‹ La Renaissance ProvençaleChapitre 81 sur 182 · Cité par Risson · texte numérisé non relu

Cité par Risson

provençales et françaises », qui provoquent à la fois l’admiration et le scandale.

Cela ne le fait point vivre. En 1844 nous le retrouvons à Roquevaire, commis chez son frère Noël, jqui y possède une minoterie. Il se marie avec une fille de Roquevaire; il a un fils (1868): L'année suivante il va chercher fortune à Gênes; il y veut Hire lui aussi, une minoterie; il est exploité, revient bredouille à Marseille, Son frère meurt, sa mère meurt, une fille Lane qui lui était née. Il est plus que jamais dans Ja misère, En 1855 il fait paraître de ses Chansons une seconde édition. Il est poursuivi pour outrage à la morale publique. Dégoûté, lassé, il se retire à Roquevaire, où il vit comme il peut. Il perd sa femme en 1870. Il se consacre à l'éducation ‘de son fils. Il meurt en 1885. L

Ce sont là quelques dates et quelques faits très secs, très poignants dans leur raccourci, le squelette d’une vie lamentable et pittoresque. Nous la devinons cette vie, derrière ces dates et ces faits, pleine de verve, d'enthousiasme, d’une ‘activité toujours malheureuse, incapable: aussi de se fixer, de patienter, contrariée à la fois par le destin et par le bouillonnement d'une âme trop vaste pour la condition où elle s’est débattue.

C'est un violent, un taciturne, un orgueilleux; il se sent supérieur à sa condition et ne veut pas l’avouer, parce que ce serait dire qu'il n'a pas réussi. Pourtant une fois, ayant conscience de son tempérament de révolutionnaire et d'écrivain, il s’écrie, songeant à Diderot, songeant à Rousseau : « Ah! si j'étais venu au monde en 1750, si ma langue maternelle eût été le français au lieu du provençal#! » Mais ce cri est unique; le plus souvent, comme il est orgueilleux, non vaniteux, comme ïl se sent supérieur au milieu où il se débat, il se tait, renferme en luimême ses rêves, recherche la solitude; souvent à Marseille par les jours de mistral, il va sur la plage de la Tourette entendre mugir la mer. Dans ses chansons ce souffle de tempête passera, emportant tout. C’est une forte, une terrible constitution d'homme du peuple, avec une carrure d’athlète, une laideur expressive. Et sous ces dehors il a l'âme de son père toute de

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