‹ La Répression du Suicide: Spécialement dans le projet du Code pénal françaisChapitre 8 sur 49 · L'’HÉRÉDITÉ · texte numérisé non relu

L'’HÉRÉDITÉ

L’hérédité a certainement une influence sur le suicide, mais elle ne s'exerce pas d’une façon aussi générale, ni aussi déterminante que l’ont prétendu certains aliénistes ou littérateurs (20). Les auteurs sont divisés sur la question. MAUDSLEY, BRIÈRE DE BOISMONT et SIGHÈLE prêtent à l’hérédité un grand rôle dans le développement du suicide. Pour BRIÈRE DE BOISMONT, « l'influence de l’hérédité dans la production du suicide est un fait incontestable, la transmission a lieu directement par le père et la mère, elle peut remonter jusqu'aux aïeux et venir même par la branche collatérale » (21). Les suicides s’exécutent souvent de la même manière (pendaison, asphyxie, revolver) voire aussi le même jour, à la même heure. « La répétition héréditaire, écrit encore BRIÈRE DE BOISMONT, se manifeste non seulement par la reproduction de l’acte, mais souvent après de longues années d'intervalle, par la copie la plus exacte du genre de suicide » et il cite le cas d’un dame qui essaie 3 fois de se détruire; la première fois en se précipitant dans un puits, les deux autres fois en se pendant, sa mère a eu recours aux mêmes moyens pour terminer sa vie. « Il y a, dit Paul BOURGET, dans son roman La Geôle, où il décrit cette fatale influence héréditaire, une loi que les psychiâtres modernes appellent l’homochronie: c’est au même

(20) Paul BourcerT. La géôle.

(21) B.-De B.,.p-55.et 58, op. cit.

âge et le plus souvent à la même saison que la mort volontaire s’observe chez une lignée de prédisposés. » (p. 95.) ESQUIROL à connu un négociant, père de six enfants, sur lesquels quatre se tuèrent et le cinquième tenta d’y parvenir (22).

MAUDSLEY est persuadé que la propension du suicide s’acquiert par l’hérédité, comme certains tics qui se retrouvent chez les membres d’une même famille. « Quand les nerfs de l'individu sont épuisés, la tonicité de son système affaiblie par une cause quelconque, la tendance funeste entre en activité et peut se développer et acquérir une force convulsive » (23). DURKHEIM, par contre, rejette l’hérédité comme une cause de suicide pour différentes raisons, par exemple: les hommes se suicident plus que les femmes, pourtant l’hérédité est la même chez chacun d’eux ; puis, lhérédité se manifeste de bonne heure or, le suicide est plutôt rare chez les enfants. Il penche vers un phénomène de contagion: le souvenir des suicides anciens obsède el persécute et exerce sur l'esprit des survivants une influence contagieuse (24). Le docteur LISLE pense de même ; d’après lui, le suicide ne serait héréditaire qu’en cas de folie, c’est celle-ci qui est héréditaire et le penchant au sui: cide en serait le symptôme; donc, ces suicidés sont des aliénés (25).

Il n’y a donc pas de relation certaine entre le suicide et l’hérédité, de tendance définie et automatique qui pousserait fatalement au suicide. Il peut exister ici un cas de contagion contre lequel on peut se défendre.

(22) Maladies mentales, tome I, p. 582.

(23) Leçons de médecine légale à Londres. (24) D., op. cit, p. 74.

(25) Lise, p. 106, Du Suicide.

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