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LES RÉALISIES MARSEILLAIS 273
conte populaire, dans la galéjade pour tout dire, il est un art, et, même en se plaçant pour juger Bellot à ce seul point de vue, si l'on met à part une demi douzaine de contes lestement enlevés, on peut faire sans remords abandon de tout le reste.
Pierre Bellot est le petit bourgeois de Marseille; il a les défauts ordinaires des Marseillais, qui écrivent en provençal, le laisseraller prosodique, la fantaisie orthographique, le défaut d’ambition artistique, la grossièreté, mais il n’a point les qualités même de ses défauts, c’est-à-dire la verve puissante, l'allure libre et. débraillée de la poésie populaire, il n’a point le rire communicatif de Bénédit ni le coup de gueule de Gelu; il est, comme Chailan, un rentier de bonne humeur, qui veut s’amuser, amuser ses amis, le dimanche, su « bastidon ».
Son père était un fabricant de bas, qui tenait magasin sur le port avant la Révolution; on n’est pas plus Marseillais. En 1793 la famille se réfugie dans les Hautes-Alpes; après le 9 thermidor retour à Marseille, et, après des études assez sommaires, le jeune Bellot est mis en apprentissage dans une maison de toilerié. Malgré les guerres de l'Empire les affaires de la famille allant assez bien, Pierre Bellot. put se marier à Marseille en 1806, à vingttrois ans; il eut deux enfants; ce furent des années de bonheur; le jeune homme dès ce moment se mit à rimer en provençal; il célébra les bienfaits de la paix et le retour des Bourbons. Mais ce fut en 1817 que parut le conte qui fit depuis une part de sa célébrité. Lou Pouèlo cassaire (le poète chasseur). Sans doute l’histoire de ce chasseur qui tue d’un seul coup deux lièvres, un épervier, un lapin et une perdrix annonce déjà la verve d'un Tartarin, mais pour rendre plaisante. cette exagération méridionale, il a manqué à Bellot l’art d’un Daudet.
Tel quel ce conte remporte un vrai succès; Bellot en donne tout de suite un autre (ils paraissent tous les deux dans Le Caducée, revue marseillaise, dirigée alors par Joseph Méry), Lou Prédicatour encala, bien meilleur à notre avis, sans doute parce qu'il . est en vers libres, ce qui lui donne plus de vivacité. En 1822 il
réunit en un volume, Les Loisirs d’un flaneur, ses vers tant fran-
çais que provençaux, car il hésite alors sur sa direction, et ne semble pas se résigner à n'être qu'un poète patois, comme l'on disait alors. C’est ce volume qui s’enlève à 1100 exemplaires.
Mais la mort de son père, des revers de fortune l'obligent à monter pour son compte, rue des Feuillans, une boutique de marchand drapier; malgré ces nouvelles occupations il donne en 1828 deux nouveaux volumes de poésies françaises et provençales. « Mes momens perdus »; le titre n’indiquait pas une grande ambition littéraire; en 1832, c'est au théâtre un premier essai, Moussu Canulo. Bellot s’engageait là dans une voie qui aurait pu le mener, comme nous le verrons, à la véritable gloire, s'il avait su y pousser son effort assez avant... Il continuait en 1835 en ajoutant à M. de Pourceaugnac, des scènes provençales d'une saveur véritable. Encouragé par ses succès, membre de la Société des belles lettres, sciences et arts de Marseille, il fait paraître en 1836-37 une édition de luxe de ses œuvres complètes suivies en 1841 d'une édition populaire en quatre volumes. I& est alors en pleine activité littéraire, fait en 1840 représenter une nouvelle comédie, Les Deux Magots, en 184r, il associe ses efforts à ceux de Louis Méry pour publier un journal franco-provençal Lou Tambourinaire et le Ménestrel. Bellot y faisait appel pour-son compte aux poètes provençaux les plus connus de l'époque Camille Reybaud, Pierre Bonnet, Ricard-Bérard ®, Alph. Maillet, Joseph Roumanille; il pouvait donner à la poésie provençale une vigoureuse impulsion. N'’était-ce pas somme toute un premier essai d'Armana? Maïs il laissa tomber le journal après son trentesixième numéro, qu'il avait eu d’ailleurs la maladresse de ne remplir que de poésies françaises. Le
En 1843 nouvelle comédie, alerte et pittoresque, Les Bouquetières. Ce fût le dernier grand succès de Bellot; il semble qu'avec la chute de Louis-Philippe la chance de ce petit bourgeois, si bien adapté au règne, fut brisée tout d’un coup : en 1847 une nouvelle pièce, Les Pêcheurs Catalans tombe à plat; elle était très faible, et l'agitation républicaine détournait alors de la poésie provençale la plupart des esprits qui eussent été capables de la goûter. Au moment où Bellot entreprenait une édition de luxe de ses œuvres complètes, la Révolution de 1848 vint l'interrom-
10. Poète de Péllisanne (Bouches-du-Rhône), auteur d'une comédie : Lou
Retour 0 lou sargeant La Gargousso. (V. Mistral : Trésor du Félibrige, au mot Gargousse.)