LES DIFFICULTÉS
PROFESSIOnnELLES ET ÉCOHOMIQUES QUE REHCOnTRERA HOTRE PAYS
En face de cet accroissement de fortune pour ses rivaux, bien difficile apparaît la situation de la Patrie ! Une lourde tâche s'offrira à nos énergies : réparer les ruines de toute nature, rebâtir les maisons, les fermes, les usines dévastées, indemniser les éprouvés, pensionner les blessés, les parents des morts, rétabhr notre équilibre financier compromis, reconstituer notre outillage économique.
(1) M. Jean Hennessy, Exposé des motifs de la proposition de la loi présentée le 29 Avril 1915.
(2) M. le Docteur Gustave le Bon, Psychologie politique, page 99,J
a) L'agriculture, rindustrie et le commerce
On peut, dès maintenant, prévoir une répercussion fâcheuse de la période d'hostilités actuelle sur la situation agricole, industrielle et commerciale des premières années d'après-guerre. I^es ressources pécuniaires seront amoindries ou disparues; le matériel restera insuffisant et coûteux; les hauts salaires motiveront le maintien, sinon l'aggravation, de la vie chère; la main-d'œuvre demeurera très rare avec une population diminuée ! (c Combien qui hier étaient vivants, dont la jeunesse était pleine de promesses, reposent maintenant sous les tertres qui marquent les champs de bataille. Combien reviendront estropiés, incapables de rendre à la société les services qu'elle en pouvait attendre, combien tomberont à sa charge ? » (i)
lyC jour est proche où, comme disait Virgile, le laboureur, le terrassier rencontreront partout dans notre vieux sol de France, au milieu des dards rongés par la houille et des casques vides, les ossements des meilleurs fils de cette terre, des plus jeunes et des plus vigoureirs, de ceux qui auraient pu semer, faire croître et récolter le mieux les moissons de l'avenir.
b) Le problème financier
I^es difficultés financières ne seront pas moindres, lye dernier budget de paix, celui de 19 14, s'élevait en dépenses à 5. 191.643. 085 francs et pour l'équilibre il avait fallu recourir à 410.500.000 francs de ressources
(1) M. Jean Hennessy, Exposé des motifs de la proposition de la loi présentée le 29 Avril 1915.
exceptionnelles. Avec cent milliards de dettes nouvelles, les réparations de dommages et les pensions, les budgets futurs atteindront au moins dotize milliards. Il faut envisager le dilemme brutal que cette troublante réalité imposera demain à la France : ou bien pouvoir réunir annuellement ces douze milliards et alors l'Etat tiendra ses engagements; ou bien ne pas pouvoir ou ne pas vouloir et alors l'Etat devra renoncer à faire honneur à sa signature, réalisant la prophétie d'Edgard Quinet (i).
Possibilité pour la France
de surmonter les difficultés de demain
et de réparer s^^ blessures
En viendrons-nous g,lors à douter de notre avenir et à admettre sous une forme détournée la disparition de la force latine devant le germanisme triomphant ? Est-ce donc que le fils du Maître, M. Sigurd Ibsen aurait vu juste en affirmant dès le printemps de 1916 notre irrémédiable décadence et l'épanouissement prochain de l'Europe centrale ?
Non certes, notre foi intime, notre croyance inébranlable est que la France peut franchir avec succès les difficiles étapes de son calvaire et de sa résurrection. Il en sera des prophéties du Scandinave et des rêves de domination universelle des pangermanistes, comme de l'œuvre orgueilleuse de « Solness le Constructeur », décrite par le grand Ibsen : ils s'écroule-
(1) La Révolution, XXIV, 7.
ront comme elle, si les énergies françaises le veulent ardemment ! A ce prix, Hilda peut regarder avec confiance le sommet de la Tour d'où le mauvais Architecte doit tomber un jour.
a) Les exemples historiques de l'énergie française
Iva France a donné en effet au cours de son histoire, au milieu des désastres et des ruines, des preuves admirables de sa vitalité, de sa force de relèvement.
La guerre de cent ans avait cruellement ravagé nos campagnes du Nord et du Midi « hideuses à voir, vides de paysans, pleines de ronces et d'épines » (i) ruiné les villes et les métiers « à finale perdition » (2) Dès la paix « non seulement les anciennes cultures sont reprises, mais la charrue s'attaque aux bois et aux terrains en friches, et bientôt les terres cultivées du royaume se seront accrues d'un tiers. Les métiers ont recommencé à battre dans les villes. Le commerce se ranime. La foire de Lyon attire des gens de tous pays. Le roi Charles conclut des traités de commerce ; il est en correspondance avec le Sultan d'Eg>'pte et celui du Maroc. Xos marchands trafiquent dans les mers du Nord et sur les côtes de la Méditerranée, Maroc, Algérie, Tunisie, Tripolitaine, Eg3^pte, Syrie. Ainsi la prospérité revenait au royaume de France (3) " — Un poète du temps a célébré cette renaissance :
Marchands gagnaient en toutes marchandises ; Celliers, greniers étaient riches et pleins De vins, de blés, avoines et bons grains.
(1) Thomas Basin, évêque de Lisieux.
(2) Jean Juvénal des Ursins, évêque de Beauvais.
(3) M. Ernest Lavisse, Lettres à tous les Français, n" 12.
M. La visse cite d'autres exemples aussi probants : après les guerres de religion, etc..
Claude Henrys (i) l'avait déjà reconnu au xviii® siècle : « Quand on croit que la France est à la veille de souffrir les plus grands désordres, c'est alors qu'elle se remet en meilleur état et qu'elle tire profit de ses fautes. C'est par l'agitation qu'elle s'affermit encore mieux, et, en un mot, tout ainsi que la mer, son plus grand calme vient de la tourmente. «
Et pourquoi ne pas rappeler aussi le témoignage d'un ennemi qui reconnaît (2) à la France « une foi mébranlahle en l' indestructibilité des forces vitales de la nation », parce qu'aucun peuple « n'a jamais réparé aussi vite que les Français les suites d'une catastrophe nationale, aucun n'a retrouvé avec la même aisance le ressort, la confiance en soi et l'esprit d'entre- |rfise après de cruels mécomptes et des défaites qui (Semblaient écrasantes. Plus d'une fois, l'Europe crut que la France avait cessé d'être dangereuse, mais chaque fois la nation française se redressait devant l'Europe après un court délai, avec sa vigueur d'antan ou un accroissement de force «.Nos souhaits et nos espoirs attendent un semblable renouveau.
b L'union nationale doit survivre
Ce renouveau sera facilité si l'union créée pour la guerre survit à celle-ci, et il faut qu'elle lui survive !
Tous les Français de toutes classes et de toutes conditions, de tous les partis et de toutes les religions ont fraternisé dans les tranchées. Si la concorde sub-
I (1) Gilé par M. René Bazin, la Douce France, page 13. (2) Le Prince de Bulow, la Politique allemande.
siste demain, l'œuvre de reconstruction sera possible, car si la France d'hier restait impuissante c'est qu'elle était trop divisée et trop agitée par les querelles de parti.
Là-bas, au front, nos camarades ont devant eux les exemples qui unissent et qui fortifient. Un grand souffle collectif imprègne leurs pensées, une grande puissance anime leurs courages. Sans doute beaucoup succombent à la peine, mais leur souvenir, la leçon de leur mort, les exigences de leur sacrifice vivifieront le présent et fortifiercmt l'avenir :
Cest la cendre des morts qui créa la Patrie.
lycur voix demandera aux épargnés de continuer leur touchante union, leur affectueux respect des idées et des croyances, leur fraternelle tolérance !
Et quand la parole et l'action appartiendront demain aux soldats de l'Yser et de Verdun, de l'Argonne, de la Champagne et de la Somme, on pourra tout attendre de ces héros, unis dans la Gloire, unis pour le Travail.
c) L'effort profeasionnci de la France future
A ce prix, malgré les tristesses, les difficultés, le lourd héritage du passé, la Patrie pourra renaître. Mais pour atteindre ce résultat nos gouvernants, nos dirigeants n'auront aucune faute à commettre, nos travailleurs aucune minute à perdre. L'œuvre sera immense et les ouvriers, hélas, bien peu nombreux.
I<es Français trop rares et trop utiles, ne devront plus se griser de paroles, mais agir. Les professionnels, à peu près seuls, auront la charge et la responsabihté du relèvement : la population étant diminuée,
ils devront décupler leurs forces, leur activité; la France devant faire face à des charges immenses, ils devront développer la prospérité et la richesse nationales, mettre en valeur toutes les ressources du pays, accroître sans cesse sa production agricole, industrielle et commerciale. Pour arriver à ces fins ils devront coordonner leurs efforts, " unir leurs volontés, faire aussi prédominer leurs intérêts dans l'intérêt supérieur de la Patrie.
Partout et toujours l'effort professionnel exigera de l'ordre, de l'organisation, de la méthode pour réparer les blessures du passé et travailler aux reconstructions de l'avenir.
LE PLAn PROFESSlOnHEL ET ÉCOnOMlQUE DE DEMAin
Ces qualités maîtresses devront trouver leur plein épanouissement dans la réalisation d'un plan précis d'action professionnelle, économique et politique.
d) Le plan agricole
Nos paysans devront abandonner la routine séculaire pour industrialiser toujours davantage l'agriculture, afin de retirer de la Terre française le rendement maximum avec le minimum d'efforts et de maind'œuvre. A cet effet, il faudra inculquer à l'enfant, au futur professionnel, dès l'école primaire, les principes essentiels de l'agronomie moderne, compléter ces notions dans des écoles régionales d'agriculture, bien adaptées aux conditions variables des milieux et des
cultures, pour les garçons, dans des écoles ménagères pour les jeunes filles. Pour l'homme mûr, pour le travailleur, il faudra développer les institutions corpératives de crédit, d'assurance, de coopération, de « remembrement » de la propriété et de motoculture. Ne s'agirait-il pas aussi de vulgariser l'introduction sur le sol français de certaines plantes tinctoriales ou pharmaceutiques, venant jusqu'ici d'Allemagne, pour parfaire notre indépendance économique ?
b) Le plan industriel
Les professionnnels de l'industrie doivent transformer leurs méthodes et accroître leurs produits.
Les méthodes d'abord : coordination des efforts, entente professionnelle, réduction par l'outillage d'une main d'œuvre raréfiée, suppression des manutentions inutiles, etc.. Selon l'exemple allemand et renonçant à leur individualisme égoïste, nos industriels devront éviter une concurrence extensive, s'associer pour stabiliser leur action sur le marché intérieur, pour harmoniser et fortifier leurs tentatives sur les marchés extérieurs.
Dans la production, nous devrons utiliser toutes les ressources nationales, mettre en valeur toutes les richesses du pays. Toute l'énergie hydro-électrique de nos montagnes, par exemple, devra être recueillie pour obtenir ses multiples applications : fabrication de l'acier électrique et de la fonte électrique, préparation des ferro-aUiages ( ferro silicium, ferro-manganèse, ferro-chrome, f erro-tungstène) , électro-chimie (carbure de calcium, engrais azotés, sels chlorés, carborumdum, sodium, aluminimn). Puisque, à la
veille de la guerre, la France n'avait utilisé que le dixième de ses forces hydrauliques (i), il s'agit de les aménager toutes, soit une puissance totale de 5.500.000 (2) à 9,200.000 (3) H. P., équivalant annuellement à 15-20 millions de tonnes de charbon. Notre industrie métallurgique se trouvera dotée d'un outillage incomparable grâce aux nombreuses machines construites ici depuis la guerre ou importées des Etats-Unis, grâce aux nouveaux hauts-fourneaux, aux nouveaux fours Martin. Des industries nouvelles, jusqu'ici monopolisées par l'Allemagne, devront être développées : industries chimiques, pharmaceutiques, etc.
Enfin, si les succès militaires le permettent, ttn bassin minier d'une incalculable richesse devra être exploité en Alsace-Lorraine d'une façon intensive : prolongement du bassin de Briey vers Thionville et Metz (un milliard de tonnes de fer), région houillière de Thionville à Forbach et Sarrebrûck, gisement de potasse de Cernay (valeur évaluée à cinquante milliards de francs), etc.. (4).
c) Le plan commercial
Ici encore les méthodes devront être remaniées. Des transformations ou des fusions, des syndicats ou des ententes réuniront les affaires commerciales restreintes, diminueront les frais généraux, à l'exemple
(1) Rapport de M. Pinot à l'Expositoin de Bruxelles.
(2) Selon M. de la Brosse, Directeur du conlôle des services hydro-électriques français.
(3) Selon M. l'ingénieur Ader.
(4) M. Léon Polier, les Forces de k Franco d'hier et de demain, pages 54 et 57.
des cartels, des groupements, des monopoles allemands.
L'amélioration, l'augmentation de nos moyens de communication s'imposent, si nous désirons voir prospérer nos affaires. Il faudra mettre en valeur les ressources des vallées de la Saône et du Rhône; rendre la Seine et la lyoire plus navigables; raccorder nos grandes lignes à travers Paris, afin de réduire les frais et ennuis de transport des marchandises; diminuer la multiplicité de nos ports médiocres et organiser de grands ports nationaux où la production française trouve des frets avantageux; favoriser la création de puissantes compagnies nationales de navigation, capables de rivaliser avec les colossales sociétés allemandes ou américaines (i).
D'une exportation, plus intelligemment, plus activement, plus grandement conçue et réalisée, devra sortir une situation plus aisée. L'exportation est le moyen normal d'introduire chez nous l'or du dehors; elle est donc une base d'enrichissement national, alors même que le fabricant n'y trouverait que peu d'intérêt direct. L'Etat et les grandes associations de producteurs auront à concourir pour aider et encourager cette exportation de nos marchandises sur tous les points du globe. (2)
La tâche sera belle, productive, mais aussi combien difficile sur le terrain mondial (3). « Le négociant sera demain le combattant Demain, comme aux
(1) M.Jean Maitre,Ies Conditions du relèvement économique delà France.
(2) M. Jean Maître, les Conditions du relèvement économique de la France.
(3) M. Victor Boret, l'OfTensive commerciale dans la bataille économique de demain.
grandes époques, il dominera, multiplié dans sa force par l'industrie. Nous voudrions que la jeunesse française, au lieu de céder à l'attrait des fonctions fixes se préparât aux nobles efforts, aux beaux risques du négoce. Voilà qui met en jeu les ressources de l'homme, l'énergie, la réflexion et même l'imagination. Aidé par la science et par le travail que ne peut dans cette direction, un esprit sain et vigoureux ? Créons donc des commerçants » (i).
d] Le plan financier
Si la rénovation économique est complète et durable, le problème financier sera moins ardu.
Nous venons de noter quelques richesses appréciables de l'avenir (énergie hydro-électrique, minerais de fer, potasse de Cernay, exportations). Si nos professionnels ont la volonté de produire ou d'extraire toutes ces richesses, si l'Etat les y encourage, ils supporteront allègrement les charges de demain. Nous avons mesuré toute l'ampleur de l'oppression financière née de la guerre et nous savons que les sacrifices à faire seront bien plus grands qu'on ne se l'imagine à première vue : mais nous persistons à croire que l'épanouissement des labeurs professionnels et de leurs forces productives peut créer une somme suffisante de biens pour combler les pertes du passé.
D'ailleurs il ne faudra pas seulement de l'argent pour l'Etat, il en faudra encore pour faire vivre les industries et les commerces. « Un rôle important est réservé à nos établissements de crédit dans l'organi-
(1) M. Ed. Herriot, Agir, page 323.
sation future de notre industrie. Celle-ci va incontestablement prendre après la paix un nouvel essor- Non seulement il y aura lieu de réédifier ce qui a été dévasté dans nos départements envahis, mais il faudra créer de nouvelles usines, afin de nous débarasser à jamais de l'obligation d'avoir recours à l'Allemagne pour un certain nombre de produits que nous pouvons et devons fabriquer... A cette tâche s'associeront les banques, qui sont décidées à donner un concours sans réserve à l'industrie française. Biles auront pour cela le double stimulant de l'intérêt général et de celui de leurs actionnaires. « (i).
ly'exemple « de la Lorraine démontre l'utilité de ce mouvement que nous souhaitons. I/à se sont conjuguées les forces financières et les forces de l'industrie. Les banques lorraines ont fait preuve du patriotisme à la fois le plus hardi et le plus prévoyant : elles ont soutenu, avec l'aide de la Banque de France, le magnifique essor d'une province éminemment précieuse » (2).
Elles nous ont donné une leçon qu'il faudra étendre à lensemble du pays. Il sera nécessaire aussi que la « banque française s'applique à favoriser les grands travaux publics, l'extension des ports et des canaux, le développement de la marine marchande, la mise en valeur de la houille blanche ; il faudra que la France consente à faire pour elle-même ce qu'elle a réahsé pour l'Amérique du Sud. Nous revenons au
(1) Discours prononcé par M. Raphaël-Georges Lévy, à !'<( Union française » (Octobre 1916) (•2) M. Ed. Herriot, Agir, page 337.
point de départ : utilisation en faveur du pays des ressources essentielles de l'épargne nationale » (i).
g) Le plan politique
Puisque le Travail et le Métier seront les facteurs de notre puissance et de notre richesse futures, il sera non seulement juste, mais même indispensable à la prospérité nationale, de leur réserver une place éminente dans les Conseils de l'Etat. L'organisation et la représentation professionnelles aux divers degrés seront complétées. Elles procureront par leur action bienfaisante dans la Région et la Patrie une stabilité plus grande dé l'action administrative et gouvernementale; elles amèneront au pouvoir, des compétences éprouvées.
concLUSion
Ce programme peut paraître vaste. « On doit affirmer cependant que, si nous n'avions pas la force de le concevoir, — et, surtout, de l'exéciuter, — toute l'œuvre de réorganisation de la France en serait compromise (2) )).
E'idée maîtresse qui doit guider nos efforts à venir, tendre toutes nos énergies futures, — c'est celle du Travail, du labeur professionnel, patient et persévérant ! La France qui s'élabore a besoin plus que jamais d'avoir en ses enfants des travailleurs, des hommes d'action : « elle ne manque pas d'hommes de paroles. Durant tantôt vingt siècles, on a vanté l'éloquence de nos pères. C'est surtout aux jours de la
(1) M. Ed. Heiiiot, Agir, pages 338 et 339.
(2) M. Ed. Herriot, Agii, page 339.
défaite qu'ils recevaient cet ironique compliment. César massacrait ou traînait sanglants à son char de . triomphe les orateurs gaulois, Ils avaient bien parlé, trop parlé et la Gaule était asservie. » (i).
Nous devons travailler dans la paix prochaine comme dans la guerre d'aujourd'hui, sans répit, ni relâche, pour assurer et perpétuer notre victoire économique contre les laborieux Allemands, pour réparer nos pertes et enrichir la Patrie. Dans la société future comme du temps de Dunoyer, ce seront les « services productifs » et non pas les richesses immatérielles qui devront être favorisés : pour avoir méconnu cette vérité étemelle, l'Espagne a connu la stagnation et la décadence; la France d'hier suivait son exemple avec ses légions de rentiers et d'oisifs, ses carrières libérales encombrées et dirigeantes (2). I^'organisation des professions et de l'administration doit favoriser demain les métiers productifs; la représentation des intérêts doit assurer leur contrôle et leur puissance dans les conseils de la Nation.
Ainsi l'idéale Cité, rêvée par les jeunes générations, la « République professionnelle » prédite par M. Hanotaux doit être celle de l'avenir qui s'ouvre dans la clarté vaporeuse des promesses d'aujourd'hui.
(1) M. Paul Doumer, Livre de mes fils, page 63.
(2) Chambre des Députés ; avocats, médecins, etc.