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Jasmin.
En même temps que celui de Brizeux, un grand exemple se dresse devant les poètes de Provence, c’est celui du perruquier d'Agen, célèbre alors par toute la France21.
Si j'ai voulu, en ces quelques pages, isoler, pour mieux la mettre en valeur, la figure de Jasmin, c’est que, dès avant les Félibres, il résume en sa personne les divers sertiments qui agitent le peuple des provinces méridionales, il est à la fois poète-ouvrier et poète dialectal.
21. V. Jasmin : Œuvres complètes, éd. Boyer-d'Agen; Paris, Havard, 18809. Léon Rabin : Jasmin, sa vie et ses œuvres; Paris, 1867.
On trouvera dans ces deux volumes les indications et même le texte de tous les grands articles consacrés à Jasmin par Ch. Nodier, Sainte-Beuve, Léonce de Lavergne, etc. |
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Or, pas plus que celle de Brizeux, mon dessein n’est ici de considérer en elle-même l’œuvre de Jasmin; il me suffira de montrer comment cette œuvre contient en germe déjà une grande partie de l’œuvre félibréenne, et comme d’autre part son rayonnement fut pour nos jeunes Provençaux le plus précieux des encouragements, Jasmin étant le plus grand exemple alors connu de poésie populaire et méridionale.
Oui, l’on peut dire de lui ce qu’il disait fièrement du général Lannes : « Ero Puple et Gascou??. » Il était peuple, aussi peuple qu'on peut l'être, aussi pauvre, aussi dépourvu... Parmi les poètes provençaux il n’y en a point qui soit parti de plus bas; il n’y en a point qui ait pu dire que c'était dans sa famille une tradition que de mourir à l'hôpital; seul le pauvre Tavan, dont nous verrons le profil de paysan naïf, pourra revendiquer une aussi humble origine.
Toutefois être peuple, cela ne suffit pas pour donner une poésie populaire. Nous avons vu combien de poètes-ouvriers s'étaient égarés dans l’imitation des modes françaises. Et Jasmin faillit un moment succomber à cette tentation, un moment l’on put croire qu'il allait devenir un Béranger gascon, quand on le vit, gagné lui aussi par ce que Michelet appelait « la puissante électricité de Juillet », chanter les Trois Glorieuses, le général Foy, la Liberté, le Bon Dieu libéral, le Serment de la Garde Nationale et l'indépendance de la Pologne?i,
Cela ne dura point; il se ressaisit bien vite; malgré les encouragements de l’Académie d'Agen, qui couronnait son ode sur la statue de Henri IV#, il sut échapper à l’'Ode comme à la chanson libérale, comme à l’imitation du Lutrin#, il sut être luimême, en étant vrai.