‹ La rente 3% amortissableChapitre 12 sur 20 · AVIS AU PUBLIC · texte numérisé non relu

AVIS AU PUBLIC

« Le produit du placement des rentes 3 0/0 amortissables ayant atteint le chiffre de ICO millions, y compris la négociation faite à la Bourse de Paris le 17 juillet dernier, le public est prévenu que la réalisation de ces valeurs, aux caisses du Trésor à Paris, dans les départements et en Algérie, est suspendue à partir du mercredi 4 septembre , au soir. Conformément à l’ordonnance du 14 avril 1819, qui est rendue applicable à la rente 3 0/0

Une note du Journal Officiel.

amortissable, les trésoriers-payeurs généraux recevront dans les départements les demandes d’achats et de ventes de cette valeur comme poulies rentes perpétuelles. »

Montant des Dit 12 août au 5 septembre, il avait été placé pour un

^du^Taoù^aT^ capital de 80 millons de 3 0/0 amortissable. Le 12 août, les 5 septembre. demandes s’étaient élevées, disait-on, à 10 millions à peine.

C’était donc un échec que tous les journaux ne manquèrent pas de relever très vivement. A cette époque, nous expliquions ainsi qu’il suit les causes de cette défaveur : (1)

Causes de la défaveur de la rente

amortissable. ^ pr { x fe placement de la nouvelle rente .fixé à 80 fr. 50

Le prix de placement ététrop éievL trop élevé. 1

« Nous ne reviendrons pas sur les critiques dont la première négociation, faite au prix de 85 à 87 fr. a été l’objet: pris à l’improviste par la brusque apparition sur le marché du 3 0/0 amortissable, déconcertés dans leurs calculs par le chiffre restreint de l’émission, spéculateurs et rentiers ont éprouvé des mécomptes tels que le Gouvernement crut bien faire en changeant le mode de placement de la rente. De là, la circulaire aux trésoriers-généraux, circulaire que nous avons reproduite.

« Nous disons que le prix de placement fixé à 80 fr. 50 a été trop élevé.

« En effet, le public ne met pas en doute les garanties qui entourent la rente amortissable. Il sait que c’est une rente d’Etat, jouissant des mêmes privilèges que ceux accordés aux autres fonds nationaux. Il sait aussi que la rente amortissable divisée en coupures de 15 fr., n’est pas autre chose

(1) Voir le Rentier du 17 août 1878.

qu’une obligation de chemins de fer, garantie par l’Etat, ne payant aucun impôt, remboursable en 75 ans par voie de tirage au sort au prix de 500 fr.

« Mais le public, qui connait tous ces avantages a pensé que malgré tous ses attraits on lui faisait payer trop cher le nouveau titre.

« Le public sait compter : il s’est dit que lemême revenu net de 15 fr., coûte près de 40 fr. meilleur marché en obligations de chemins de fer, garanties par l'Etat, dotées d’un amortissement aussi rapide que le 3 0/0 amortissable.

« Pourquoi, dès lors, irait-il acheter à 80 fr. 50 ce qu’il peut se procurer à 76,77 ou 78?

2° La circulaire du ministre des finances aux Trésoriersgénéraux a été mal accueillie par le public , mal comprise , mal interprétée.

-x Désireux, en effet, de remédier aux inconvénients qui lui avaient été signalés, le ministre des finances renonçant au système des ventes à la bourse, annonçait que désormais la négociation des titres se ferait par l’entremise des Trésoriers généraux. Le ministre devait transmettre à la dernière heure, par le télégraphe, à chaque trésorier général le cours de vente fixé par lui. On espérait rendre ainsi les titres plus accessibles à l’épargne, favoriser leur classement, éloigner la spéculation et concilier les intérêts des capitalistes et de l’Etat. De plus, le ministre déclarait qu’il se réservait le droit « d'accélérer , de ralentir, ou meme de suspendre les émissions. »

« Le public n’aime pas ces restrictions. Il se dit que, s’il demande des rentes amortissables pendant que le ministre en « accélère » le placement, il risque fort de les payer très cher,

T.a circulaire aux Trésoriers-Payeurs mal comprise.

car il est clair que le gouvernement n’aurait pas intérêt à « accélérer » une vente faite à bas prix.

« Si, au contraire, le public demande des rentes amortissables pendant que les émissions sont « ralenties ou suspendues » on voit facilement qu’il court le risque de ne pas obtenir le chiffre qu’il désire et même de ne rien avoir du tout; conséquemment, il s’expose à déplacer inutilement des capitaux.

« Il ne faut pas perdre de vue que les intérêts du public ne sont pas ceux du Trésor et réciproquement. Quand ces deux intérêts sont d’accord, tout'est pour le mieux ; le grand talent est de savoir les concilier tous deux, ce qui n’a malheureusement pas été fait pour la rente amortissable.

Mesures prises pour 3* La troisième faute et la troisième cause de l'échec du 3 0/0

l achat et la amortissable résident aussi dans les mesures prises pour l'achat délivrance des titres.

et la délivrance des titres

« 11 faut d’abord donner son ordre d’achat en versant les tonds ;

« Attendre lavis du Trésor constatant que votre demande est admise ;

« Revenir ensuite chercher un « récépissé provisoire au porteur » dans un délai de dix jours ;

« Enfin, revenir encore plus tard {la circulaire ministérielle n’indique pas le délai nécessaire) pour obtenir une inscription définitive de rentes nominative ou au porteur, en échange du récépissé provisoire.

Voilà bien des démarches, faisant perdre un temps précieux!

Encore si le petit capitaliste était assuré de trouver directement les titres qu’il veut obtenir, on passerait peut-être sur ces inconvénients ; mais la protection que Ton croit lui donner

risque d’être rendue illusoire par les précautions que l’on prend.

« Pourquoi restreindre à un petit nombre d’agents l'autorisation de recevoir les demandes de rentes amortissables ?

« Pourquoi cette autorisation limitée aux Trésoriers-généraux n’est-elle pas étendue à tous les agents financiers du Trésor, sans exception, tels que les percepteurs des villes et des villages ?

« Pourquoi obliger l'habitant des campagnes qui désire acheter de la rente amortissable à se rendre au chef-lieu de son département pour s’adresser au Trésorier-général ?

4° La Quatrième cause de l'échec du 3 0/0 amortissable est incontestablement — non pas l’hostilité, comme on l’insinue — mais l'indifférence des banquiers à son endroit.

« Nous admettons que l'Etat désire se passer d’intermédiaires ; qu’il ne veuille pas que la prime de ses emprunts puisse passer à des tiers, et qu’il tente de se l’assurer en entier ; mais nous pensons aussi que c’est une erreur de croire qu’en écartant systématiquement la haute banque on attire à soi le public et la clientèle des banquiers.

« Les capitalistes, avant de s’intéresser dans une affaire, prennent conseil de leurs banquiers, de leurs agents. Si toutes les institutions de crédit qui disposent, à l’heure actuelle, de plus d’un milliard appartenant à leurs clients, conseillaient ouvertement l'achat de la rente amortissable, croit-on, qu’un tel concours, qu’un tel appui serait à dédaigner et qu'il ne vaudrait pas celui des Trésoriers généraux ?

« A un autre point de vue, est-il bien politique de paraître mettre de côté les banques et les banquiers et de méconnaître les services qu’ils peuvent rendre, parce que Ton croit pouvoir se passer d’eux ?

Indifférence ou hostilité des banquiers.

Pourquoi refuser leur concours?

« Est-on bien sûr de ne plus avoir besoin de leur concours?

« A-t-on oublié les services que tous ont rendus lors de l’émission des grands emprunts nationaux ?

« A-t-on déjà oublié que la maison de Rothschild avait garanti le montant de la contribution de guerre de 200 millions que la Ville de Paris devait payer à l’Allemagne ?

« A-t-on déjà oublié que toutes les institutions de crédit, sur la demande de M. Thiers, s’étaient déclarées prêtes à garantir le paiement des derniers milliards de la rançon ?

« On peut être convaincu que les capitalistes et les rentiers prendront toujours part à une opération dans laquelle ils sauront que de grandes maisons de banque sont intéressées et qu’ils s'abstiendront lorsque ces mêmes maisons s’abstiendront...

« Nous pensons donc que, sans sacrifier ses intérêts, le Trésor ne peut pas, au prix d’une légère rémunération, négliger le concours précieux des maisons de banque. En obtenant cet appui, l’Etat aura mieux compris ses véritables intérêts qu’en persistant dans la voie qu’il a adoptée. »

Les banquiers prennent en bourse le solde de l’emprunt.

Le concours des banquiers fut bientôt utilisé, pour le placement du solde de cette rente amortissable dont l’existence,

depuis deux mois, avait été singulièrement agitée.

Le vendredi 20 septembre, le 3 0/o amortissable clôturait à 80 fr. 15 c. Le samedi, à l’ouverture de la Bourse, on vit, non

Cuiumwit l’opération sans surprise, offrir, au cours de 79 fr. 75, c’est-à-dire avec fut faite; comment

i annonça le Journal centimes de rabais, des quantités considérables de cette Officiel. rente. A ce prix, le 3 0/o amortissable parut sans doute digne de faveur aux financiers avisés, car en peu de temps, banquiers

et établissements de crédit absorbèrent la grosse somme de rentes ainsi proposée. A la fin de la journée on assurait que l'emprunt était placé et, le 23 septembre, le Journal Officiel confirmait le fait en publiant l'avis suivant :

Ministère des Finances.

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