CHAPITRE X
Le cabinet Clémenceau
Le premier Cabinet qui fit allusion à une modification de notre système électoral fut celui de M. Clémenceau; dans sa Déclaration du 5 novembre 1906 (1), il se prononça « pour l'élargissement du scrutin dans les élections législatives »; comme il n’y eut pas d’interpellation sur la politique générale, la pensée du Gouvernement ne fut pas autrement précisée; elle n’avait du reste nul besoin de l'être, les préférences de M. Clémenceau étant bien connues.
Néanmoins les membres du bureau de la Commission du suffrage universel se rendirent en son Cabinet, le 11 novembre, pour lui demander ce qu’il avait voulu dire par «l’élargissement du mode de scrutin »; M. Clémenceau leur répondit qu'il s'agissait de substituer au scrutin d'arrondissement le scrutin de liste.
Le 28 novembre 1907, à la délégation que lui avait conduite M. Klotz, au nom du Groupe républicain de la réforme électorale, il fit la même réponse en rappelant qu'il avait voté, en 1888, contre le scrutin d'arrondissement, et en ajoutant, sur la demande de la délégation, qu'il était prêt à lui fournir tous les renseignements dont elle aurait besoin pour préparer
(1) Annales de la Chambre, 1906, t. 3, p. 5.
une proposition de péréquation des circonscriptions, avec réduction du nombre des députés.
Interpellé à la Chambre, le 9 juillet 1909, sur la politique générale du Cabinet, il déclara, au sujet de la réforme électorale, qu’elle se ferait après la réforme administrative; que, du reste, une réforme de cette importance ne devait pas s’improviser, et qu’à la veille des élections il ne voulait pas en courir l'aventure.
Néanmoins, le 15 juillet, à la demande presque générale des partis, la Chambre, par 426 voix contre 63, fixait à sa rentrée d’octobre la discussion de la réforme électorale, non pas qu’elle croyait encore à la possibilité de l’appliquer aux élections de 1910, mais plutôt pour que, en fin de mandat, cette question ne vint pas troubler constamment ses délibérations.
Quelques jours après, le Ministère Clémenceau tombait, sur une question absolument étrangère à toute réforme électorale.