‹ La Répression du Suicide: Spécialement dans le projet du Code pénal françaisChapitre 4 sur 49 · TO · texte numérisé non relu

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les publications obscènes et laisser impuni cet acte dont les conséquences sont aussi désastreuses ?

« Je ne connais pas de calamité sociale plus grande, d'exemple plus funeste, de crime plus inquiétant que le suicide. Et la société ne s’en émeut pas comme elle devrait s'en émouvoir; le suicide soulève sa pitié et voilà tout. Elle approuve ou désapprouve selon le motif, mais elle n’a pas l’air de se douter de la réalité du crime, de la gravité du danger, de l’imminence du péril et, partant, ne songe nullement à y remédier, à en rechercher les causes et à se guérir enfin de ce cancer qui la ronge sourdement » (2).

Cette question a toujours passionné l'humanité. Les législateurs y ont vu un problème moral difficile à résoudre et cependant, si nous interrogeons l’histoire, nous voyons que, chez de nombreux peuples, une répression sévère existait, inspirée par les idées religieuses dont l’action était puissante parmi ceux-ci. La morale et la religion sont, en effet, d'accord pour condamner le suicide. La morale, qui a pour base des conditions inhérentes à la nature humaine, montre à l’homme que Dieu, la société civile, la famille, exigent de lui et lui imposent des devoirs nombreux dont il n’a pas le droit de s'affranchir. Queiles que soient les causes qui le produisent, excepté l’état de folie, le suicide est un crime; il sacrifie le devoir à une autre fin, ce qui est le renversement de toute morale; en principe, rien ne peut l’autoriser. « Tant qu'il s’agit du devoir, ‘dit KANT, par conséquent tant qu’il vit, l’homme ne peut se défaire de sa personnalité; il y a contradiction à supposer qu’il puisse s'affranchir de toute obligation. Détruire dans sa propre

(2) Léon Sarry. Le suicide en France et à l'étranger, Paris, 1880, page 1,

personne le sujet de la moralité, c’est, autant qu’il en soit, faire disparaître du monde la moralité même, c’est avilir l’homme dans sa personne. » L'homme n’a pas le droit, sous un prétexte quelconque, de trancher le fil de sa propre destinée. C’est pour cela qu’on peut affirmer, avec DURKHEIM, « que le suicide a généralement été l’objet d’une réglementation juridique, tantôt il est prescrit, tantôt il est réprouvé, tantôt l'interdiction dont il est frappé est formelle, tantôt elle comporte des revers et des exceptions Mais il n’a jamais dû rester indifférent au droit, c’est-àdire qu’il a toujours eu assez d'importance pour attirer sur lui les regards de la conscience publique » (3).

Peu de doctrines l’ont approuvé. Les pernicieuses doctrines des stoïciens n’ont cependant que trop accrédité ce crime dont ils faisaient des maximes dignes de l’aveuglement du paganisme. Malum esse in necessitate vivere, sed in necessitate vivere, necessitas nulla est (4). Le stoïcisme allait même jusqu’à en faire une vertu, mais dans le cas seulement où l’on ne croyait pas pouvoir rester conséquent avec soi-même en demeurant dans la société et dans le monde où l’on se trouvait. C’est là d’ailleurs la conclusion logique de leurs doctrines, car nous voyons SÉNE- QUE, EPICTÈTE, PERSE, MARC-AURÈLE (Pensées) enseigner que la nature propre de l’homme consiste en la raison ellemême, en l’amour de la science et de la vérité, ainsi qu’en l'exercice du courage et en la grandeur d'âme. Quand il est impossible de vivre conformément à cette nature et de maintenir sa constitution par des actes convenables, mieux

vaut s’en aller.

(3) Durkxeim: Du suicide, p. 383.

(4) Senec. epist. 12/1,

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