‹ La renaissance; scènes historiquesChapitre 175 sur 210 · UNE VOIX · texte numérisé non relu

UNE VOIX

C'est moi, Antonio Mini... Ouvrez, maître?... C'est moi, votre élève ! J'ai de grandes nouvelles à vous apprendre !

Mon élève, Antonio Mini! Ouvre! S'agit-il d'un malheur ?

ANTONIO MINI, entrant.

Ah! maître, un grand malheur!

MICHEL-ANGE

Qu'as-tu?... Tu es tout pâle!

ANTONIO MINI

Raphaël se meurt ! Il est sans doute mort à l'heure qu'il est

MICHEL-ANGB.

Raphaël ! Dieu du ciel !

ANTONIO MIKI

J'étais dans son atelier avec deux de ses élèves, Timoteo Viti et le Garofalo. Il pouvait être trois

heures. Un serviteur est venu lui dire que le maître se trouvait mal. Il avait la fièvre depuis hier au soir.

MICHEL-ANGE

Depuis hier? Cela ne m'étonne pas. C'est un homme de complexion délicate, moitié féminine, moitié enfantine. Il passe trop de temps au travail et beaucoup trop à ses plaisirs. Je l'ai rencontré, il y a quatre jours, faisant des fouilles dans le Campo Vaccino, et je me souviens même que je l'ai prévenu de se méfier des remuements de terre en pareille saison. Tu dis qu'il est plus malade?

ANTONIO MINI

S'il n'est pas mort, il n'atteindra pas le point du jour. Il s'est fait porter dans son atelier. Je l'ai vu, oui, je l'ai vu, blanc comme un linceul, à demi éteint, les yeux fixés sur son tableau de la Transfiguration... Auprès du lit, qu'on lui avait dressé à la hâte, se tenaient ses amis, les cardinaux Bibbiena, Sadolet et Bembo, et d'autres seigneurs que je ne connais pas... Au chevet était le Saint-Père. Léon X pleurait et s'essuyait les yeux.

MICHEL-ANGK.

Urbino, donne-moi mon bonnet, mon manteau. Il faut que j'y aille! Raphaël... Raphaël... Mourir! Ah! mon Dieu! est-ce possible!... Donne vite, partons!

URBINO

Voici, voici, maître! Laissez-moi le temps d'allumer une lanterne, je viens vous éclairer.

MICHEL-ANGE

Tu dis qu'il n'y a plus de ressource? En es-tu sûr?

Avait-on prévenu les médecins? Qu'ont-ils dit? qu'ont-ils fait? Partons!

ANTONIO MINI

Des médecins, il n'en manquait pas; il y avait celui du Saint-Père, maître Jacopo de Brescia; puis maître Gaëtano Marini, et d'autres. Tous avaient l'air fort triste et secouaient la tête, faisant signe des yeux que leur science était à bout.

MICHEL-ANGB.

Allons! Urbino, es-tu prêt?

URBINO

Maître, me voici!

MICHEL-ANGE

Marche devant, vite!

Ils sortent dans la rue, profondément obscure; la pluie a cependant cestt' de tomber; une déchirure se fait dans les nuages rapidement roulés les uns sur les autres par le vent, et laisse apercevoir une partie du disque de la lune, dont la lumière blanciie éclaire quelque peu le faite des maisons et le chemin. On entend un g:;and bruit de pas.

Quel est ce tumulte?

URBINO

Nous le saurons après avoir tourné l'angle de la ruelle !

ANTONIO MINI

Avançons! Prenez garde à cette flaque d'eau, maître.

Il soutient Michel-Ange par le bras.

Passe rapidement et en désordre une troupe nombreuse d'officiers, de soldats, de serviteurs et de porte-flambeaux, dont les torches Jettent une lumière rouge sur les maisons; au milieu de Ce cortège, la litière pontificale avec les rid.aux fermés.

MICHEL-ANGE, à un camérier.

Que signifie cela, monsieur?

LE CAMÉRIER

C'est le Saint-Fère qui rentre au Vatican.

Est-ce que Raphaël?...

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