‹ La Représentation Proportionnelle: Soumise à l'expérience belgeChapitre 39 sur 47 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

La Représentation Proportionnelle n’engendre

pas l’immutabilité des positions électorales.

Nous avons vu qu’un des principaux mérites de la Représentation Proportionnelle avait été de faire du Parlement belge, l’image exacte de la nation. Elle a fait mieux, puisqu'elle a consacré la fixité de cette image en préservant le pays des brusques changements de pouvoir auxquels l’exposait le régime majoritaire.

Les adversaires de la Proportionnelle ont retourné l'argument contre les partisans du système nouveau en l’exagérant même pour aflirmer que cette fixité devait avoir pour effet de rendre immuable la position de chaque parti dans chaque circonscription; elle devait créer les majorités clichées et enlever aux minorités toute chance sérieuse d'arriver au pouvoir.

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Voici comment M. E. Picard, sénateur de la gauche avancée, a formulé l’objection : « Pour citer » l'inconvénient principal et le plus visible qui » s’est produit chez nous, dit-il, le gouvernement » conservateur réactionnaire semble établi d’une » facon telle qu'on ne peut raisonnablement pré- » sumer quand il disparaîtra. Les deux autres partis, » le libéral et le socialiste, semblent réduits à l’état » de minorité représentative incurable (1). »

Déjà, l'honorable sénateur avait insisté sur cette prétendue difficulté, lors de la discussion électorale, en réponse aux déclarations du gouvernement (2). Il suffisait, d’après lui et ses partisans, d’une élection générale sous le régime proportionnaliste, pour rendre impossible dans la suite toute modification de la situation au Parlement: une dissolution même ne servirait à rien tant serait complète la cristallisation des partis. (C’est ainsi qu’à Bruxelles, par exemple, il faudrait vraisemblablement un déplacement de 12.000 voix pour modifier d’une unité la députation de cette ville. De même pour le reste du pays où il faudrait désormais des milliers de voix d’électeurs pour changer la composition des Chambres alors que, sous le régime majoritaire, quelques centaines de voix, quelques dizaines parfois, suffisaient à atteindre ce résultat.

(1) Enquête de la Croix, n° du 9 octobre 19083. (2) Séance du 9 août 1899, Sénat.

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