‹ La représentation des Intérêts et l'importance des éléments professionnels dans l'évolution et le gouvernement des peuplesChapitre 27 sur 36 · LES PERSPECTIVES · texte numérisé non relu

LES PERSPECTIVES

PROFESSIONNELLES ET ÉCONOMIQUES

DE DEMAin

Comme la fermeté et la vaillance sont le gage des résistances présentes et promettent une aube prochaine de victoires, de même le travail et ses pacifiques conquêtes professionnelles contiennent pour la Patrie le secret de l'avenir ! Ce futur mystérieux, de quoi sera-t-il fait si ce n'est de ce que notre activité aura réalisé, c'est-à-dire de la puissance économique, du rendement des métiers ? Car il ne suffit point pour un pays de posséder le plus haut degré de civilisation, d' (( avoir pour lui la Justice et le Droit », pour rayonner dans le monde et poursuivre sa destinée, — il lui faut conserver aussi la force et les richesses matérielles. Iv'herbe pousse aussi dure et aussi verte sur la tombe des bourreaux et des conquérants que sur celle

des martyrs et des opprimés : les réparations en ce monde, nous devons les attendre bien plus de notre force et de notre labeur que de la réalisation d'une justice immatérielle et idéale.

Une objection préliminaire ne s'oppose-t-elle pas cependant à ces recherches et à ces programmes d'avenir ? Il semble qu'il y ait quelque ironie à évoquer une résurrection future, un bonheur trop lointain, au milieu de malheurs trop réels, une œuvre de Vie au sein, hélas, d'œuvres de Mort ! Il semble qu'il ne soit guère opportun d'aller chercher dans le secret de demain, quelques motifs de confiance ou de sérénité, quand la vieille Europe et la plus grande partie de l'humanité traversent les heures les plus douloureuses de leur histoire ! Il le faut cependant, pour le relèvement, pour les reconstructions futures.

Et, une fois la Paix conquise, la lutte économique, la lutte des efforts professionnels — agricoles, industriels, commerciaux — doit succéder, aussi ardente et tenace, à la lutte militaire (i). Que sur ces nouveaux champs de bataille, toutes les classes françaises, au souvenir des Gloires communes de la veille, se retrouvent en communauté de doctrine, d'énergie et de travail !

LA SlTUATlOn ÊCOnOMIQUE h LA PMX

Est-ce à dire que nos illusions nous feraient entrevoir, au lendemain de la guerre la plus sanglante et la plus désastreuse de l'histoire, un âge d'or, en un Eden merveilleux ? Certainement non, la paix ne

(1) Contrairement aux déprimantes théories émises par M. Max Hoschiller, dans « les dangers de la guerre économique ».

rendra pas la vie facile et n'effacera ni les dettes, ni les ruines, ni les souffra.nces, ni les deuils. L'existence sera rude et laborieuse, l' économie y tiendra plus de place que le luxe, le travail que les loisirs. Mais qui donc soutiendra qu'une pareille vie ne peut être agréable et digne d'être vécue ? « Quel contentement peut dépasser celui du succès, de la réussite obtenue par l'effort, et quelle autre joie que celle-là pouvons-nous rechercher, si nous voulons rester fidèles à la mémoire de nos héros ? Ils ont accepté la mort pour que nous vivions, et pour que notre vie fut belle, féconde, heureuse. Ne savons-nous pas quel était le genre de bonheur qu'ils nous souhaitaient ? » (i).

a) La situation économique de nos ennemis

Notre premier devoir sera de combattre l'activité professionnelle germanique qui essayera de ressaisir les anciens marchés et même de trouver de nouveaux débouchés. Iv'arrêt presque complet de ses exportations, par le blocus, a permis à l'Allemagne de préparer des stocks de marchandises qu'elle jettera sur le marché; ses achats anticipés de matières premières, effectués sur une vaste échelle dans les deux Amériques, soutiendront sa fabrication et sa production; ses qualités d'organisation, de méthode et de coordination n'auront pas disparu dans la tourmente : elles en sortiront peut-être rajeunies et amplifiées par les nécessités et les souffrances.

b) La situation économique des neutres

I^s pays neutres, V Amérique surtout, auront trouvé dans nos malheurs des causes nouvelles de dévelop-

(1) M. J. Paul-Boncour, 1916.

pement : « par suite de l'état de guerre prolongé, des industries seront nées, des courants commerciaux anciens auront été détournés, qui ne pourront reprendre; de nouveaux courants créés qui voudront se maintenir. Une énorme poussée maritime se manifestera, la concurrence mondiale se généralisera » (i) 1^'Orient, à son tour, deviendra un centre immense de production et envahira les marchés avec des objets fabriqués par des ouvriers dont les besoins sont très faibles. I^e Japon, l'Inde et bientôt la Chine, munis de notre outillage, fabriqueront les produits dont la vieille Europe avait le monopole : la Russie est déjà soutenue par l'industrie nippone, et l'Angleterre reçoit aujourd'hui des Hindous ses tissus de coton (2)

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