XIV INTRODUCTION
il en est une qui suflirait à elle seule!, c’est l'application du système majoritaire. Avec lui, il suffit d'obtenir la moitié des voix plus une pour être élu ; il suffit même souvent, lorsque la majorité n'est que relative, de recueillir un chiffre de suffrages si faible soit-il, pourvu qu'il soit supérieur à celui obtenu par chacun des divers concurrents. Alors les majorités, assurées du succès, luttent à peine, tandis que les minorités s’abstiennent par désespérance de jamais obtenir la moindre représentation. Leurs candidats sérieux ne se présentent plus. « À quoi bon ? » disent-1ls en haussant les épaules.
Toute la démocratie est ainsi basée sur la force du nombre; le pouvoir appartient à ceux qui sont ou qui semblent être les plus nombreux*. Plus la démocratie est de tendances avancées, plus elle s’abandonne à cette loi brutale. C’est ainsi que «la loi essentielle du socialisme est d’assurer le libre exercice de la force du nombre*. Depuis que la Révolution a fait des citoyens de simples unités entre lesquelles elle a partagé la souveraineté, le système s’est appliqué avec rigueur. Mais, devant son exclusivisme, devant ses résultats très souvent erronés, on a songé à s’en affranchir, à donner aux minorités et, si possible, en proportion de leur importance, des représentants, si bien qu’elles ne soient plus simplement les esclaves, mais les collaboratrices de la mayorité.
Elles pourront, dans de pareilles conditions, contrôler les détenteurs du pouvoir, leur suggérer des idées nouvelles. Tout le pays, et non plus une partie seulement, qui n'est pas tou- Jours la plus grande, contribuera à la gestion des affaires
! Paul Laffite, le Suffrage universel et le régime parlementaire, p: 73 1eti74.
* Les députés élus le 22 mai 1898 ne représentent que 1.140.784 électeurs, alors que les électeurs non représentés (abstentionnistes et votants des minorités) atteignent le nombre de 2.036.530.
5 Volders, Congrès ouvrier de Namur.