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Cité par Risson

LES RÉALISTES MARSEILLAIS à 293

tendresse et de bonté, plein de pitié pour les malheureux, Mais là encore, par pudeur et par orgueil, il se replie sur lui-même, et le public ne voit en lui qu'un homme rude, peu commode à fréquenter; oui, c’est bien le frère, qui n’a pas réussi de celui que M°° d’Epinay appelait « mon ours ». f Tel quel dans cette vie errante et populaire, il a connu de très près le peuple, et spécialement celui de Marseille. C’est dès l’enfance qu'autour de la boutique paternelle ïl entend retentir « ce dialecte brutal et impétueux comme lé vent Nord-Ouest, qui lui a... imprimé son cachet d’ouragan% » et dès l'enfance qu'il. s'est « assis sur la borne du carrefour ». Plus tard, comme il

Lu

le dira, il n'aura, pour peindre le peuple, qu'à « évoquer ses

souvenirs® », et les plus profonds, ceux des premières années.

Mais d’ailleurs il n’a jamais perdu le contact avec le peuple; boulanger ou minotier, il a vu passer devant lui les mitrons, les geindres, les charretiers, les portefaix; il a conversé de longues heures avec eux; il a possédé, comme personne, dans toute sa verdeur, le dialecte marseillais ét le plus original, le plus farouche, celui des vieux quartiers, « ce langage diabolique » qui suffit à rendre laides, quand elles le parlent%, les plus jolies femmes de Marseille, ce langage où ne se mêle pas un mot de français, que n'altère pas le moindre gallicisme.

« Le « San Janen®7 », dit Méry, se garderait. bien d’épeler la première syllabe de la langue française, objet de son dédain. L'un d’eux, Janet Coriol, avait plus d’esprit que le premier hommg d'esprit venu. mais il ne le traduisait jamais en langue française. « Je ne ferai jamais l’aumône à cette mendiante » disait-il en parlant de la langue de Boileau#%. »

Avec la langue, à vivre de cette vie, Gelu apprend les mœurs du peuple. Il a reçu, soit aux Frères Gris, soit au Séminaire, assez de culture pour être un observateur. Et d'autre part, il est trop supérieur à son milieu pour ne pas le juger de haut, comme aussi il est trop bon, trop compatissant pour le mépriser,

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