‹ La Répression du Suicide: Spécialement dans le projet du Code pénal françaisChapitre 10 sur 49 · L’IMITATION · texte numérisé non relu

L’IMITATION

L'imitation contribue-t-elle au développement du suicide comme la température le favorise ? Il faut plutôt parler ici de contagion. Le suicide comme la folie est éminemment contagieux. Il devient même véritablement épidemique à certaines périodes ; en 1927, à Conctantinople. 275 jeunes gens se donnèrent la mort en l’espace d’une semaine ; en 1729, les jeunes filles de Marseille se suicidèrent en foule. On a vu des moments où le suicide devenait une véritable maladie de l’âme, où il se propageait comme une contagion morale, soit dans les campagnes, soit au centre des villes; on vit même se former des sociétés dont les membres devaient se donner la mort ; des clubs de suicides existèrent en Angleterre, en France, surtout à l’époque de la Révolution et de l’Empire, aux Etats-Unis; la contagion du suicide est donc à redouter; on voit parfois toute une série d'individus se jeter du haut des tours de Notre-Dame ou de la colonne Vendôme. Sous l’Empire, un soldat se tue dans une guérite; plusieurs autres viennent s’y tuer ensuite, et il faut brûler la guérite pour faire cesser ces suicides. En 1792, treize invalides viennent successivement se pendre au même crochet d’un couloir, et il fallut murer la porte de celui-ci.

La contagion du suicide est admise aujourd’hui; « une véritable épidémie toujours croissante, qui, si on ne prend pas des mesures énergiques pour la combattre, atteindra

des proportions désastreuses », nous dit MOREAU, de Tours.

« Si les doubles suicides par amour sont aujourd’hui devenus fréquents », écrit M. PROAL, c’est encore à l'esprit d'imitation qu’il faut l’attribuer, à cette sorte de contagion qui résulte, pour des esprits surexcités par la passion, ou affaiblis par la débauche, de la lecture de drames analogues. J'ai vu des jeunes filles, à la suite d’un amour contrarié, s’axphyxier en roble blanche et la couronne de mariée sur la tête, parce qu’elles avaient lu le récit émouvant d’un suicide accompli dans les mêmes circonstances »(26). Le Docteur CORRE, dans son livre Crime et suicide, démontre l’influence pernicieuse de l’imitation, de la suggestion, de la contagion. Ainsi donc, il y a ici toute une éducation à faire, toute une réglementation à poser, si l’on songe à la pernicieuse influence que peuvent avoir, en ce cas, les lectures de toutes sortes et particulièrement la presse qui expose avec tant de détails les circonstances dont s’accompagnent les suicides. Tout ceci frappe l'imagination surtout chez les esprits faibles, et peut éveiller l'esprit d'imitation.

D’après DURKHEIM, l’imitation n’est pas un facteur original du suicide, elle ne fait que rendre apparent un état qui est la vraie cause génératrice de l’acte : la prédisposition au suicide ; MOREAU, de Tours, pense de même : l'individu atteint par la contagion est un prédisposé au suicide.

Convenons que comme le climat, limitation, la contation, ne poussent pas fatalement au suicide; il y a ici une mentalité qui y prédispose, mais l'individu peut se défendre. D'ailleurs, le suicide serait plutôt dû en ce cas à l’état

(26) Proa. Le crime et la peine, p. 214 ets.

nerveux et à l'esprit faible de l'individu qui n’a plus assez de résistance et qui devient trop impressionnable.

Ainsi donc le suicide n’est pas le résultat directe de ces trois facteurs, qui le rendraient alors involontaire et inconscient et enlèveraient toute la responsabilité à l’individu. TI n’est pas non plus en général le résultat de la folie ou d'états maladifs, et en bien des cas, il est perpétué froidement, avec une lucidité complète et une raison entière, pour des causes qui sont loin d’être morbides.

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