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parle un français lamentable. C’est un pracédé facile et comique, que reprendra Bellot; en 1826 c’est un « Jean de Cassis aux Martigues? », où se trouvent amonceltes toutes les plaisanteries classiques sur la naïveté des Martégaux, en 1834, c'est
un « Scapin, cordonnier des dames », brave homme méprisé -par son fils, qui fait le « francihot » et dédaigne la jeune fille
qu'on lui destine... Tout finit par s'arranger. Au milieu un paysan qui a perdu son âne, un marchand de vieilles ferrailles, ne femme du peuple qui parle français et qui est la risée de tous... Cette comédie semble imitée du Fils ingrat de Bellot représenté deux ans avant”.
Les Marseillais et les Toulonnais ont donc le tempérament plus dramatique que les Rhodaniens, qui sont avant tout poètes; l'atmosphère de la grande ville, la vie de société, la finesse d'observation, le trait mordant, l'amour de la satire, tous ces
éléments auraient pu donner à Marseille un théâtre provençal.
De fait Chailan écrit de grandes pièces, mais en français, Bénédit compose de nombreux dialogues et plusieurs comédies. Le Fils ingrat est l’histoire d’un jeune commis de pharmacie,
19. Jean de Cassis oow Martegue; Marseille, 1826, deux actes en vers. — Au Prix fixe, vo Scarpin courdounié deis dames, 1834, deux ætes en vers.
20. On peut citer encore : Lou Trioumphe de la Maniclo, coumédio en un acte et en vers prouvençaou, suivido de la cérémounié, de la réceptien d’un cordounié. par F.-B.. A Marseille, A l'imprimerie de Baudillon, 1829. C'est sans doute une imitation de Maniclo, de Pélabon. Un cordonnier, M° Crépin ne veut donner sa fille Suzon qu’à un cordonnier; celle-ci est courtisée par Laforme, jeune cordonnier qu’elle n’aime pas, elle aime Rasset, ouvrier boulanger qui l’aime et qui feint de se faire recevoir cordonnier pour avoir la main de Suzon.
« La Patrio avant tout, même avant a mestresso » vo la grando questien de la guerro et la pax, comédie en deux actes et en vers, par Alex. Gourrier; Toulon, imprimerie de Baume, 1832.
Dans Ja Préface, l’auteur dit qu'il croit « unir ses faibles efforts au mouvement fermentatif qu'ont soulevé naguère plusieurs habiles écrivains de cette contrée (la Provence) et qui a pour but de réhabiliter une langue qui certainement ne méritait pas de tomber dans l’oubli ». C’est une pièce patriotique, comme son nom l'indique, et libérale, faite dans l'excitation” qui suivit la Révolution de Juillet, animée d’une double haine contre l'étranger et les légitimistes. D'ailleurs sans aucun intérêt littéraire.
Leis Doues coumayres doou marca de Marsillo, comédie en un acte et en
vers, arrangée en vaudeville par le fils de l’auteur; Marseille, Terrasson, 1832;
réimpression d'une vieille comédie; scène de marché, animée de quelque verve.
qui, venu à Marseille des anne de Cassis, paysan à peine dégrossi, joue au Parisien et méprise la brave fille qui l'aime pour courtiser celle du percepteur. Survient son père, un vieux paysan qu'il renie et feint de ne pas connaître, Le percepteur indigné le chasse. Tout au reste se termine pour le mieux.
Prosper repentant épousera Miette, la vendeuse, renoncera à faire le « moussurot », le petit monsieur, et le bonheur régnera dans le futur ménage. Ce n'est ni très compliqué, ni très dramatique, ni très comique, mais il y a de la bonñe humeur, des passages drôles, de la vivacité, deux profils de femmes énergiquement dessinés, la figure intéressante de ce fils de paysan, qui joue au petit bourgeois, renie la langue maternelle, estropie le français. C’est une indication intéressante sur l'état d'esprit d’un certain peuple provençal à ce moment, qui subit l'influence croissante des modes françaises. Une autre figure bien tracée est celle d’un charlatan italien. Les Italiens ont afflué de tous temps en Provence, mais dès le début du dix-neuvième siècle commence plus spécialement ce qu'un romancier contemporain, M. Louis Bertrand, a nommé l’Invasion. Dans les chansons de Gelu nous entendons les cris de rage des ouvriers marseillais, jaloux de voir les étrangers venir leur voler le travail, en se contentant d’un salaire dérisoire. Ici l'Italien est livré aux risées du public; il parle un langage bariolé de génois, de français et de provençal, et cette langue composite est. vraiment amusante, elle rappelle certains passages de Molière.
Molière, en effet, est l’auteur favori de notre Pierre Bellot qui a développé en vers provençaux les scènes de M. de Pourceaugnac, où Lucette vient invectiver en son patois le gentilhomme périgourdin. Soutenu par l'exemple du grand comique, Bellot: se montre là supérieur à lui-même.
Le même procédé est employé dans Les Deux Magots. Le vieux tuteur Raspacini, sorte de Bartolo, parle un langage bigarré de la même manière, cependant qu’une forte commère une « répétière » marseillaise lui tient tête avec une verve toute locale; un jeune niais échappé du Séminaire et deux amoureux sympathiques complètent la liste des personnages de cette courte et Vive comédie.
Par malheur la verve de Bellot va s'aRbient Dans La
Belle Bouquetière (1843) il reprend après Bénédit, le type du nervi marseillais et n'atteint point la vigueur et la vérité de l'original. Il met en scène un Allemand qu'il rend comique
par le même procédé que ses Italiens, en/lui prêtant un lan-
gage estropié; seul le personnage de la bouquetière, Misé Tartan, est bien touché. Enfin les Péêcheurs Catalans (1846) sont de la plus grande faiblesse, Ce fut un désastre pour Bellot qui dut retirer sa pièce après la première représentation: il ne revint plus au théâtre.
A cette veine comique? il faut rattacher quelques dialogues que l’on trouve dans son œuvre, par exemple « La Fillo Troumpado », où il met en action un Gascon, dont le langage ridicule excite le rire, une répétiero, c’est-à-dire une marchande des rues, un barbier, un cordonnier, qui, tous parlent une langue vive et franchement populaire.
D'autres dialogues, comme « Leis doous Paisans » ou le « Dialogue entre Meste Noura et Patroun Siblet » ont une allure.
Morale, une intention politique. Bellot y expose ses idées reli-
gieuses et politiques, qui sont celles d’un bourgeois libéral,
UT Dans la comédie provençale on peut citer, après Bellot Lei Douei Gournaoux ou Martin et Louis à la fiéro de San-Lazaro, comédie en trois actes par F.-H. Durbec; Marseille, imprimerie Ed. Buret, 1844. Sans aucun autre intérêt que celui d’un réalisme assez grossier, mais parfois énergique, surtout dans la note gastronomique. ;
Lou Retour ou lou Sargeant la Gargousso, coumédio mesclado de chants per un membre courrespounden de l’Académio de Béziers; Marseille, imprimerie Olive, 1846. La scène est aux Martigues; une jeune fille aime un sergent parti pour Alger en 1830; on le croit mort; son père veut lui faire épouser un perruquier. Le sergent révient, délivré, tout finit par un mariage. La pièce est de Ricard Bérard. Voir plus haui,
Leis Malhurs d’un gardi d'ooutroi, vaudeville en un acte par Jules Lejourdan et Joseph Gal; Marseille, typogr. Arnaud, 1855. Il y a là le réalisme habituel à Jules Lejourdan (voir plus loin) mais moins fort que dans ses mono- Jlogues et la pièce manque de valeur dramatique, simple vaudeville.
Leis Entriguos d’un amatour, vaudevillo en un acte ét en vers provençaous per François Arnaoud, membré de l'Athénée-ouvrier, représenté pour la première fois au Grand Théâtre de Marseille, le 9 février 1847. Ce sont encore les amours de deux jeunes gens contrariés par la volonté d’un père et qui. finissent par triompher. :
Tous ces renseignements, sur le théâtre provençal, nous ont été communi-
-qués avec la plus gracieuse bienveillance par M. Auguste Rondel, bibliophile
Marseillais.
fidèle à la royauté de Louis-Philippe, par des procédés assez semblables à ceux qu’emploiera, après lui, Roumanille dans ses dialogues.
Ce qui est à remarquer dans toutes ses comédies et ses dialogues c'est que chacun parle son langage, l'Italien, le Gascon, l'Allemand un innommable jargon, les gens du vrai peuple un bon et franc provençal, les bourgeois un français correct, les demi-bourgeois un français ridicule émaillé de provençalismes. En général les personnages qui parlent français sont les personnages antipathiques, ceux qui ont voulu sortir de leur condition, qui font les « francihots ». Par là Bellot donne à ses spectateurs une sorte de leçon en action; il a l’air de leur dire « Mieux vaut parler un bon provençal qu'un français incorrect. Ne reniez pas la vieille langue; ne soyez point le fils ingrat de la terre maternelle. »
Mais cette leçon, il ne la donne qu’en passant; il n’y insiste pas : ce n’est point un batailleur. Il aime sa tranquillité, ses loisirs, ses bonnes pipes le dimanche à la Rouvière, les chasses où il abat plus de vers que d'oiseaux.
En somme ses sentiments envers le provençal sont surtout ceux d’une habitude très chère, non point que cette langue soit spécialement poétique, mais c’est la vieille langue, et Bellot n'aime pas les innovations. Il proteste contre les architectes qui lui gâtent à chaque instant son vieux Marseille, il déteste les Révolutions, le seul mot de République évoque pour lui la guillotine en permanence, le roi parfait est pour lui Louis-Philippe à condition qu'il ne se laisse pas ennuyer par les Anglais; le régime idéal est la royauté constitutionnelle, le grand poète est Joseph Méry, tel est le cercle de ses sentiments et de ses idées.
Tel il ne rêve point d’une renaissance méridionale: on a vu son scepticisme envers les tentatives de Désanat; il ne dut pas être moins vif à l’égard des jeunes enthousiastes d'Avignon. Sa plus grande ambition paraît être de créer une comédie provençale, eb il voyait juste, mais il n'y réussit pas, faute d'observation, de travail, de talent aussi, il se décourage et se confine dans son domaine, le conte plaisant, la galéjade versifiée. De la sorte il fut très populaire, avec des histoires comme celles
du poète chasseur, du prédicateur de Roquevaire, qui promet l'enfer à ses ouailles, tandis qu’un habitant d’Auriol lui répond par le proverbe fameux que pour lui la chose est indifférente, du Martégal, qui tire sur un perroquet, et, en l’entendant parler, s'excuse : « Oh! pardon, Monsieur, je vous prenais pour une bête », du paysan qui répond à son curé qu'il y a quatre personnes dans la Trinité, le Père, le Fils, le Saint-Esprit et l’Ainsi soit-il, du Martégal encore que lon barbouille pendant qu'il dort à côté d'un nègre et qui, réveillé parle garçon d'hôtel et se voyant à la glace, s’écrie : « Ils se sont trompés, ils ont réveillé le nègre », et bien d’autres encore du même genre.
Un d’eux le dépasse par sa verve rude et grossière, où triomphe dans toute sa vigueur scatologique le réalisme marseillais; c'est le dialogue d'un ramasseur de crottins; Jean deis Pettos, avec un médecin... On ne saurait citer même quelques vers de cette œuvre, où malgré tout éclate une certaine puissance aristophanesque.
Mais la plupart du temps Bellot n’a point de telles hardiesses; ce Jean deis Pettos resta longtemps dans son portefeuille; il ne l'en fit sortir qu’à la fin de sa vie quand il voulut tirer profit de la vente de ses œuvres. D’ordinaire sa plaisanterie ne dépasse point les limites de la convenance.
Ce fut donc, ce Pierre Bellot, avant tout un conteur malicieux; il a de la bonne humeur et du naturel, il est amusant quand il n'est point plat. Tel quel sa verve a diverti pendant trente ans un public de petits bourgeois comme lui.
Mais sa principale valeur ce fut encore d’être un grand exemple et un grand encouragement-pour les jeunes poètes qui allaient venir. Il avait montré qu’on pouvait acquérir une réputation plus sûre et plus vraie en maniant avec esprit la vieille langue qu’en fabriquant en français de mauvais vers lamartiniens; c’est à ce titre qu'il était salué par les jeunes Félibres comme « le grand prieur » de la poésie provençale.
Après Pierre Bellot c’est Fortuné Chaïlan, par ordre chronologique, qui est le représentant le plus notable du réalisme mar-
seillais.
Comme Bellot c’est un petit bourgeois. Il est né à Aix (1801),
mais il a fait toutes ses études au lycée de Marseille et ce poète fut d’abord un esprit scientifique. De la sorte il devint jaugeur et même écrivit deux traités sur son métier. En même temps il est auteur dramatique, fait représenter au Gymnase de Marseille un drame en trois actes « Jules César ou le Siège de Marseille », àüne comédie « Le Magicien par hasard ». Tout cela était écrit en français, mais il a employé le provençal pour un petit acte « Lou Paysan et lou Pastissier » et pour ses contes, qu’il réunit en 1839, sous ce titre : « Lou Gangui? ». L'année d'après il mourut d’une pneumonie. Vie active, mais très courte, qui n'atteignit pas la quarantaine, promesses d'un talent qui aurait sans doute donné des œuvres plus considérables.
Le Gangui, c'est un long filet que les pêcheurs jettent à la traîne de leur barque et qui draîne tout ce qu'il encontre. Ce filet symbolique, Chailan le jeta dans ses productions et ramassa tout, le bon et le médiocre. Ge titre plein de couleur et de bonhomie marseillaise indique aussi le laisser-aller de la race, n’annonce sans doute aucun souci littéraire. ”. 7
Et de fait nous n’en voyons point. Il y à dans ces contes une certaine verve amusante, mais c’est tout ce qu'on en peut dire. Les personnages favoris de Chaïilan sont des villageois naïfs, gens d'Aubagne ou de Gardanne, qui viennent à la ville et restent ahuris devant la foire ou le spectacle, et des nervis qui semblent un premier exemplaire de Chichois. De même qu'il inspirera Bénédit, le nervi a excité la verve de Chailan. Il nous en donne uh portrait plein de saveur. Le voici avec son pantalon collant, sa veste sans un pli,‘son chapeau sur l'oreille, ses escarpins, sa fleur à la bouche, le dandinement de sa démarche, Il cesse son travail, quand il en fait un, le samedi. matin, fait bombance jusqu’au lundi soir#%. Mais le portrait est seulement indiqué; Bénédit le poussera. | |
Le mérite de Chailan, c’est d'évoquer pour nous à travers ses courts poèmes, ce vieux Marseille avec ses rues sales et grouillantes, ses poissonnières fortes en gueule, ses portefaix, ses pre-
22. Fortuné Chailan : Lou Gangui; Marseille, 1839, réédité en 1853; Marseille. Olive, 3° éd. avec Préface de Mistral, 1882.
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