Chichois; Marseille
27. Chichois, préface.
Mais un jour il lut des vers de Toussaint Gros, le poète marseillais du dix-huitième siècle, un jour il tomba au milieu d’une bande de nervis, un autre jour il assisita à une séance mémorable de police correctionnelle, où le président M. de Laboulie, «le Thésée des nervis », dit Méry, infligeait aux coupables le chètiment de ses mots cinglants, avant de prononcer contre eux une bonne condamnation, et l’idée lui vint de reproduire avec son allure, avec sa vie intégrale; son langage pittoresque, cette scène judiciaire.
Le nervi alors terrorisait Marseille. « Le nervi était une sorte de gamin de Paris, mais dans de grandes proportions. Le nervi était fainéant et destructeur. Le nervi était le fléau des pauvres Turcs exilés à Marseille par les Fanariotes et des Bachins, sorte d'Italiens qui doivent leur nom au cap Pachinum de la Sicile. Pendant les nuits tièdes de l’hiver le nervi, ne trouvant sur sa route ni Turc ni Bachin, déclarait la guerre à tous les passants attardés. La police, quand elle existait par hasard, redoutait le nervi, comme un garde champêtre redouterait un tigre®. »
Encouragé par Barthélemy, le poète de la Némésis et de Napoléon en Egypte, Bénédit essaya donc de peindre le nervi, et d'abord il tentait dans une préface la physiologie du nervi. C'est, disait-il, ce qu'on appelle à Naples le lazarrone, à Rome le Transteverin, à Paris le gamin, à Londres le Cokney, mais c'est autre chose encore. Il en donnait un portrait, qui rappelle assez celui que traçait Chailan : « Il affectionne la veste ronde, quand il en a une, de préférence à tout autre vêtement. Son pantalon, presque toujours fraîchement restauré à l'endroit des reins, lui permet par sa justesse de mettre en relief tous les avantages de sa taille et il ajoute encore à cet effet des plus pittoresques par un certain mouvement en arrière, de sorte qu'il a le ventre enfoncé et la partie inférieure du dos èn grande saillie. Ses épaules par leur balancement expriment une parfaite satisfaction et une disposition toujours prochaine à la lutte. Ses bras, qui se terminent par des poings tenus fermés oscillent comme deux balanciers. Les coudes bien en dehors, c’est ainsi