‹ La Renaissance ProvençaleChapitre 97 sur 182 · Däns : Lou Chalibari, poème héroï-comique · texte numérisé non relu

Däns : Lou Chalibari, poème héroï-comique

C'est là sa devise; après ces années de tâtonnements inévitables, dès 1830, il peut s’écrier :

Arri lou faùl Bouli lou bray*?7.

et c'est précisément cet accent de vérité, cette sincérité puissante qui vont faire de lui le poète du peuple, acclamé par les ‘foules pendant trente ans.

Animé par ce désir de vérité, il arrive à créer véritablement un genre, qu'on ne connaissait point dans la littérature de France ni de Provence, le petit poème populaire, dramatique et sentimental.

Il en trouve la forme dès 1835 en écrivant l’Abuglo de Castel- Cullié’8; tout y a l'accent de la vérité, l'histoire que Jasmin n'a point inventée, les paysages, les personnages, le détail de la description, la langue parfaitement adaptée aux sentiments; en même temps tout y est concerté en vue d’un effet dramatique; en relisant ce poème maintenant encore, on n'a point l'impression qu'il ait sensiblement vieilli, on en goûte encore le charme et l’émotion, mais ce devait être bien autre chose, lorsque Jasmin le déclamait.

On a conservé le souvenir de ces innombrables séances, où se pressait le peuple de toutes les villes méridionales, lorsque Jasmin allait de ville en ville, pèlerin de la charité, réciter l'Abuglo, Françouneto ou Malto l'Innoucento®. Il savait exciter le rire et les pleurs; il dominait la foule comme un grand acteur et la faisait vibrer à son gré; il pouvait écrire à Sainte-Beuve, en 1851 : « Depuis seize années, sans rater aucune séance, Nord ou Midi, j'ai pu prendre un auditoire de mille à trois. mille âmes, en ce moment froides et compassées, et produire sur elles, moi seul, en récitant l’action, autant d'effet et d'émotion qu'une troupe d'acteurs en la jouant. ».

Et il ajoutait, avec beaucoup de bon sens : « .… C’est mon

27. « Arrière le faux. Je veux le vrai ». Moun Soubenis (1830), v. t. II, p. 95.

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