‹ La représentation des Intérêts et l'importance des éléments professionnels dans l'évolution et le gouvernement des peuplesChapitre 5 sur 36 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

ORIGiriES ET MAISSAnCE

DES GROUPEMEtlTS

Les causes essentielles qui déterminèrent la naissance des groupements furent l'instinct naturel de sociabilité, les nécessités de la vie pratique et les exigences de la défense.

REnCOnXRES D'ÉCHAnGES

Avant la construction des villages s'établirent peu à peu des rencontres forcées pour échanges, de préférence dans les larges clairières des forêts infinies, la solitude des hauts plateaux ou les herbages des plaines. De même, jusqu'au milieu du dix-neuvième siècle, à chaque printemps, les Peaux- Rouges arrivaient de loin en foules nombreuses au « Grand Encampement «, vastes prairies du Wyoming méridional : une trêve avait été conclue entre les guerriers et tous échangeaient leurs denrées, leurs richesses; au-

jourd'hui encore les Basques espagnols de Roncal et les Basques français de Barétons ont leurs marchés sur la montagne, à la Pierre-Saint-Martin (i), loin de toute agglomération; et, entre Angoumois, Périgord et Saintonge, la foire célèbre de la I^atière se tient au milieu des bruyères et des pins sur les collines désertes.

Aux plus lointaines origines, il y avait donc des différenciations professionnelles suffisantes pour motiver ces rencontres, — différenciations déterminées surtout par le milieu physique ambiant, puisque nous avons reconnu l'importance antéhistorique de cet élément, au chapitre précédent. lycs primitifs contemporains en fournissent de nombreux exemples : « les Indiens l?inch du « Grand Nord » américain sont ou chasseurs ou pêcheurs ou agriculteurs suivant les ressources que présentent les contrées, forestières, lacustres ou alluviales » (2). « Dans le nord de l'Afrique, les nomades sont cavaliers, chameliers, chevriers ou bouviers suivant les diversités du sol et du climat » (3). lycs tribus de nains qui vivent dans l'Afrique centrale à l'ombre des forêts sans bornes, n'ont que la cueillette et la chasse ; les Muer des marécages du Bahr-el-Djebel et du Bahr -el-Zeraf ne s'adonnent qu'à la pêche.

Comme eux, l'homme de la préhistoire régla son activité professionnelle sur les ressources de la nature environnante : chasseur des solitudes herbeuses ou boisées, pêcheur des vallées et des marécages, se-

(1) M. Ardouin-Dumazet, Livre xli, page 157.

(2) P. Hermann, Bull, de la Soc. belge de géographie, 1904, n" 5, page 342

(3) A. de Préville, les Sociétés africaines.

meur des sols légers. Dans des sphères variées il créa les fondements de l'industrie et de l'agriculture. Il fabriqua d'abord avec des silex éclatés des massues, des lames de flèche, des outils pour écorcher le gibier ou dessiner sur les os; plus tard, il travailla plus finement les roches, la corne et les os de poisson (hameçons, aiguilles). Réagissant déjà sur le « milieu » et s'efforçant de le transformer, de l'améliorer, il joignit à la chasse (i) et à la pêche quelques rudiments d'agriculture : il sema dans les clairières des forêts ou sur les terres légères des coteaux du blé, de l'orge, du millet, des pois, pour en fabriquer des galettes, le pain des origines; il domestiqua le bœuf, le mouton, le porc, la chèvre, le chien, le cheval; il apprit à tisser la laine, le lin, l'écorce de certains arbres et fabriqua les premiers vêtements, il travailla le bois et construisit des huttes.

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