L'ACTION DU JAPON A L'EXTERIEUR
l'oublions pas, qu'y soient leurs intérêts, le Japon renoncerait peut-être à ses prétentions sur la terre ferme, s'il voyait nettement une compensation matérielle, tangible. Il avait rêvé autrefois des Philippines et certains indices portent à croire qu'il a joué un moment vis-à-vis des insurgés, quoique moins ostensiblement, un rôle assez analogue à celui des États- Unis vis-à-vis des Cubains. Mais aujourd'hui les Américains s'en sont emparés, comme ils ont annexé les îles Hawa'ï, autre rêve du Japon. Pour avoir des colonies, le Japon est venu trop tard dans un monde trop vieux, et ce n'est pas sans amertume qu'il se résigne à la seule Formose, qui n'est pourtant pas à dédaigner.
Aussi a-t-il de la peine à renoncer encore à tout espoir sur le continent; mais pourvu que d'autres ne touchent point trop brutalement à la Chine, il ne se soucie point d'y toucher non plus; loin d'en menacer l'intégrité, il ne cherche qu'à la consolider tout en y augmentant son influence; il n'interviendrait même que s'il croyait l'existence du Céleste Empire gravement ébranlée. Au point de vue de la politique internationale, le Japon est aujourd'hui un élément nettement conservateur. Au jour de la lutte, si par malheur elle arrivait, il pèserait d'un grand poids, non seulement dans la solution de la question d'Extrême-Orient, mais aussi dans le problème, qu'on voit poindre derrière elle, de l'hégémonie du Pacifique qui se débattra peut-être un jour, non plus entre la baleine et l'éléphant, mais entre l'éléphant de l'Ancien et celui du Nouveau-Monde, entre la Russie et les États-Unis. Quoi qu'il en soit de ces lointaines perspectives, cette lutte, le Japon ne semble pas vouloir la rechercher, pourvu que d'autres ne menacent pas le maintien du statu quo.