ORGANISATION COMMERCIALE DE L'AGRICULTURE
Les relations du Commerce et de l'agriculture ne sont pa; à démontrer. Elles sont si étroites, si intimes qu’elle: semblent bien faire Partie d’un même mécanisme, A te] point qu’en certaines OCCurrences, l’on se demande si en faisant de l’agriculture, on ne fait pas du Commerce, et vice versa. L’un et l'autre doivent donc travailler d’accord, Puisqu’ils concourent au même but.
Certes, je n'ai qu’à me louer de l'extrême bienveillance avec laquelle les membres de cette chambre accueillent mon
technique, Aussi m’en garderai-je bien, me contentant d'en effleurer les grandes lignes, celles en contact direct avec la production agricole de ce district et qui sont de nature à influer sur Ja cherté de la vie.
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de bons chemins. Sans eux, le cultivateur est retenu captif, loin du marché local, et devient aisément la proie des intermédiaires de tout calibre. Ses produits n'arrivent plus Bu consommateur que défraîchis et hors prix. Quelques fois même, il perd sa récolte “"tière, faute de main-d’oeuvre et de communications adé, tes.
On a compris tout cela, enfin, et des efforts notables sont dirigés dans le sens d’une amélioration réelle. Mais quelle tâche herculéenne s'impose au peuple de la province de Québec! Le coût du canal de la Baie Georgienne ne dé- Passera guère le montant requis pour nous doter d’un système complet de voirie; et cette dernière entreprise ne le
dire que l'oeuvre en question appelle instamment tous les Concours possibles. Autrement, on n’en finira jamais.
Il est à espérer qu’à la suite d’une classification rationnelle, le fédéral fera sa part et que ie provincial accroîtra, par degrés, l'efficacité de Son organisation. De même aussi les municipalités rurales. Ailleurs, on utilise avec profit le travail des détenus: neut-être les circonstances permettront-elles bientôt d’en faire autant ici. On a encore sug-
cation pour rétablir l’ancienne “route Militaire” conduisant autrefois de Montréal à Saint-Jean comme essai,
En somme, quelque formidable que soit leffort nécessité Pour la restauration de notre voirie, il n’y a plus à reculer. C'est la conclusion à laquelle avait conduit feu l’Honorable M. Tarte l'étude de 208 moyens de transport. “Pour pro- “mouvoir le progrès de l'agriculture, disait-il, je n’hésite- “‘Tais pas à agir avec plus de vigueur que Pour n'importe “quelle autre de nos industries, Nous sommes en arrière
TE temenemenneence
“sous ce rapport: donc il faut se hâter de pousser à la roue, “pousser de toutes nos forces... + L'intérêt agricole est le “plus considérable que nous ayions dans cette province : “notre plus sûre richesse est dans le sol”,
Comme les mauvais chemins, les mauvais marchés (halles) favorisent la multiplication des intermédiaires, lesquels, en prélevant leurs profits ou commissions, contribuent à accroître la cherté des aliments, par conséquent la cherté de la vie, Il est déne du devoir des villes d’encourager la foule des petits fermiers à apporter et vendre leurs produits sur Ges marchés d’accès facile, organisés d’après des méthodes rationnelles. C’est un des côtés du commerce agricole, et il a plus d’importance qu’on ne le croit généralement. À part leur qualité de citoyens électeurs, les mem- : bres de cette Chambre sont parfaitement justifiables de s'intéresser à l’amélioration des marchés de leur ville, parce que la question est du domaine du commerce.
Je ne voudrais blesser Personne; mais il me semble que l'état de notre principal marché, à Montréal, le marché Bonsecours, laisse à désirer. On devrait ou l'agrandir ou lui donner des succursales, ou peut-être accomplir les deux opérations à la fois, ce qui ne serait pas du luxe. I] n’est pas admissible qu’on persiste à forcer les fermiers à venir s'entasser et s’étouffer dans ce bas de côte, qu’est l’étroit espace compris entre le fleuve et lhôtcl-de-ville, espace déjà monopolisé aux trois quarts Pour les besoins de la grande navigation.
Voila un bel exemple de routine, que les plus routiniers des cultivateurs Pourraient nous envier. A bon entendeur, salut!
Outre les marchés municipaux ordinaires, il y a les comptoirs de vente Pour la distribution de plusieurs produits agricoles destinés aux grands centres et à l'exportation. I] serait opportun d’en étudier le fonctionnement pour en
encourager la multiplication, s'il y a lieu. D’après ce qu’on en dit, ils seraient Propres à supprimer quelques intermédiaires, et donc à diminuer la cherté de Ja vie.
Enfin il existe un autre système comprenant à la fois
lexposition et la mise en vente des animaux et autres produits de la ferme, naturels ou manufacturés. Tenant beaucoup du genre de la foire, telle qu’en honneur dans les pays de l’Europe, il attire de grandes foules de curieux et d’acheteurs; et l'on y transige des affaires Pour des montants élevés. A titre de renscignements, je citerai Pexposition de printemps du comté de Huntingdon, tenue au chef-lieu. On ne peut en être témoin sans remporter l’impression que cette sorte d’exposition et de vente publique ne contribue, de sa nature, à stimuler l'élevage du bétail, le développement des industries agricoles et le Progrès général d’un district.
Tout autre, par ses conséquences, est le commerce effréné des animaux de boucherie, qui se Poursuit au Canada depuis la modification du tarif américain et relègue dans l’ombre, comme maladresse, l’histoire de la poule aux œufs d’or. Dans l’automne de 1913, plus particulièrement dans les comtés voisins de la frontière, y compris les environs de Montréal, on a Pu contempler cet exode d’un nouveau genre, qui déjà faisait penser à l’approche de le Buerre. Boeufs, vaches, moutons, cochons, veaux maigres et génisses idem, sans parler des volailles, du beurre et des oeufs, tout prenait le chemin des Etats-Unis. On se serait cru au cours d’une liquidation, d’un encan général, où d’un déménagement en masse. Les trains de chemins de fer étaient bondés de nos dépouilles opimes.
Heureusement qu’un arrêt de la douane américaine vint “suspendre”, sous prétexte de maladie contagieuse de notre bétail, cette brillante opération commerciale de notre part, si propre à diminuer (?) le coût excessif de la vie. Mais
elle peut recommencer du jour au lendemain, selon Je bon Plaisir ou le besoin de l’“Oncle Sam”, qui souffre du même mal,
En effet : “Depuis 1907, (1) le nombre des boeufs élevés pour le marché des Etats-Unis est tombé de cinquante et un millions à trente Millions par an. Is nombre des moutons est descendu de cinquante trois millions à cinquante ct un millions. Cependant, la Population s'accroissait de dix millions!”
Il faudrait tout ignorer de l’agronomie Pour ne pas déplorer cette exportation intense, — au profit du consommmateur étranger, — d’un élément essentiel à la production indigène. Le bétail d’une ferme fait partie intégrante du capital actif, ou “roulant” de cette ferme; et s’en dessaisir, c'est, pour le cultivateur, faire machine en arrière en se privant d’un moyen de succès de premier ordre; c’est s'engager dans la voie qui mène à l’abandon de la terre. Pour se “remonter” d'animaux, notre classe agricole devra recommencer en neuf, comme au sortir de l'arche noémique ; et tel renouvellement prendra des années à s'effectuer.
Ce n’est pas tout. Le sol, privé de son principal engrais, en souffrira longtemps dans sa fertilité. Car, en généra], °n ne connaït guère, chez nous, l'emploi des engrais chimiques. Bref, le mal prend les proportions d’une calamité; et il est temps de songer à lenrayer. Il y a des moyens, pourtant; et, si cette Chambre décide d’entrer plus avant dans l’étude de la question, j’essaierai de Jes exposer,
J'aurais aimé vous causer un peu du rôle des intermédiaires dans le commerce des produits agricoles et de leur influence sur l’accroissement du coût de la vie. Mais la limite ixée pour cet entretien est dépassée de beaucoup, je
(1) Ecrit M, B. Van Voost, dans le Gaulois de Paris, en février 1914,
le crains. Et, au surplus, cet aspect de la question est déjà fort connu des hommes d’affaires. Qu'il me suffise de répéter, après tant d’autres, que les intermédiaires sont une plaie pour le commerce, au point de se demander s’il existe encore des marchands, tant *e spéculateurs. L/histoire type de ce quart de pomL payé 70 cts au producteur, dans l’Ontario, et revendu 85.75 au consommateur, dans le Manitoba, est familière à tous. 11 est évident que du jour où le cultivateur recevra Pour son travail un prix raisonnable, il produira davantage, ce pendant que le consommateur paiera moins cher à cause même de ce surplus de production.
Guerre donc aux intermédiaires, dont le plus grand nombre ne mérite aucune sympathie. Leur “bedit gommercs” est un danger pour le trafic honnête et régulier, surtout dans nos campagnes. Il y a mille moyens d’exterminer cette engeance ; mais il faut avoir le courage d’entreprendre et de poursuivre une lutte sans merci.
En conclusion, il est acquis que la livraison directe de ses effets par le “producteur” des campagnes au “co: : mateur” des villes sera toujours le mode le plus efficace et le plus économe.
Dans le même ordre d’idées, notre commerce avec létranger, dison. la France par exemple, ne marchera bien que quand nos agents canadiens iront eux-mêmes offrir directement nos articles d’exportation à l’acheteur français, Le système de remettre à... D’AUTRES le soin de “pousser” nos affaires est pitoyable. Il a déjà trop longtemps duré.
Derechef, à bon entendeur, salut! (1)
nn (4) D'après les journaux du 3 décembre, les autorités
fédérales auraient chargé M. Oscar Dufresne, grand manufse.
turier de Maisonneuve, d'une mission comme agent
en Europe. ÆEctce un simple accident occasionné par is
guerre, ou le début sérieux d’une organisation plus étendue?
nt —