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CHAPITRE III

La Représentation politique professionnelle du Consulat au 20° siècle

Faut-il également voir dans la Commission du Luxembourg, du 25 février 1848, un essai de représentation professionnelle permanente ? — Pourquoi pas ? Si l'expérience ne fut pas heureuse, du moins fut-elle plus proche de l’idée actuelle.

Empêché par une majorité que soutenait le talent de Lamartine de créer son ministère du Travail, Louis Blanc, finit par accepter de présider une « Commission du gouvernement pour les travailleurs ». — Les vice-présidents étaient l’ouvrier Albert, Marrast et François Arago. — Des élections faites « un peu au hasard, sans doute », nous confie Quentin-Bauchart (1) amenèrent à sièger, en costume d’atelier, sur les bancs des pairs de France, quelques deux cents ouvriers représentant les diverses corporations de Paris.

Dès la première séance de ce Conseil, nous assistons à un essai d'organisation d’un système régulier d'élection. — Chaque corporation devait être dotée de 3 représentants ; l’un de ces trois délégués avait droit de sièger à la vraie commission où s’élaboraient les projets de réformes sociales ; les deux autres, assistés de représentants des patrons et d’honorables économistes ne devaient paraître

(1) Quentin-Bauchard, « Histoire de la Révolution de 1848 », t. I®, page 167.

qu'aux assemblées plénières pour sanctionner de leur approbation les rapports de la Commission du Travail.

Malheureusement les syndicats, à peine tolérés à cette époque, étaient encore fort peu nombreux et très mal organisés, et là où ils n’existaient pas, des Assemblées turbulentes apparurent incontinent, ça et là dans les usines, dans le seul but d’élire leurs délégués. Dans ces conditions, aucune vérification de pouvoir n’était possible. Un comité restreint où siègaient 10 ouvriers tirés au sort et des économistes comme Le Play, Victor Considérant, Pecqueur fut institué. — Les patrons, à raison de 3 par profession, furent également invités à faire partie de la commission ; dix d’entre eux devaient sièger au Comité restreint ; en fait, leur absence fut très souvent constatée.

Composée de 600 membres plus ou moins disciplinés, la Grande Commission était incapable d'aborder aucun travail ; seul le comité restreint fut chargé d'élaborer un programme de réformes sociales.

Mais aucun plan d'ensemble ne fut jamais mis au point. On courut au plus pressé, à l'immédiat, on s’attaqua aux abus les plus criards, à ceux du moins qui défrayaient la chronique du jour et au lieu de devenir un organe de gouvernement cette commission ou plus exactement Louis Blanc et ses amis se transformèrent en tribunal de prud’ hommes, en arbitres entre patrons et ouvriers. Il faut cependant reconnaître, par esprit de justice, que cet essai aboutit à des réformes importantes : la suppression dü marchandage et la réduction des heures de travail. La journée fut ramenée à 10 heures à Paris, et à 11 heures en province. Citons aussi à l'actif de la Commission du Luxembourg, un projet de création d’une Cité ouvrière capable de loger

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4oo ménages. Les ressources affectées à la construction des immeubles, devaient être fournies par un emprunt 4 % avec garantie d'hypothèque ; c’est la conception moderne du système des habitations à bon marché. Malheureusement ce projet resta encore lettre morte. Un décret, d’autre part, donna satisfaction aux vœux de l’Assemblée en prescrivant qu'un double registre pour offres et demandes d'emploi serait ouvert dans chaque mairie. Ce ne sont là que des succès partiels «et la Commission se révéla incapable d'élaborer un ensemble de projets de réformes ; elle finit par disparaître car elle fut littéralement conduite hors des limites permises par l'entraînement des événements

politiques. Un comité d’action uniquement composé d’ou--

vriers supplanta le comité restreint et se donna pour seul but les élections prochaines.

Il faut voir dans cette expérience passée une leçon pour l'avenir; souhaïtons aujourd’hui qu’on y reconnaisse pour les éviter, les obstacles inhérents au système.

M. Seignobos porte ce jugement à propos de l’échec lamentable de cette commission : « Les théories du Luxembourg ont été funestes ; «elles ont fait naître des espérances qu’il était impossible de satisfaire. »

Les folles espérances de 1848 sont-elles maintenant mieux justifiées ? Cette étude n’est pas encore assez avan-

cée pour nous permettre de répondre.

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