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LE PRÉSENT DE LA RENTE AMORTISSABLE

Le Présent de la Rente amortissable.

Nous avons vu, dans les chapitres qui précèdent, les déve- Le monde financière

loppements successifs de la rente amortissable, de ce type amortissable, d’emprunt qui possède toutes les faveurs des pouvoirs publics.

11 nous reste à examiner la situation qui est faite actuellement à cette rente dans le monde des capitalistes et des rentiers, dans le monde financier.

Les rentiers et les capitalistes la connaissent peu ou point ; ils continuent à acheter de préférence, s’ils veulent avoir en portefeuille des rentes françaises, du 5 O'O ou du 3 0/0 ancien.

La spéculation ne s’occupe que du 5 0/0 et du 3 0/0 ancien ; Les rentes dont la les plus grandes transactions a.terme se font toujours sur le 5 0/0. Quand on veut se rendre compte de la hausse ou de la baisse, on dit toujours: « le 5 0/0 a monté ou baissé de tant ».

Sur le 3 0/0 amortissable, les transactions à terme sont fort limitées.

Les banquiers qui, dans les émissions successivement faites par M. Léon Say, avaient « accaparé » la plus grande partie de ce fonds, ont profité des cours de 1880 et 1881 pour revendre au comptant ce qu’ils avaient acheté à terme; ceux qui ont pris part à l’emprunt de M. Magnin, en possèdent encore une grande partie en portefeuille et attendent des jours meilleurs pour revendre ce qu’ils ne veulent pas conserver.

Le public de l’épargne ne s’est jamais rendu compte de la Le public valeur du 3 0/0 amortissable ; à vrai dire, il n’a jamais com- et l’amortissable, pris le fonctionnement de ce fonds. Habitué au type des rentes 3 0/0 perpétuelles et des rentes 4 1/2 et 5 0/0, sachant très bien ce que c’était et ce que voulait dire le mot : « Obligation

de chemin de fer 3 0/0 remboursable à 500 fr., » il a longtemps regardé comme une énigme, ce mot « amortissable » inscrit sur les nouveaux 3 0/0. Aujourd'hui même, sur cent rentiers, combien en compterait-on qui pourraient dire exactement ce que cette expression signifie ?

Comment il est coté. Ce q U j a encore augmenté l’erreur du public, c’est la façon dont le titre 3 0/0 amortissable a été, dès ses débuts, coté à la Bourse.

On l’inscrit, en effet, à la cote officielle et on le négocie, comme le 3 0/0 ancien, à tant pour cent, 80 fr., 81 fr., 82 fr., 85 fr., etc., pour 3 fr. de rentes, alors que la plus petite coupure d’amortissable est de 15 fr. de rentes. Du moment où l’on voulait assimiler le nouveau type de rentes aux obligations de chemins de fer, pourquoi n’avoir pas fait coter cette rente sous forme à.'obligation d'Etat , rapportant 15 fr. t remboursable à 500 francs en 75ans?

Tout le monde aurait compris ce que c’était qu’une obligation d’Etat remboursable. Le mot amortissable a bien été compris des financiers : maisla masse du public, la masse de l’épargne, n’a même pas pris la peine de chercher ce que ce mot voulait dire.

Ce qui prouve au surplus, que le rentier, en général, ignore complètement ce qu’est la rente amortissable, c’est qu’on le voit acheter des valeurs similaires coûtant plus cher ou n’ayant pas les mêmes avantages.

Le3 o/o ancien. On le voit acheter à 80 fr., par exemple, du 3 0/0 ancien qui lui rapporte uniquement 3 fr. par an, tandis que, moyennant 0,50 à 0,75 de plus, ce même public peut acheter également 3 fr. de rentes remboursables à 100 fr., soit avec une plus-value de 20 0/0.

On le voit acheter à 510 fr. des obligations du Trésor rap-

Les obligations du Trésor.

portant 20 fr., remboursables à 500 fr., c’est-à-dire acheter une annuité de 3 fr. de rentes à 76 fr. 50, remboursable à 75 fr., soit avec 1 fr. 50 de perte, alors qu’il néglige une autre annuité d’Etat de 3 fr. de rentes, coûtant presque le même prix et remboursable sûrement à 100 fr. Et cependant, quelle est la valeur dont les personnages les plus autorisés, dont les journaux officieux aient fait un aussi grand éloge?

Ecoutons ce qu’en pense le Ministre des Finances, M. Tirard, ce qu’il en disait le 12 décembre à la Chambre des Députés :

« Messieurs, on a beaucoup parlé, à propos de ces emprunts, du 3 0/0 amortissable: On en a dit tellement de mal que je vous demande la permission d’en dire un peu de bien. J’v suis d’autant plus autorisé que ce n’est pas moi qui l’ai inventé et que j’ai par conséquent le droit d’en dire du bien. Ce sera le monde renversé. ( Très bien ! sur les memes bancs.)

« M. le comte de Douville-Maille feu. Il était temps de dire cela !

« M. le Ministre. Qu’est-ce donc que le 3 0/0 amortissable ? C’est une obligation produisant au minimum 15 fr. d’intérêts nets de tous impôts. Cette obligation est remboursable à 500 francs, et, au cours actuel, elle coûte 408 ou 410 fr. C'est une valeur cl'Etat dont les arrérages , intérêts et amortissements , sont gagés par des sommes inscrites au budget ; elle a, par conséquent, toutes les garanties des autres valeurs d'Etat.

« Je ne comprends vraiment pas comment il a pu se faire que des écrivains français aient eu l’audace d’écrire tout récemment que ces obligations 3 0/0 ne valaient guère plus que les assignats du siècle passé ; cela a paru dans des journaux sérieux , et je vous demande la permission de profiter de ma présence à la tribune pour protester contre de pareilles énor-

L’opinion de M. Tirard sur l’amortissable.

mités. .. (. Applaudissements ) et faire comprendre à nos populations qu’il s’agit là d’une véritable valeur d'État, qu’elles auraient plus d’intérêt à mettre en portefeuille que certaines autres valeurs que ceux qui la dénigrent leur vendent. ( Nouveaux applaudissements. )

« Cela n’est pas indifférent, car nous n avons pas beaucoup le choix des moyens pour faire des emprunts ; nous voulons faire des emprunts en amortissable et nous avons raison . Ces titres de 3 0/0 ne sont, en réalité, que des obligations de chemins de fer. Ils y ressemblent absolument ; ils ont, en outre, cet avantage d’être] nets d’impôt ; aussi, coûtent-ils un peu plus cher. Voilà toute la différence.

« Je le répète, nous aurons très probablement à faire appel au crédit public pour la continuation du programme de M. de Freycinet, dont nous avons parfaitement ïintention de poursuivre les travaux. Je dis, Messieurs, qu’il n'était pas inutile de vous faire connaître publiquement et du haut de cette tribune ce que c’est que cette valeur de laquelle on a dit tant de mal. »

<« Le 3 0/0 amortissable, disait encore M. Tirard [séance du 15 décembre ), donne non seulement la certitude du paiement de son intérêt, mais encore celle de son remboursement

« C’est un titre complet.

« Quant à moi, Messieurs, malgré toutes les critiques qui ont été faites, si je me place au point de vue des intérêts du public et de ceux du Trésor, je considère que cette création du 3 0/0 amortissable est excellente et que si nous continuons à faire des chemins de fer, nous devons continuer à employer les mêmes procédés. »

L’opinion de m. Léon Et M. Léon Say, que disait-il du 3 0 0 amortissable, à la

Say.

séance du Sénat du 21 décembre?

« Je considère le 3 0/0 amortissable comme un type excellent, admirablement choisi et qui a deux qualités très appréciables, celle de réunir les avantages de l’obligation de chemins de fer, titre français que vous connaissez, et celle de posséder les avantages d'un titre anglais appelé les annuités terminables.

a Je considère que la situation des cours aujourd'hui ne prouve pas du tout que le 3 0/0 amortissable soit un mauvais titre. C'est , au contraire , à mon avis , un très bon titre. Ce que je regrette, c’est que toutes nos rentes ne portent pas en ellesmêmes un amortissement, c’est qu’il n’y ait pas un amortissement forcé. Je sais bien qu’on ne peut pas contraindre un Parlement à amortir quand il ne le veut pas.

« Le 3 0/0 amortissable a l'avantage d'être une forme d'emprunt qui oblige le Parlement à dire qu'il ne veut pas amortir quand il ne le veut pas.

« Je considère donc que le 3 0/0 amortissable est une très heureuse création. »

Et les journaux officieux ? Nous n’en finirions pas si nous citions les nombreux éloges qu’ils ont décernés à ce titre, les nombreuses recommandations qu’il lui ont accordées.

Que prouvent donc ces hésitations du public quand il s’agit Les hésitations du de la rente amortissable ? public.

Cette défaveur prouve une fois de plus combien les capitalistes français, quand ils ont l’habitude d’effectuer leurs placements sous une forme déterminée, restent attachés à leurs idées ; combien ils aiment peu les innovations financières. Les innovations

On oublie vite, en France ; et cependant, deux faits récents financieres * auraient dû servir d’avertissement.

M. Segris.

M. Magne.

Les obligations trentenaires.

En 1870,aucommencementdela guerre contre l’Allemagne,le Ministre des Finances,M. Segris,séduitparles théories de ceux qui préconisaient le système employé par les Américains à l’époque de la guerre de sécession, voulut rompre avec les anciennestraditionsetinaugurer un nouveau mode d'emprunt. Au lieu de faire appel aux capitaux du public en empruntant en 3 0 0, type de rentes auquel le public était habitué, il créa des bons 5/10, 3/10; le public ne comprit absolument rien à ce mode d’emprunt, et ne souscrivit pas ou souscrivit peu. Il fallut que, quelques semaines après, le successeur de M. Segris, le regretté M. Magne, fit un emprunt par voie de souscription publique, en rentes 3 0/0 perpétuelles, au taux de 60.

L’expérience tentée par M. Segris coûta cher au Trésor : on était obligé d’emprunter au taux de 60 fr., alors que, quelques semaines plus tôt, on aurait pu emprunter facilement à 67 et 68 fr.,siM. Segris n’avait pas préféré adopter le système des Bons Américains 3/10, 5/10.

Le deuxième fait que nous citerons était tout récent au moment de la création de l’Amortissable. En 1877, M. Léon Say voulut placer des Bons Trentenaires du Trésor, remboursables en trente ans, comme leur nom l’indique, rapportant 20 fr. et remboursables à 500 fr. Le public se soucia tellement peu de ces titres, dont la sécurité, les garanties sont cependant hors de toute discussion, qu’il n’en demanda qu’une fort petite partie. Sans l’intervention de MM. de Rothschild et de plusieurs maisons de banque, c’est à peine si le Trésor aurait pu écouler quelques milliers de bons dans le public. Leur défaveur fut telle que le Gouvernement jugea prudent non seulement d’en arrêter les émissions, mais de se faire autoriser à les convertir en rentes 3 0/0 amortis-

sables dont on croyait le placement plus commode et plus facile.

Ces innovations financières rappellent à la mémoire les sages paroles que prononçait M. Thiers au moment de la discussion du projet de loi relatif à l’emprunt de 2 milliards. C’était en 1871, à l’Assemblée nationale.

A cette époque, chacun prétendait avoir les moyens de trouver les sommes nécessaires au paiement de la rançon de la France. Ce qu’il s'est publié de brochures, de livres, d’opuscules sur ce sujet, est presque incalculable. De tous les points du pays, des pétitions étaient adressées aux ministres, aux députés; chacun indiquait le meilleur système pour trouver les 5 milliards. Et cependant, au milieu de ces montagnes de publications, quelques-unes pouvaient paraître des plus sérieuses, des mieux fondées en raison de la situation de leurs auteurs. A la tribune de l’Assemblée nationale, plusieurs députés émirent, eux aussi, leurs idées sur ce grave sujet. Qu’on relise les discours prononcés à cette époque par M. Thiers ! Qu’on relise ce qu’il disait sur toutes ces innovations, sur tous ces projets, et l’on verra comment, non sans raison, il les repoussait, pensant sans doute à cette maxime qu’un autre homme d’Etat célèbre, M. Magne, répétait bien souvent « Ce sont les matières de finances qui prêtent le plus aux illusions', ce sont elles qui , en définitive peuvent le moins s’en contenter. »

Ce n’est qu’avec le temps que certaines innovations financières parviennent à être acceptées par les capitalistes ; et encore est-il nécessaire que des exemples pratiques, bien mieux que des arguments et des raisonnements théoriques, fassent

M. Thiers et les innovations financières

Une maxime de M. Magne.

l e temps est un grand maître.

Exemples et théories, comprendre au public les avantages du nouveau titre ou du nouveau système financier qu’on lui propose.

Pourquoi les bas Si le 3 0[0 amortissable n’est pas actuellement aux cours du 3 °/ 0 amortissable, auxquels il devrait être, comparativement au 3 OjO ancien, c’est que, jusqu’à ce jour, il a été un fonds incompris ; c’est que le public redoute que de trop nombreuses émissions de ce titre n’en compriment l’essor ; c’est enfin, parce que la plus grande partie de l’emprunt effectué en 1881 par M. Magnin n’est pas classée et se trouve entre les mains de banquiers qui attendent, pour le vendre, des cours meilleurs.

Ce serait une erreur de croire que ces cours du 3 0[0 amortissable signifient que ce soit un mauvais titre ; ils peuvent indiquer que le 3 0[0 amortissable n’a pas été goûté du public, que c’est un fonds désavantageux, au prix actuel, pour les finances de l’Etat, mais nous sommes persuadés comme M. Léon Say (1), qu’heureusement ce n’est pas Un fonds condamné. « un fonds condamné « car, à notre avis, ce type de rente, avantageux pour les rentiers et les capitalistes, mérite tout autant de crédit que les autres fonds d’Etat auxquels il peut être comparé et auxquels il ne cède en rien, ni comme sécurité, ni comme avenir.

Titre incompris. Le public, pour qui l'amortissable est un titre « incompris », ayant à choisir entre deux rentes, le 3 0[0 ancien et l’amortissable, achète le premier tandis qu’il se montrerait plus soucieux de ses propres intérêts, s’il achetait du second : cela ne veut pas dire, répétons le encore, que le 3 0[0 amortissable soit un mauvais titre.

Si le gouvernement Que demain le Gouvernement annonce qu’il ne fera plus à

renonçait l’avenir aucune émission de rentes amortissables; qu’il dise, aux émissions n 1

d’amortissable.

(1) Séance du Sénat 21 décembre 1882. Journal Officiel, p. 1174 l' e colonne.

que pour ses émissions futures, il adoptera un nouveau fonds, 4 lj2, 4 0[0 ou 3 0[0. Immédiatement, on peut en être convaincu, l’amortissable dépasserait le prix du nouveau fonds qui serait créé : si on adoptait du 3 0^0 ancien, celui-ci baisserait dans des proportions aussi grandes que monterait le 3 0^0 amortissable.

Cette rente est donc avantageuse pour le public : il ne la paie pas beaucoup plus cher que le 3 0{0 ancien qui, lui, n’a pas d’amortissement, et, tout en recevant le même intérêt, il peut bénéficier de l’écart existant entre son cours actuel de 80, 81 fr. et son prix de remboursement à 100 fr.

Mais il n’en est pas moins vrai que cette rente, avantageuse pour les rentiers, coûte cher à l’Etat, car la différence de cours existant entre les deux 3 0[0 n’est pas suffisante pour lui permettre de prélever l'annuité nécessaire au remboursement de l’amortissable.

Quand l’Etat émet, par exemple, 100 millions de 3 0{0 perpétuel à 80 fr. ; il reçoit 80 millions et n’est obligé qu'à une chose : à payer, comme intérêts annuels, 3 millions.

Quand il émet 100 millions de 3 0(0 amortissable à 80 fr. il s’engage à la fois,

1° à payer le même intérêt de 3 millions par an,

2° à rembourser à 100 millions les 80 millions empruntés ; soit avec une plus value de 20 0[0.

Donc, tant que les cours des deux rentes sont à peu près au même niveau, l’Etat emprunte bien plus cher en amortissable qu’en 3 0[0 ancien : il fait, conséquemment, une opération désavantageuse pour lui, avantageuse pour les rentiers.

Comparons la situation respective de deux rentiers sur l’Etat : l’un, possède 3,000 fr, de rentes 3 0[0 perpétuelles ; l’autre, possède 3,000 de rentes 3 0[0 amortissables. Tous deux toucheront tous les ans, tous les trimestres, le même re¬

cette rente est-elle avantageuse pour le public ?

Est-elle avantageuse pour l’État ?

Emprunts perpétuels, emprunts amortissables.

Situation respective de deux rentiers.

Quelle doit être la lifférence de cours?

Les calculs de 1878.

venu ; mais l’un, le détenteur de rentes amortissables aura la certitude d'être remboursé, tôt ou tard, par tirages annuels, avec une plus-value sur son capital. La meilleure situation qui pût être faite au détenteur de 3 0[0 ancien serait que la rente 3 0{0 montât à 100 francs, et alors, en admettant que cette éventualité se réalisât, il aurait à redouter une conversion du 3 0{0 en 2 1[2 ; quantau détenteur de 3 0[0 amortissable, cette certitude de voir son titre atteindre 100 fr. il la possède, puisque sûrement, par le remboursement annuel, elle est remboursable à ce prix ; la crainte de la conversion, il ne peut l’avoir : pour effectuer cette opération, il faudrait que le 3 0[0 amortissable fut à 100 fr. et que le gouvernement eut intérêt à rembourser cette dette par anticipation.

Quelle doit être la différence de cours entre le 3 0j0 ancien et le 3 0[0 amortissable, c’est-à-dire entre une rente perpétuelle et une autre remboursable à échéance fixe, par tirages annuels ayant lieu à des époques déterminées ? Cette question a été souvent débattue; nous pourrions dire qu elle a été mathématiquement résolue par des spécialistes très compétents. Us ont exactement indiqué l’écart qui devait exister entre les deux rentes ; mais les cours de Bourse ont toujours donné tort aux calculs les mieux établis.

Lorsqu’il s’est agi, en 1878, de créer la rente amortissable, comment, à cette époque s’y prenait-on pour évaluer l’écart qui devait exister entre le 3 0^0 ancien et le 3 0[0 amortissable?

La valeur du nouveau titre, disait-on, peut se chiffrer aisément. Comme revenu fixe, la rente 3 OjO amortissable vaudra exactement le rente 30[0 ancienne;mais, en raison de la prime d’amortissement donnée par cette dernière, si le 3 0[0 est coté 74,1e 3 0[0 amortissable devra valoir 74 plus 26 comme prime de remboursement à 100 fr, en 75 années.

Or, ajoutait-on, cette différence de 26 fr., basée sur un intérêt de 3 OjO, équivaut à un capital de 5 fr. 17.

Le 3 0[0 amortissable devra donc valoir intrinsèquement 3 fr. 17 de plus que l’ancienne rente 3 OiO.

En chiffres ronds, pour connaître la valeur de la rente 3 OiO amortissable, eu égard à l’ancienne rente 3 0{0, il faut calculer que chaque 1 fr. d’écart entre le prix de l’ancien 3 0[0 et 100 fr. équivaut à 20 c. Ainsi, par exemple, si l’ancien 3 OjO était coté 70, le 3 0{0 amortissable vaudrait (trente fois 20 c.)

6 fr. de plus, soit 76 fr.

Les calculs qui précèdent étaient publiés par le Journal des Débats du 12 février 1878. Au point de vue mathématique, ils étaient exacts ; mais c’était une erreur de croire que les capitalistes devaient s’y conformer (1).

Lorsque la rente amortissable fit son apparition sur le marché, elle cota, comme premier cours, 87 fr.

Le 3 0/0 ancien, au contraire, se négocia à 77 fr.

Il y eut donc un écart de 10 fr. entre les deux rentes. Ecart bien exagéré assurément et qui devait bientôt disparaître.

Au commencement de janvier 1879, de nouveaux calculs Les calculs de 1819. furent publiés. Le ministre des finances fit imprimer un tableau des parités du 3 0/0 perpétuel et du 3 0/0 amortissable.

Il résultait de ce tableau que :

1° Si le 3 0/0 est coté 77, le 3 0/0 amortissable devait va-

loir 4 fr. 77 de plus au 17 janvier

soit 81 fr. 77.

4 fr. 71

17 avril

4 fr. 76

17 juillet

17 octobre

4 fr. 83

17 janvier

(1) Voir plus haut, page 43.

2® Si le 3 0/0 est coté 80 fr., le 3 0/0 amortissable devait valoir aux mêmes dates que celles indiquées ci-dessus :

4 fr.

34 déplus soit

84 fr.

4 fr.

4 fr.

4 fr.

a quoi ont-ils servi ? Nous ne contesterons pas l’exactitude minutieuse de ce travail ; mais il n’a pas aidé à rétablir l’équilibre mathématique que l’on voulait voir exister entre les deux rentes, pas plus qu’il n’a fait comprendre aux capitalistes l’avantage qu’ils peuvent avoir à préférer le 3 0/0 amortissable au 3 0/0 ancien.

Les tableaux à faire. Il est, à notre avis, un autre tableau que l’on devrait faire et qui serait mieux compris des capitalistes, de cette foule de petits rentiers qui n’ont ni le temps, ni bien souvent la volonté de se livrer à de grands calculs et qui ne se piquent pas surtout de comprendre les mathématiques et les formules algébriques.

Ce que le public ne Si j’achète, par exemple, 300 fr. de rentes 3 0/0 anciennes

comprend pas.

à 80 fr., je sais que je débourserai 8,000 fr. ; que j’aurai tous les ans une rente de 300 fr. ; que je ne suis soumis à aucune chance de remboursement au pair de 100 fr. par voie de tirages.

Si, au contraire, j’achète 300 fr. de rentes 3 0/0 amortissables à 80 fr. 50 ou 81 fr., quel sera mon revenu fixe? Egalement 300 fr.

Combien aurai-je à débourser? 8,050 à 8,100 fr., soit 50 à 100 fr. en plus. Comment serai-je remboursé? à 10,000 fr., soit avec près de 2,000 fr. de plus-value. Et si mes 8,050 à 8,100 fr. me sont remboursés dans 1 an, 5 ans, 10 ans, 20 ans,

au lieu de l'être dans 30, 50, 60 ou 75 ans, quel placement de fonds aurai-je fait ?

Voilà ce que je voudrais savoir, sans me donner la peine de faire de longs calculs, et si j’avais un tableau qui me donnât ces indications, je verrais tout de suite si j’ai intérêt à courir les chances d’un remboursement avec prime, en payant ma rente un peu plus cher, ou si plutôt je n'ai pas avantage à acheter un peu plus de rente perpétuelle, non amortissable, avec l’argent que me coûterait en surplus l’achat de rente amortissable ?

Un tableau, établi sur ces données, rendrait de véritables services: il ferait mieux comprendre que tous les raisonnements possibles les avantages de la rente amortissable. Cette rente convient surtout aux petites bourses, aux rentiers qui se contentent d’un faible revenu, parce qu’ils espèrent voir leur capital s’augmenter. Toute cette classe intéressante de capitalistes, de gens d’épargne, est peu familiarisée avec les chiffres; il faut lui donner des explications simples, claires, et écrire pour elle comme si son éducation financière était à faire.

Croit-on, par exemple, qu’on ne serait pas mieux compris si, au lieu de venir dire que, mathématiquement, le 3 0/0 amortissable doit se négocier 6 fr., 5 fr. 17, ou 4 fr. 77 plus cher que le 3 0/0 ancien, on disait :

Avec 8,000 fr., si vous achetez du 3 0/0 ancien à 80 fr., vous aurez un revenu annuel, perpétuel, de 300 fr.

Av.!C 8,100 fr., si vous achetez du 3 0/0 amortissable à 81 fr., vous aurez, pendant 75 ans, un revenu annuel de 300 fr. ; mais :

Si vos 300 fr. de rentes amortissables sortent remboursables

Ce qu’il comprendrait.

De la nécessité calculs simples pratiques.

Exemples.

dans un an, à 100 fr., c’est-à-dire à 10,000 ir., vous aurez gagné :

1° 1.900 fr. sur votre capital;

2° 300 fr. sur votre revenu ;

Total 2.200 fr. pour un débours de 8,000 fr., soit un

placement à 27 1/2 0/0

Si vos 300 fr. de rentes sortent remboursables dans dix ans seulement à 100 fr., vous aurez reçu 1,900 fr. comme bénéfice sur votre capital ; 3,000 fr. d’intérêts pendant dix ans, soit au total 4,900 fr., pendant 10 ans, ce qui équivaut à un placement à plus de 6 0/0 l’an.

des Est-ce qu’on ne serait pas plus vite et plus facilement enet tendu qu’en employant des formules fort exactes assurément, mais que peu de personnes saisissent.

Est-ce que des calculs simples, indiquant ce que la rente amortissable, d’après le cours coté, rapporte net, et rapporterait, prime d’amortissement comprise, dans un an, 5 ans, 10, 20, 50, 75 ans, ne seraient pas plus compréhensibles?

Telle doit être, à notre avis, la véritable façon de démontrer la valeur de la rente amortissable. Le gouvernement rendrait un véritable service aux rentiers en faisant établir des tableaux dans le sens que nous indiquons. Ce serait une des meilleures manières de populariser, de démocratiser la rente amortissable et, conséquemment, de la classer dans les portefeuilles de ceux qui achètent une valeur comme placement définitif et non comme titre de spéculation.

Pour donner à notre pensée une forme jnatéri elle, nous présentons ici deux tableaux qui, susceptibles d’amélioration et de développement, serviront du moins à indiquer le côté pratique dont il faut, en pareille matière, se préoccuper.

1er TABLEAU.

Pour acheter

en

3 0/0 ancien

coté 80 fr.

Il faut débourser :

Pour acheter la même quantité de rentes en rentes 3 0/0 amortissable cotée 81 fr.

il faut débourser :

Soit en plus qu’en

3 0/0 ancien :

Mais avec la rente amortissable on gagne au

remboursement :

15 f DE

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