DEVANT BOLOGNE
Le camp français. — Un groupe d'officiers ; on allume des feux dt bivac ; une partie des hommes d'armes restent en selle ; d'autres sont descendus pour resserrer les sangles des chevaux ; quelques-uns mangent un morceau sur le pouce. Les lignes d'infanterie sont sous les armes. Des bataillons marchent pour gagner leurs postes ; ils achèvent l'investissement de la ville. Minuit. Le ciel est obscur et sans lune. — Le grand maître de Chaumont, gouverneur du Milanais, en armure complète, casque en tête ; Annibal Bentivoglio, seigneur de Bologne, et son frère Hermès Bentivoglio, égar lement armés ; Ives d'Alègre, capitaine français.
LE GRAND MAÎTRE, à un officier.
Mes ordres sont-ils exécutés?
l'officier.
Oui, monseigneur; la ville est cernée. Un rat na pourrait entrer ni sortir sans notre permission.
le grand maître.
A merveille. Faites battre la campagne pax les chevau-légers. Que tout le monde reste prêt !
l'officier.
Oui, monseigneur!
le grand maître.
Ah ! le vieux Jules ! Ah ! le vieux coquin ! Nous le tenons, le vieux traître! Nous le prendrons, et je consens que la fièvre m'extermine si nous ne le réduisons » demander grâce.
ANNIBAL BENTIVOGLIO
Il n'en mérite pas ! Souvenez- vous comme il a trahi votre révérendissime frère le cardinal d'Amboise! C'est lui seul qui l'a empêché de devenir Pape !
LE GRAND MAÎTRE
Pensez-vous que je l'ignore, et que je sois d'humeur à le lui pardonner?
ANNIBAL BENTIVOGLIO
Et à moi, il m'a volé Bologne, où il n'a pas un seul ami.
YVES d'alêgre.
Pas un seul ami ? Cest trop dire, seigneur Annibal. Dans vos villes d'Italie, n'importe qui a un ami et un compère pour l'aider à n'importe quoi.
ANNIBAL BENTIVOGLIO
Je vous dis que la population va nous ouvrir les portes quand elle nous saura icL
LE GRAND MAÎTRB.
Tant mieux. Le Roi sera fort content et monseigneur de Ferrare de même. Ce qui peut arriver de moindre à Jules II, c'est d'être déposé comme son prédécesseur allait l'être s'il ne fût mort. Certes, il ns valait pas moins que l'Antéchrist actuel.
ANNIBAL BENTIVOGLIO
Il valait mieux. Celui-ci ne rêve que la spoliation et l'assassinat de tous les princes.
ii2 LA RENAISSANCE