LE XVII: SIECLE ET LA REVOLUTION
La législation de l’ancien droit a donc flétri les homicides et institué ces procès aux cadavres qui nous stupéfient aujourd’hui. C’est notre ancien droit français qui fournit l'exemple le plus instructif de la responsabilité des cadavres, acceptant pleinement le principe de ces peines et en réglant minutieusement l’administration. « Tout crime est éteint par la mort du coupable », il apporta des dérogations à cette maxime pour quelques-uns des crimes considérés comme les plus graves, non pour châtier les morts, mais surtout pour épouvanter les vivants, recherchant ainsi plus l’exemple que la punition.
Au xviie siècle cependant, des assauts vont être livrés contre cette loi, surtout par les écrivains et les philosophes. On voit MONTAIGNE poser en principe que, « au pis-aller, la mort peut mettre fin quand il nous plaira et couper broche à tous autres inconvénients » dans ses Essais. MON- TESQUIEU fait l’apologie du suicide dans ses Lettres persanes (1). « Il me paraît, Ibben, que ces lois sont bien injustes. Quand je suis accablé de douleur, de misère, de peine, pourquoi veut-on m'empêcher de mettre fin à mes
(1) Ussecx à JBBEn, lettre LXXVI,
peines et me priver curellement d’un remède qui est entre mes mains. Pourquoi veut-on que je travaille pour une société dont je consens à n'être plus. » Cependant, dans son Esprit des Lois, il déclare: « Il est clair que les lois civiles de quelques pays ont des raisons pour flétrir l’homicide de soi-même, contraire à la loi naturelle et à la religion révélée » (2). J.-J. ROUSSEAU le flétrit énergiquement: « II te sied bien d’oser parler de mourir, tandis que tu dois l'usage de la vie à tes semblables. Apprends qu’une mort telle que tu la médites est honteuse et fictive. C’est un vol fait au genre humain » (3). VOLTAIRE blâme ceux qui se tuent dans les temps modernes par excès de passion ou dégoût de leur existence, dans le Dictionnaire philosophique. Mais dans son roman l’/ngénu, il critique ces « lieux communs, fastidieux, par lesquels on essaye de prouver qu'il n’est pas permis d’user de sa liberté pour cesser d’être, quand on est horriblement mal ».
Me de STAEL se repent d’avoir loué le suicide dans son ouvrage sur l’/nfluence des Passions. « À quoi servirait-il de vivre, dit-elle, si ce n’était dans l'espoir de s’améliorene (5),