VIII INTRODUCTION
sée! », qui est « le Gouvernement de l'Etat par la foule, en
opposition, d’après la vieille analyse des Grecs, à son gouvernement par la Minorité ou par Un seul?. » Afin de ne pas courir le danger de retomber sous le pouvoir d’un seul ou de quelques-uns, le législateur, de 1789 à 1791, courba toutes les têtes sous un même niveau, de telle sorte qu'aucune ne püût dominer les autres. L'État, entité abstraite, s’éleva seul®; il dût être l'unique vénération de chaque individu qui, s’oubhant lui-même en tant qu'homme, apparaissait grandi en tant que citoyen.
Tous égaux devant la loi, les électeurs devenaient des unités appelées à constituer, par leurs groupements au jour de l’élection, des totaux décidant de la victoire de tel ou tel candidat. L'individu n’avait été affranchi des hommes que pour être placé sous le joug de la notion quintessenciée de l'égalitarisme. Sa puissance n'était qu'apparente, de surface. Détenteur d’une fraction de la souveraineté nationale, 1l en était dépouillé — comme le remarquait Rousseau pour lAngleterre — sitôt qu'il se choisissait un député, auquel 1l devait la remettre en même temps que le mandat de le représenter.
Ce n’était pourtant pas à cette situation, en réalité mesquine, que les hommes de la Révolution avaient destiné leurs concitoyens. Les principes qu'ils avaient institués en dogmes, avaient pour objet « d'aider à la formation du plus grand nombre possible d’individualités complètes et véritables » : ce qui «élait alors la formule même de tout individualismeÿ».
! Sumner Maine, Essais sur le Gouvernement populaire, p.97.
+ Ibid}, p90.
3 « I n’est permis à personne d'inspirer aux citoyens un intérêt intermédiaire, de les séparer de la chose publique par un esprit de corporation. » Chapelier, Rapport sur la proposition de loi qui fut votée les 14-17 juin 1791.
4 Henry Michel, l’Idée de l'État, p. 100.
5 Ibid.