‹ La Renaissance ProvençaleChapitre 8 sur 182 · SOU IT · texte numérisé non relu

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39. Ce mémoire avait été lu en séance > publique à l’Académie de Marseille

en !I 779.

et de marquer l'influence qu'elle eut sur nos voisins. Sa supériorité sur toutes les autres est une preuve de celle que nos pères avaient du côté des talents et des mœurs; Car, en général, la nation qui parle le mieux est aussi celle qui brille davantage par sa politesse et ses lumières. Nos pères pouvaient se vanter de cette double prérogative. » Il montrait à sa façon, — le plus souvent fantaisiste, — mais où perçaient déjà de vives intuitions de la réalité, comment le provençal était un mélange de grec, de latin, de celtique, comment au Moyen âge il s'était répandu dans tout l'Occident, par des causes politiques sans doute, mais aussi par sa valeur propre. « Notre langue, dit-il, ne fut redevable qu’à elle-même de sa supériorité sur les autres. Riche de son propre fonds, elle était bien éloignée de la barbarie et de la stérilité des différents idiomes qui régnaient dans les Gaules. Ellé avait de la clarté, de l'élégance et une certaine harmonie. »

Deux ans après il se mélait au débat soulevé par Legrand d'Aussy, en insérant, à la fin de son Voyage Littéraire de Provence, cinq lettres sur les Trouvères et les Troubadours}*où il prenait vigoureusement la défense du Midi. Il montrait quel avait été l'antique éclat de la poésie et de la langue provençales, l’influence de cette poésie sur les peuples voisins. Et, comme Legrand avait reproché aux Provençaux de n'avoir point de romans de chevalerie, Papon, devançant la théorie de Fauriel#, émettait l’idée que les romans français n'étaient, comme les fabliaux, comme les poésies lyriques, que des traductions d'originaux provençaux perdus : « Eh! Monsieur, s’écriait-il, si nous avions nos anciens romans, nous verrions peut-être qu'il en est des romans français, dont on fait tant de bruit, comme de ces contes auxquels nous avons trouvé une origine provençale; car nos premiers poètes provençaux ont précédé de plus de cent ans les premiers fabliers. »

C’est ainsi que le bon Papon s’indignait le long d’une centaine de pages, et pour compléter cette dissertation et donner des preuves à l’appui de son indignation, en 1787, il ajoutait à la nouvelle édition de son Voyage la vie détaillée de trois Troubadours parmi les plus célèbres : Bertrand de Born, Arnaud de Marveil, «Aimeri de Péguillain. £

ko. V. plus loin chapitre ". Y

Au reste, il ne faut pas prendre l'abbé Papon pour un farouche « provençaliste », ni croire qu'il revendique contre le français les droits du provençal. Dans le même temps qu'il soutenait contre l'impatient traducteur des fabliaux cette amusante polémique, il prononçait le 10 décembre 178r, à l’Académie de Mar-

seille, dont il était le directeur, un discours à l’occasion du troi-

sième centenaire de la réunion de la Provence à la Couronne. Il y célébrait en termes joyeux l’union des deux pays

« Il n'y a plus, disait-il, entre les Provençaux et les Français cette opposition d'intérêts, cette différence de gouvernements, de mœurs et de langage qui élevait entre eux un mur de séparation. Les lumières circulent librement d'un peuple à l’autre... Pouyions-nous désirer d'appartenir à une nation plus ingénieuse et

plus aimable? Toute notre ambition- ne devait-elle pas être de

lui ressembler?..: Aujourd’hui, nous sommes confondus avec la nation française el c’est là ce qui fait notre gloire et notre bonheur. »

Tel est l'état d'esprit des lettrés provençaux de l'Ancien Régime; un Papon aime passionnément la Provence dont il raconte l’histoire, mais il est tout dévoué, sans arrière-pensée, : sans regret, à la monarchie française.

Aussi bien que dans les protestations de Béranger ou de Papon, l’on peut entendre dans le Dictionnaire d’Achard't le retentissement des travaux de Sainte-Palaye. Achard sent très bien quelle a été l'importance et la valeur des Troubadours; il consacre à leur biographie cinquante pages dans son quatrième volume. Il leur attribue l'invention de la rime, il proteste contre ceux qui

4r. Le Dictionnaire paraît de 1785 à 1787, sans nom d'auteur, sous le titre suivant : Dictionnaire de la Provence et du Comté-Venaissin, dédié à Megr le Maréchal prince de Beauvau, -par une société de gens de lettres, chez Jean Mossy, à Marseille. Mais si, en effet, plusieurs hommes distingués. de l’époque collaborèrent ‘à cette œuvre importante, ce fut le médecin Achard qui coordonna leurs efforts et l’on connaît généralement l'ouvrage sous le titre : Dic: lionnaire d’Achard. 11 comprend quatre gros volumes in-4°; le premier contenant un vocabulaire français-provençal, le second provençal-français, les deux autres un Dictionnaire dés hommes illustres de la Provence. Achard (Claude-

- François), docteur en médecine, était né le 23 mars 1751, à Marseille, où il

mourut le 29 septembre 1829.

les appellent « des aventuriers, des fades écrivains, des farceurs et des baladins », il invoque les travaux de M. de Sainte-Palaye et de l'abbé Millot. EE

Il a l'orgucil de la vieille langue“. Il en fait remonter l’origine aux Sérments de Strasbourg et læ considère comme la langue mère de toutes les langues romanes. Voici des accents que nous entendons pour la première fois, que par la suite nous entendrons bien souvent

« La langue provençale fut longtemps celle des cours de l'Europe. Elle à la gloire d’avoir donné naissance au français, à l'espagnol, à l'italien et à plusieurs langages analogues à ceux-ci. Cette vérité incontestable semble avoir échappé aux connaissances de plusieurs auteurs qui font dériver ces idiomes de la langue latine, des personnes instruites croient que l’italien-est un latin corrompu, d’autres imaginent que l'italien a enfanté le provençal et que ce dernier est un jargon formé d’un mélange informe du français, de l'italien et du turc. La langue latine n’est point la langue mère des idiomes que nous avons cités. Les articies-que l’on emploie dans ces différents idiomes démontrent évidemment

qu'il y a eu une langue intermédiaire qui les leur a transmis. Or cette langue ne peul être que le provençal qui les tenait du grec. » ;

Bien que cette. dernière. assertion soit tout à fait erronée, il n’en est pas moins vrai qu'Achard émet une vue intéressante, dont on a coutume le plus souvent de faire honneur à Raynouard, et sans la dénommer encore, il a déjà la conception d’une lanque romane, d’où dérivent toutes les’ langues des peuples néo-latins.

C'est aussi pour la poésie provençale qu'il réclame la priorité : « La poésie provençale a enfanté la Muse française et l'italienne, elle leur a prêté ses accents, elle leur a communiqué son charme. C'est dans les chants des Troubadours qu’on trouve le modèle des poèmes savants dont la littérature française est décorée. Pétrarque se fit admirer pour avoir puisé de belles expressions dans le trésor de notre langue. « Nel tesoro della lingua provenzale. »

Achard complète son œuvre par la publication de deux gros

42. Voir en tête du Dictionnaire : Instructions préliminaires sur la langue provençale. ;

volumes historiques et géographiques, qui n'intéressent point directement notre sujet, Toutefois il faut relever en tête de cette

œuvre. le « Discours sur l’état actuel de Ia Provence par M. Bou-

che, avocat au Parlement d'Aix », et spécialement ces lignes dignes de remarque

« On retrouve quelques traces de l’ancienne pureté de la langue provençale chez les peuples des montagnes; partout ailleurs des gallicismes ridicules la défigurent. Depuis le douzième siècle jusque vers le milieu du-seizième, elle fit le délice des Etats du Midi de l'Europe. Depuis le milieu du siècle dernier elle n’est plus que dans la bouche du peuple où elle est devenue rude, brusque, et où bientôt elle sera inintelligible..…. »

Achard, deux ans auparavant, fait la même remarque

« Pour entendre parler le provençal dans toute sa pureté, il faut habiter les campagnes et s'entretenir avec ces hommes heureux qui ont hérité de la vertu de leurs pères et qui n'ont éprouvé aucune altération dans leurs mœurs ni dans leur langage. L’abord continuel des étrangers dans ces villes commerçantes et peuplées en dénature la constitution. Le langage français introduit dans les sociétés, a banni Ja langue de nos pères ef l'artisan a corrompu son idiome par un mélange de mots empruntés aux différents jargons que l’on parle dans les pays voisins. »

Ainsi donc les meilleurs esprits de la Provence, à la veille de la Révolution, s'ils n’espéraient rien pour le dialecte provençal, s'ils considéraient qu'il se corrompait chaqué jour et tendait à disparaître, sans même regretter sa disparition, cependant ils invoquaient aussi les anciens titres de gloire de leur patrie, et leur exemple nous autorise à dire qu’il-sé formait chaque jour un peu plus nombreux, un peu mieux préparé, un public capable de recevoir l’enseignement des grands savants qui-allaient venir.

43. « Description historique,. géographique et topographique des villes

bourgs, villages et hameaux de la Provence ancienne et moderne, du comté

Venaissin, de la Principauté d'Orange, du comté de Nice, etc. , pour servir de suite au Dictionnaire de la Provence; Aix, 1787.

Premières années du XIX° siècle : Guinguené. — Sismondi. — Rochegude.

La Révolution, comme il est naturel, ralentit quelque peu ce mouvement dé curiosité. Encore peut-on voir d’une part les émigrés de l’armée de Condé publier leurs « amusements littéraires » sous l'invocation des Troubadours#, et d'autre part, au plus fort de la Terreur, M. de Rochegude, membre de la Convention, copier d’une plume impassible les manuscrits provençaux à la Bibliothèque Nationale. C'était là le jeu de quelques beaux esprits, ou l’effort passionné d'un homme, admirable, mais isolé, dont le travail, que nous analyserons plus, loin, ne devait être produit au jour qu'en 1819.

Mais, sitôt la tourmente passée, on peut voir apparaître par-Ci par-là de nouvelles preuves de linfluence profonde qu'avaient eue les travaux dont nous avons parlé. C'est ainsi que Guinguené, dans son Histoire littéraire d'Italie, publiée à la vérité de 1811 à 1819, mais qui sous forme de cours à l’Athénée date de 1802 à 1806, parle assez longuement des Troubadours et de la façon dont ils ont inspiré les débuts de la littérature italienne“. |

Il connaît les « Vies » de Jehan de Nostredame, les travaux de Crescimbeni et de Sainte-Palaye, la publication de l'abbé Millot, et c’est d’après ces auteurs qu'il traite des Troubadours. Îl parle d'eux avec un certain enthousiasme, reconnaissant le grand rôle qu'ils ont joué à l’aube de la civilisation moderne. Il énumère

hh. Les Troubadours modernes ou amusements littéraires de l’armée de Condé; Constance, 1797. Voir à ce sujet et sur toute la mode et « le genre troubadour » à la fin du dix-huitième siècle et au début du dix-neuvième. F. Baldensperger : Etudes d'histoire littéraire; Paris, Hachette, 1907.

Ab. Y. t. |, ch. v. Guinguené (Poire Louis), 1748- 1816, membre de l'Institut

(Académie des sciences morales et politiques). e

LA DÉCOUVERTE DES TROUBADOURS 4x

les principaux Troubadours, il décrit les fêtes de poésie et

d'amour, il parle plaisamment de l'épidémie poétique, si géné-

rale qu'elle atteignait jusqu'aux plus grands seigneurs et jusqu'aux rois même; de plus, — et voici la naissance d’un autre des « leit-motiv » de la poésie provençale. du dix-neuvième siècle, — il flétrit en termes violents la croisade contre les Albigeois

montrant « tout ce beau pays couvert de massacres et de rui-

nes », l’Inquisition livrant aux bûchers tous ceux de ces pauvres bis qui échappaient au glaive » et c'est à cette guerre qu'il attribue l'extinction de la poésie troubadouresque. On sent assez qu'il y a de « l’encyclopédiste », du « philosophe » dans ces attaques contre l’Inquisition, mais il n’en est pas moins vrai que Guinguené semble le premier avoir aperçu nettement cette cause de la décadence méridionale, dont le ue va devenir si banal dans les œuvres postérieures.

« Chose bien remarquable, ajoute-t-il, que cette destinée si

courte et si brillante de la langue et de la poésie des Trouba-

dours! Deux siècles la virent naître et mourir. Il lui manqua pour une plus longue durée un grand état ou du moins un état indépendant, où cette langue romano-provençale, qui n’est point le provençal d'aujourd'hui, restât. langue nationale, et peut-être plus encore des auteurs d’un vrai génie capables de la fixer. Il faut bien que, malgré leur succès, cette dernière condition leur ait manqué puisque chez la nation même qui pouvait s’enorgueillir de leur gloire leurs productions sont tombées dans l'oubli et qu'il a fallu toute la patience, disons mieux, toute l’obstination d’un érudit infatigable pour les retirer du néant où ils étaient ensevelis dans une langue que personne n’entendait. plus et ne se souciait plus d'entendre. »

C’est sans doute un «-vae victis », mais ce n’en est pas moins une preuve que nul érudit n'ose plus désormais ignorer la littérature des Troubadours. .

Üne autre preuve nous en est Abanée par cet esprit confus et curieux qui s’appela Fabre d'Olivet#; poète d’ancien régime et mauvais poète, au début du dix-neuvième siècle le voici qui

46. V. sur Fabre d’Olivet (1787-1825) le livre de F. Donnadieu : Les Précurseurs des Félibres; Paris, Quantin, 1888.

revient vers son Languedoc natal, et, sous l'inspiration de l'abbé Millot sans doute, il fait paraître des poésies qu'il appelait, avant Rochegude, occitaniques, en les donnant, d’après une supercherie assez commune en ce temps-là, comme des œuvres du treizième siècle 47, | |

Une dissertation sur Ja langue d'oc précédait ses poésies, et ce n'est pas ici notre dessein d'apprécier la valeur de ces vers, qui témoignent d'une forte culture et d'une certaine inspiration; ce qui est intéressant pour nous à constater, c'est que dès les premières années du dix-neuvième siècle un poète languedocien ait l’idée de placer ses productions propres sous l'invocation des Troubadours#$, rattachant ainsi la langue parlée dans le Midi de la France à cette langue provençale illustrée jadis d'une manière si brillante et dont les titres de gloire commencent à sortir de lombre...

Ce qui est intéressant aussi à noter, c'est que par la création du mot « occitanique », adopté, disait Fabre d'Ohvet, « pour exprimer à la fois le provençal et le languedocien et généralement tous les dialectes dérivés de l’ancienne langue d'oc », cet esprit hardi donnait l'impression que malgré les différences de dialectes, il y avait pourtant unité de langue dans tout le Midi de la France. Au reste simple symptôme d’une mode qui débute. Fabre d'Olivet meurt, peu connu, en 1825. Rochegude qui reprend le mot occitanique sous la forme occitanien ne fait ‘lui-même pas honneur de sa découverte, qu'il ignore peut-être au resle. s

De son côté, l'historien génevois, Simonde de Sismondi, dans

47. Le titre exact du livre est celui-ci : « Le Troubadour. Poésies occitaniques du treizième sièele, traduites et publiées par Fabre d’Olivet »; Paris. an XI (1803), 2 vol.

La supercherie fut signalée, entre autres, par Raynouard : Journal des Savants, de juillet 1824. Cf. la supercherie des Poésies de Clotilde de Surville. V. Baldensperger, op. cit.

48. C’est l'époque où le mot commence à faire fortune. M. Donnadieu signale à Paris, un Théâtre des Troubadours (1799-1801) fondé par l'acteurauteur Léger. Cf. aussi Baldensperger : op: cit. Citons une poésie intitulée Les Troubadours, représentée au Vaudeville en ventôse, an V. — Aug. Tandon se laisse appeler « Le Troubadour de Montpellier ». V.-F. Donnadieu, Les Précurseurs des Félibres, notice sur Aug. Tandon.

mn

son Histoire de la Littérature du Midi de l'Europe“, consacre trois longs chapitres à l’œuvre des Troubadours, et il y-parle avec complaisance de « cette littérature qui a servi de modèle à toutes les autres »; il utilise les renseignements de Jean de Nostredame, de Crescimbeni, 1l donne quelques extraits des poèmes des Troubadours d’après l'abbé Millot, tout en se rendant compte

‘des lacunes énormes de l’érudition au sujet de cette période

IL est malheureusement, dit-il, très difficile d'atteindre les poèmes des Troubadours et de s’en former une juste idée. Un savant français, M. de Lacurne de Sainte-Palaye a consacré, il est vrai, sa vie entière à recueillir tous leurs ouvrages, à.les expliquer, à les commenter; mais son immense collection qui se compose de vingt-cinq volumes in-folio de manuscrits n'a pas été imprimée et ne saurait l'être... »

Et il ajoute, faisant allusion peut-être à Raynouard

On annonce, il est vrai, les ouvrages de quelques savanis distingués sur l'influence des Troubadours en Europe. Jusqu'à présent il n’en à paru aucun; aucun texte n’a été publié. On est donc obligé de se contenter, pour les Troubadours, des extraits de l’abbé Millot50. »

Mais dans la deuxième édition de son ouvrage, Sismondi ajoutait en note 3

« Trois ans seulement après la publication de la première édition de cet ouvrage, M. Raynouard a publié en 1816 un premier volume intitulé : Choix de poésies originales des Troubadours. Il s’est ainsi préparé à remplir une lacune que l’on reproche aux Français d’avoir laissé subsister trop longtemps dans leur littérature et leur histoire » et il souhaite que les publications que Raynouard entreprend mettent les littérateurs à portée « de juger une langue et une poésie que jusqu'à présent on devine plutôt qu’on ne l’étudie... » A la même époque Marchangy dans La Gaule poétique 5 recueille une fois encore de Jehan de Nos-

tredame la légende des cours d'amour. Telle est, héritière du [

kg. Simonde de Sismondi : Histoire de la Littérature du Midi de l’Europe; Paris (1773-1842). C'est le cours que Sismondi professa à Genève en 18rt. 2 T. I, p. 81-82.

; ete : La Gaule poétique; Paris, 1812; 5° éd., Paris, 1835, t. VI, p. re ;

bh : LE MOUVEMENT SAVANT

sensible dix-huitième siècle, comme annonciatrice du romantisme, la mode de l'époque; tel est l'air du temps. C'est déjà, on le sent, un mouvement de sympathie qui se dessine en faveur de cette littérature entrevue à travers les brumes d'un passé mal éclairci, étouffée brusquement en pleine floraison, ie ce que l’on commence un peu de tous côtés à nommer

« l'affreuse guerre des Albigeois », « la persécution implacable 2 » qui à poursuivi la langue St eale et qui.en a tué la poésie.

C'est justement au pays albigeois que devait naître et travailler, celui qui, après Lacurne de Sainte-Palaye, et en même temps que Raynouard devait faire le plus pour la résurrection des études romanes, l’amiral de Rochegude. :

C'est une destinée curieuse que celle d'Henry-Pascal de Rochegude. On montre à Albi, son parc, son château et sa bibliothèque. Il les a légués à la ville; ainsi son parc est devenu le jardin public; il a une grâce italienne. Le château n’a rien-que d'ordinaire, mais la bibliothèque est intéressante. Elle reste abondante, bien que la sœur de l'amiral, à la suite d’une mission prêchée à Albi, ait cru devoir brüler tout le fonds du dixhuitième siècle. Point de volume que leur propriétaire n'ait annoté. Le travail de ce solitaire étonne l'imagination. Misanthrope, il ne quittait point son château; on a conservé le fauteuil à oreilles dans lequel il travaillait. Pendant les longues heures monotones, d’une plume paisible il copiait les manuscrits des Troubadours et les écrits licencieux du dix-huitième siècle, si obscènes qu’on n’osait point les imprimer et qu'on se les passait sous le manteau... Une telle froideur dans le vice, unie à cette conscience de bénédictin, déconcerte l'imagination.

Au reste toute son existence étonne; né en 1741, fils d'un capitaine de vaisseau, il prend lui-même rang dans la marine royale. En 1789 il est élu député suppléant par la noblesse de la sénéchaussée de Carcassonne et depuis février 1790 siège à la Constituante à la place de M. de Badens, démissionnaire.

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