des myrthes fleuris », « les délicieuses plaines du Comtat », il parle de « ces Académies de femmes aimables et de jeunes beautés, aussi célèbres par leur esprit que par leur sensibilité et les charmes de leur figure » et l'on pressent déjà les thèmes futurs des félibres, quand il continue : « Là les Mabile de Villeneuve, ies Huguette de Sabran, les Dagoult et vous, Ô belle de Sade, avec qui l'élève des Troubadours a partagé son immortalité, là Blanchefleur de Pontavès, Estéphanette de Gantelme, Garsende de Säbran, comtesse de Provence, et mère de Raymond Bérenger, toutes accompagnées de leurs Troubadours en titre, tenaient ces charmantes cours d'amour... qui produisaient tant de lais et d’agréables tensons. » Je mie laisse aller à cette citation, mais ce n’est pas pour le seul plaisir de sourire du bon professeur de rhétorique du dix-huitième siècle, c'est. que nous sommes ici sur la piste d'un des thèmes favoris, d’un des « leit-motiv », des « poncifs » même, il faut bien le dire de la littérature provençale du dix-neuvième siècle#%. Ces « cours d'amour», créées par l'imagination de Jehan de Nostredame, elles ont eu depuis leur place indiquée dans les écrits de tout bon provençaliste, mais: on conçoit bien tout ce que la « sensibilité » du dix-huitième siècle leur ajoute et tout çe que leur ajoutera bientôt le jeune romantisme.
Et ne voyons-nous pas dans ce même texte un sécond thème félibréen qui apparaît déjà : l'éloge de la gaîté méridionale, devenant ensuite une tradition chez nous difficile à démolir, bien qu'elle ne soit pas, tant s’en faut, toujours exacte. « Rien de
34. Quelques années après, le Président Rolland fait paraître un ouvrage : Recherches sur les prérogatives des dames chez les Gaulois, sur les Cours d'Amour; Paris, 1787, cité par Diez (Essai sur les Cours d'Amour) qui le traite de compilation sans valeur critique. V. à ce propos G. Paris : article sur les Cours d'Amour (Journal des Savants, 1888), et J. Anglade : Jehan de Notre dame, Introduction, p. 83.
35. Notons que les félibres de Montpellier, le.3 septembre 1879, tiennent pour la première fois une Cour d'Amour, présidée par sept dames. V. G. Jourdanne : Histoire du Félibrige; Avignon, 1807, p. 93. Dans Mirèio (chânt IT, str. 3), on trouve l’invocation — un peu forcée — d'une cour d'amour présidée par sept jeunes filles, et PRES loin le nom de Fanette de Gantelme.
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plus vif, dit Béranger, de plus brillant que l'imagination de ces Gascons si pauvres et si gais, de ces Languedociens si doux et si chansonniers, de ces Provençaux pétulants, si généreux, si enjoués! Chez ces peuples aimables l’activité est un privilège national, la gaîté un héritage commun, le talent poétique ou le don de l’éloquence une ressource qui les console de l'injustice de la fortune. » Car la fortune est injuste à leur égard. Si avec des dons brillants ils n’ont pas mieux réussi, c’est qu'ils n’ont pas eu de Mécène, de théâtre, pas d'encouragement. Et voici un troisième thème qui sera cher à la littérature félibréenne : « L’enthousiasme, qui dans la capitale est à la fois la récompense et l’'aiguillon du génie, anime rarement nos méridionaux; or, dans cet abandon d'estime et d’émulation, l’homme qui, dans Paris et les provinces circonvoisines, ne voit et n'entend que les honneurs que lon y décerne aux talents, peut-il s'élever facilement au rang d'esprit créateur? »
Ce n’est pas très clairement ni très bien dit, mais c’est déjà presque un couplet sur la décentralisation. Toutefois l’idée qu’on pourrait écrire en provençal ne vient point à l'esprit de notre protestataire; quand il veut faire honneur au Midi, ce sont les noms de Montaigne, de Gondillace, de Mirabeau, de Vauvenargues quil cite; il ignore La Bellaudière comme Goudouli.
Nous trouvons le même état d’esprit chez l’abbé Papon%. Dans sa très: savante et très intelligente Histoire de Provence, il parle avec complaisance des Troubadours. Il donne% la biographie d’un certain nombre d’entre eux, Raimbaud d'Orange, la comtesse de Die, Cadenet, Raimbaud de Vaqueiras, Folquet de Marseille, Guillaume de Porcelet, Blacas, Bertrand-d’Alamanon, Guillaume des Baux, Gui de Cavaillon, Boniface de Castellane, Geoffroy Rudel. I] y ajoute une « dissertation sur l’origine et les progrès de la langue provençale® », et l'influence qu’elle a eue sur les langues italien-
nes, françaises, espagnoles: « Notre but, disait-il, est de considérer origine et les progrès de la langue que nous parlons encore
36. Prêtre de l’Oratoire (1736-1803), membre de l’Académie de Marseille. 37. 4 vol. in-4°; Paris, 1777: à 1786.