SCEN E V. 2S
L'orgueil mène ! compagnon sanguinaire qui faic
Du mal qu'on veut guérir l'incurable supplice !
On l'appelle vengeur! Et ce n'est qu'un complice!
Quand tu te détournas de nos frêles amours,
Je partis, l'appelant en vain à mon secours ;
Mais sans cesse à travers mes révoltes vaincues,
M'abreuvant au poison de ses pointes aiguës!
Si je me suis roidi tout à coup ce jour-là.
C'est qu'en moi tout un ciel inconnu s'écroula!
Et lorsque autour de moi je serrais ma cuirasse,
Le souvenir fouillait avec sa dent vorace
Sous les débris vivants de tous les bonheurs morts ;
Et l'enchanteur maudit les changeait en trésors,
Et je sentais partout s'enfoncer les racines
De rêves grandissants faits d'espoirs en ruines !
Oui, plus je me faisais du mépris un devoir,
Plus j'espérais, et plus je voulais te revoir!
Et je venais ici, pâle, t'aimant encore
D'un amour étouffé d'autant plus qu'il dévore,
D'un amour éveillé par son propre linceul.
Et qui, brûlant trop tard, croyait brûler tout seul!
Et de loin, te cherchant sous une ombre qui cache,
Tombant à ses genoux.
Je me faisais plus fier afin d'être plus lâche !
a<S LA RENCONTRE.
TULLIA, avec enthousiasme.
Ah! sois fier cette fois, mais d'être aimé, Fabien!
Et je t'ai vue! Alors veux-tu savoir combien
Mon cœur, plein du remords de son propre courage ,
A tressailli de joie en se gonflant de rage>
Montrant d'un geste le fond du théâtre. TULLIA.
Nous partirons bien lo'n! Cet homme, je le hais! Je ne l'ai point aimé, mon Fabien! Et jamais Je n'y penserai plus!
FABIEN, à part.
Moi, toujours !
TULLIA
Je le jure!
Où tu voudras, demain, partons !
FABIEN, à part.
Quelle torture!