‹ La Représentation Proportionnelle: Soumise à l'expérience belgeChapitre 36 sur 47 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

De l’émiettement des partis sous le régime

proportionnaliste.

La Représentation Proportionnelle a-t-elle eu pour conséquence l’émiettement des partis en Belgique, comme se plaisaient à le répéter les antiproportionnalistes qui y voyaient l’écueil inévitable de la réforme? A-t-elle eu pour effet de pousser les ambitieux représentants d'intérêts particuliers à se détacher du gros de leur parti pour se porter sur des listes dissidentes? A-t-elle amené la ruine des anciens partis au profit de groupes nombreux et infinitésimaux ?

Dès 1891, M. Ch. Woeste croyait devoir dénoncer ce vice du système proportionnaliste : « Qui ne voit, » s’exclamait-il, qui ne voit qu'avec la Représen- » tation Proportionnelle, il se formerait partout, ou » presque partout dans le pays, des groupes variés,

» représentant des intérêts déterminés et exclusifs, « protectionnistes ou libre-échangistes, partisans » du service personnel ou du remplacement, fla- » mands ou wallons, progressistes, radicaux-socia- » listes, champions dusuffrage universel ou d’autres » régimes électoraux et que les élus de ces groupes » seront en mesure de faire la loi à tout cabinet et, » s’il résiste, de le renverser ! »

Or, que s’est-il passé en Belgique dans les trois scrutins qui se sont succédé depuis le vote de la réforme ?

En 1900, il n’y eut pas moins de neuf listes en présence dans la circonscription de Bruxelles pour la nomination de 18 candidats seulement.

Et d’abord c'était la liste catholique, autrement dit la liste ministérielle, qui avait pris comme dénomination : liste de l'alliance conservatrice et ouvrière, sur laquelle se trouvaient déjà quelques opinions divergentes. Mais cette liste ne représentait plustout le parti catholique qui voyait prendre place à côté de lui deux listes dissidentes : celle des Démocrates chrétiens, les Daensistes, du nom de leur chef l’abbé Daens, et celle des indépendants. Ces derniers s'étaient séparés du parti catholique pour accentuer des opinions nettement militaristes en faveur du service personnel.

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Du côté des libéraux, mêmes divisions : d’un côté les libéraux modérés ou doctrinaires, de l’autre, les progressistes ou radicaux et à côté une troisième liste, celle des ouvriers libéraux.

Le parti socialiste avait sa liste se détachant nettement de ces deux premiers groupes.

Venaient enfin deux autres listes de commerçants entre lesquelles l’accord n'avait pu se faire, mais qui avaient l’une et l’autre pour programme spécial de combattre l'extension des coopératives ouvrières qu’ils accusaient d’enlever au petit commerce une partie importante de sa clientèle.

Remarquons de suite que cette multiplicité n'existait qu'à Bruxelles : Dans le reste du pays, il n’y avait en dehors des listes des trois grands partis que quelques listes de démocrates chrétiens. Sauf à Gand et à Liège, les libéraux et progressistes avaient même partout fusionné.

Quoiqu'il en soit, même dans la circonscription de Bruxelles, on n’eut pas à déplorer l’émiettement des partis. En effet, le commun diviseur, qui comprenait dans ce scrutin 10.794 suffrages, n’a été obtenu que parles quatre grands groupes catholique, socialiste, doctrinaire, progressiste et une seule liste dissidente : celle de l’abbé Daëns. Bien plus, il n’y eut dans tout le pays, en dehors de celle que nous indiquons, aucune de ces fractions dissidentes qui obtint assez de suffrages pour être représentée.

De même en 1902 et en 19,04 les listes dissidentes, moins nombreuses encore qu'aux premières élec-

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