ET
jetée sur leur famille; qui ont, durant leur déten-
tion, enduré les pires tortures de l’accusé innocent,
n'ont-ils pas, eux aussi, subi un préjudice qui, à
part tout élément économique, est cependant de
nature à justifier une réparation ? Voltaire disait
déjà : (1) « Si un jour les lois humaines adoucissent
en France quelques usages trop rigoureux, sans pourtant donner des facilités au crime, il est à croire qu’on réformera aussi la procédure dans les articles où les rédacteurs ont paru se livrer à un zèle trop sévère. L’ordonnance criminelle ne devrait-elle pas être aussi favorable à l’innocent que terrible au coupable ? En Angleterre, un simple emprisonnement fait mal à propos est réparé par le Ministre qui l’a ordonné ; mais en France, l’innocent qui a été plongé dans les cachots, qui a été appliqué à la torture, n’a nulle consolation à espérer, nul dommage à répéter contre personne, quand c’est le Ministère public qui l’a poursuivi. Il reste flétri pour jamais dans la société. L’innocent flétri ! et pourquoi ? parce que ses os ont été brisés ! il ne devrait exciter que la pitié et le respect ! La recherche des crimes exige des rigueurs, c'est une guerre que la justice humaine fait à la méchanceté, mais il y a de la géné-
rosité et de la compassion jusque dans la guerre.