CHAPITRE XGIV
LA POLITIQUE EXTÉRIEURE ET l'eXTENSION TERRITORIALE (\)
Jusqu'ici je n'ai pas eu à parler, et en ce moment môme je n'ai que peu de choses à dire, sur un sujet que nous aurions rencontré à chaque pas s'il s'était agi d'une contrée européenne. Pour chaque pays d'Europe, les relations extérieures sont une matière de première importance. Les six grandes puissances de ce continent constituent toutes, plus ou moinS;, un danger l'une pour l'autre, et elles sont obligées de se protéger par des armées, des flottes et des alliances. La Grande-Bretagne ne visant pas à une extension de son territoire, et relativement en sécurité contre toute attaque sur son sol, a de nombreuses colonies et de vastes dépendances à protéger et c'est par elles, beaucoup plus que par sa position en Europe, qu'elle se mêle à la trame embrouillée de la diplomatie de l'Ancien Monde. Pour toutes ces puissances, même pour les plus petites, l'attitude hostile ou amicale des autres est une chose d''importance vitale, ^'on seulement, donc, d'énormes sommes doivent être dépensées en vue d'une éventualité de guerre, mais un vaste corps de fonctionnaires doit être entretenu, et il faut que l'administration et le Pouvoir législatif aient
([) Ce chapitre a été écrit avant l'annexion des îles Hawaï et la conquête sur l'Espagne de Porto Ricco, des îles Philippines et de Cuba. Les développements du présent chapitre doivent être lus sous réserve du changement considérable apporté de ce chef dans la politique américaine. Une note a été ajoutée à la fin de ce volume pour appeler l'attention sur ces nouveaux faits (Voyez l'.-lppeadice).
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sans cesse les yeux fixés sur la marche des relations internationales de l'Etal. De plus, ces relations affectent constamment la politique intérieure du pays ; souvent elles sont une cause de triomphe ou de défaite pour un parti ; elles exercent une grande influence sur les affaires financières, et elles font et défont les carrièresdes hommes politiques.
Rien de semblable aux Etats-Unis. Depuis la guerre du Mexique, en 1845, les relations extérieures ont très rarement, et seulement dans une certaine mesure, affecté les luttes politiques internes. Elles n'entrent pour rien dans les phiffonnsonû-àm faction des partis. Elles n'occupent point l'opinion publique. Jusqu'ici, nous n'avons pas eu l'occasion d'en parler, si ce n'est quand nous avons décrit les fonctions du Sénat (1^ ; et, en ce moment, je les mentionne, comme un voyageur parlait des serpents en Islande, simplement pour signaler leur absence, et pour indiquer quelques-uns des résultats qu'entraîne cette absence.
Quoique la cause principale et évidente de ce contraste frappant entre la grande llépublique de l'Occident et les Puissances européennes doive être cherchée dans sa position géographique sur un Continent où, depuis qu'elle en a éliminé, avec de l'argent, la France et l'Espagne, elle n'a plus que deux voisins, l'un au Sud, irrémédiablement faible, et l'autre au Nord, naturellement ami ; néanmoins, il faut aussi voir une autre cause dans le tempérament et dans les convictions de ce peuple. Les habitants des Etats- Unis ont présentement, et ont toujours eu des intentions pacifiques; la guerre injustifiable — puisqu'elle était faite sans nécessité, — avec le Mexique fut l'œuvre de l'oligarchie des propriétaires d'esclaves et fut en opposition avec le sentiment général du peuple. Ils n'ont aucune soif de conquête, possédant déjà autant de territoire qu'il leur en faut. Ils se sont toujours excessivement défiés d'une armée permanente, ce soutien nécessaire de l'ambition des politi-
(l) tome P% p. 86 et s. et p. < o9 el s.
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ques cxlérieures. Ils ont été si absorbés et si intéressés par le développement de leurs ressources matérielles qu'ils se sont très peu préoccupés de ce qui se passe dans les autres pavs. Comme il n'y a pas de classe militaire, il s'ensuit qu'il n'y a pas de classe qui s'intéresse aux affaires étrangères, et une pareille classe ne se rencontre surtout pas parmi les politiciens. Même les hommes politiques dirigeants sont étrangement ignorants des affaires delà diplomatie européenne, et encore plus, en général, les Sénateurs et les membres du Congrès. Dans l'esprit du peuple se trouve profondément enracinée cette idée que de telles affaires ne sont faites que pour le triste ordre de choses de l'Ancien Monde, et que le véritable moyen pour la République modèle d'exercer une influence sur ce monde, c'est d'éviter ses erreurs et de lui donner l'exemple d'un industrialisme pacifique.
Tout cela peut sembler étrange à ceux qui se souviennent que la superficie des Etats-Unis qui, en 178^, était d'environ un million de milles carrés, dépasse un peu , aujourd'hui, trois millions et demi. Cependant tout le territoire ainsi ajouté, si l'on en excepte les cessions consenties par le Mexique en 184-7, a été ajouté par des voies pacifiques, achat ou (comme pour le Texas) union volontaire; et tous ces territoires sauf peut-être l'Alaska) consistent en régions qui s'adaptent naturellement à la Répub'ique primitive et devaient lui être incorporés. Les limites de ce que l'on peut appeler l'expansion naturelle ont maintenant (comme on le verra par ce qui va être dit) été atteintes, et le désir d'annexion est probablement plus faible qu'à n'importe quelle époque passée, en même temps que l'intérêt que l'on prend aux affaires extérieures n'a pas augmenté. Pendant quelque temps, une sorte d'amitié fut témoignée à la Russie, mais c'était plutôt pour contrarier l'Angleterre que par suite d'une réelle sympathie à l'égard d'une monarchie despotique très éloignée de l'esprit américain. Mais aujourd'hui, une neutralité et une impartialité ab-
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solues sont observées à regard de l'ancien Monde, et une preuve remarquable du désir de s'abstenir de tout ce qui peut enfreindre cette neutralité a été donnée récemment lorsque le gouvernement des Etats-Unis a refusé de ratifier l'Acte international de la Conférence de Berlin de 1885 réglementant l'Etat libre du Congo, bien que le Ministre des Etats-Unis à Berlin eût pris part aux délibérations de la Conférence par laquelle l'Acte avait été élaboré. Ce ne fut aussi qu'après quelques délais et quelques hésitations que les Etats-Unis consentirent à ratifier (en 1892) l'A'îte international de Bruxelles relatif à la traite des Esclaves.
Une telle abstention des affaires de l'Ancien Monde sert de corrélatif à la prétention d'empêcher les Puissances européennes d'essayer de conquérir un droit de contrôle, prétention qui est connue sous le nom de Doctrine de Monroë, du nom du Président Monroë qui s'en fit le promoteur dans son Message de 1823.
L'opinion d'après laquelle les Etats-Unis devraient comprendre toutes les communautés de langue anglaise de l'Amérique du Nord, est une vieille opinion. Des efforts répétés furent faits avant et durant la guerre de l'Indépendance pour amener le Canada, la Nouvelle-Ecosse et même les Iles Bermudes à se joindre aux colonies révoltées. Pendant bien des années encore après la guerre, on continua à émettre l'opinion qu'aucune paix durable ne saurait exister avec la Grande-Bretagne tant qu'elle conserverait des possessions dans le nord du Continent Américain. Lorsque cette croyance se fut peu à peu dissipée, les yeux des hommes politiques ambitieux se tournèrent du côté du Sud. Le parti des propriétaires d'esclaves chercha à acquérir Cuba et Porto-Bico, espérant les convertir en Etats esclavagistes, et le Président Polk essaya même d'acheter Cuba à l'Espagne. Après l'abolition de l'esclavage, des tentatives furent faites sous le Président Johnson, en 1867, en vue d'acquérir du Danemark les îles de Saint-Thomas et de Saint-Jean, et des tentatives furent aussi faites par le
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Président G rant {1809-7o) en vue d'acquérir la République indépendante de Saint-Domingue, mais le Sénat lit échouer toutes ces tentatives.
Néanmoins, ridée que les Etats-Unis ont le droit de s'opposer à ce qu'une Puissance européenne vienne créer un nouvel établissement sur le Continent américain, survit encore et constitue, môme, en matière de politique extérieure, un principe parfaitement arrèté,professé par tous les partis et même par tous les hommes d'Elat. Ce principe est moins nécessaire aujourd'hui que du temps de Monroë, parce que les Etats-Unis se sont si immensément accrus, qu'aucune Puissance européenne ne saurait constituer pour eux un danger. Néanmoins, en 1805, ce principe fut encore affirmé et il conduisit Louis-Napoléon à renoncer à ses projets sur le Mexique. 11 aurait été affirmé de nouveau si l'entreprise du Canal de Panama avait abouti. Il est à la base de la prétention parfois émise de contrôler le canal inter-océanique projeté du Nicaragua, et il s'appuie ici sur ce qu'une voie maritime entre l'Atlantique et le Pacifique a des conséquences bien plus grandes, non seulement au point de vue commercial, mais aussi au point de vue militaire pour les Etats-Unis que pour n'importe quelle autre Puissance. L'idée d'après laquelle les Etats- Unis doivent commander dans le Nouveau Monde a trouvé son expression dans le Congrès de toutes les Républiques Américaines [Pan-Americcni Congress of Republics) tenu à Washington en 1891, Congrès qui avait principalement pour but d'établir un système de Tarif général et qui, comme on pouvait s'y attendre, n'aboutit en réahté à rien et finit, non sans quelque ridicule, par une série de parties de plaisir des délégués des soi-disant Républiques du Sud et du Centre de l'Amérique. Cependant, on ne peut pas dire que la Doctrine de Monroë, quoique généralement acceptée, occupe réellement les esprits ou influe sur la politique courante de l'Amérique. Bien que cette doctrine puisse^ sans doute, conduire le gouvernement à considérer
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les questions internationales qui surgissent, même dans l'Amérique du Sud, coname étant beaucoup plus dans sa sphère d'inlluence que toute autre question qui, sans intéresser directement ses propres citoyens, pourrait surgir dans l'Ancien Monde, néanmoins, les occasions d'aflirmer cette doctrine sont relativement peu nombreuses et ne paraissent pas devoir impliquer de sérieuses difficultés avec les Puissances européennes.
Les résultats de cette indifférence, en fait de politique extérieure, sont malheureux au point d'introduire !a plus grande insouciance dans le choix des représentants des Etats-Unis auprès des Cours européennes, l'Ambassadeur auprès de la Grande-Bretagne étant habituellement le seul qui ait à diriger des négociations importantes. Cette indifférence est cause, aussi, que Ton ne vote que des crédits insuffisants pour subvenir à ces missions. A d'autres pointsde vue, cet isolement'a été, pour les Etats-Unis, une véritable bénédiction. Une armée n'est pas nécessaire, si ce n'est pour réprimer les troubles indiens dans le Far West. L'ensemble des forces militaires de la République se compose actuellement (189ol895) de 25.000 soldats (un grand nombre d'origine étrangère) et de 2.444 officiers. Les officiers, élevés admirablement à West Point, — la fameuse école militaire qui a jusqu'ici conservé son haut caractère et qui a, depuis sa fondation,gardé son absolue liberté en présence des diverses « affiliations politiques », — sont surtout occupés à des travaux scientifiques ou aux ponts et chaussées. Il n'est besoin que d'une marine peu importante — circonstance heureuse parce que les chantiers de marine ont quelquefois donné lieu à des scandales administratifs, scandales, cependant, qui n'ont atteint en aucune façon les officiers de marine, mais seulement les politiciens qui étaient pour quelque chose dans la construction des navires et dans l'état des magasins de vivres et d'armements. — La demande qui est faite quelquefois d'augmenter considérablement la flotte des Etats- Unis paraît tout-à-fait inconsidérée pour l'observateur eu-
ropéen, car le pouvoir de protection des Etats-Unis sur leurs citoyens vivant au loin, ne saurait être mesuré par le nombre des vaisseaux ou des canons qu'ils possèdent, mais par le fait qu'il n'y a pas au monde une Puissance qui n'ait plus à perdre qu'à gagner à entrer en lutte avec une nation qui pourrait, en cas de guerre (tant ses ressources sont considérables), non seulement créer une flotte mais équiper en peu de temps des vaisseaux rapides qui ruineraient le commerce de son adversaire. La possession d'un puissant armement risque de pousser à la tentation de s'en servir. Depuis bien des années, il n'y a pas eu de nuages à l'horizon de la politique extérieure, et on peut même dire que l'éventualité d'une guerre entre les Etats-Unis et quelqu'une des grandes puissances navales est trop peu à craindre pour qu'il vaille la peine de s'y arrêter.
Ce peu d'importance de l'armée et de la marine des Etats-Unis a pour résultat non seulement de préserver le pays de l'esprit de militarisme et d'alléger une branche de dépense que les Etats de l'Europe peuvent à peine supporter, mais encore d'exempter cette République d'une source de dangers que d'autres Républiques ont trouvés si sérieux, à savoir, l'ambition de généraux victorieux et l'intervention de l'armée dans les luttes politiques. Si fortes et si profondément enracinées que soient les traditions constitutionnelles des Etats-Unis, il y a eu des, moments, même dans leur histoire, où l'existence d'une grande armée permanente aurait pu faire craindre, ou même amener la guerre civile. Le patriotisme n'a pas souffert^, comme parfois les Européens s'imaginent qu'il doit souftnr,d'une paix longtemps prolongée. La virilité de l'esprit n'a pas souffert de ce que si peu embrassent le métier des armes ; et la politique intérieure du pays, déjà assez compliquée, est à l'abri de ces autres complications que les questions de politique extérieure apportent toujours avec elles. Il est à peine besoin d'ajouter que ces questions sont précisément les questions qu'une démocratie, même aussi intelligente que celle des
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Etats-Unis, peut le moins comprendre, et aussi celles que ses organes gouvernementaux sont le moins aptes à résoudre avec succès et célérité. Heureusement, le seul principe auquel le peuple ait appris à s'attacher en matière de politique extérieure, est que moins on s'en occupe^ mieux on s'en trouve; et, quoique parfois les politiciens ambitieux essaient d'émoustiller l'orgueil national en tenant aux autres Puissances un langage arrogant ou en suggérant des projets d'annexion,un tel langage, cependant, est généralement désapprouvé, et ces sortes de projets sont habituellement rejetés.
Constater cette tendance de l'opinion nationale n'est pas, cependant, résoudre la question de l'expansion territoriale, car les nations sont quelquefois forcées d'augmenter leurs possessions pour des causes indépendantes de leurs désirs ou de leur volonté. La possibilité d'une semblable expansion, en ce qui concerne l'Amérique, mérite d'être discutée en quelques mots.
Occupant toute la largeur de leur Continent d'un Océan à l'autre, les Américains n'ont de voisins que du côté du Nord et du côté du Sud. Ce n'est donc que dans cette direction qu'ils peuvent étendre leur territoire par la voie de terre, et l'extension par la voie de terre est beaucoup plus facile et plus tentante que l'extension par la voie de mer. Au Nord, ils touchent à la grande Confédération du Canada avec ses sept provinces, s'étendant aussi de l'Atlantique au Pacifique, et aujourd'hui reliées entre elles par une voie ferrée transcontinentale. Sa population, qui s'élève déjà à environ cinq millions d'habitants, est en train de s'accroître rapidement, spécialement dans le Nord-Ouest, et bien qu'en droit elle soit sous la dépendance de la Couronne et du Parlement britannique, elle est reconnue maîtresse de ses propres destinées. 11 fut un temps où l'on regardait comme une chose naturelle que les Etats-Unis voulussent s'annexer le Canada, pacifiquement si cela était possible^ sinon, par la force des armes. Même jusqu'en 4864, les Anglais s'entendaient dire constamment que le premier résultat du
trioinplic des armées fédérales dans la guerre de Sécession, serait de lancer une armée enivrée de sa victoire contre le Canada, parce que, lorsque la passion de la guerre s'est réveillée chez un peuple, ce peuple n'aspire plus qu'à de nouvelles conquêtes. Nombreux furent les arguments historiques par lesquels on chercha à convaincre l'Angleterre qu'elle devait, dans son propre intérêt, accéder aux suggestions astucieuses de Louis Napoléon, c'est-à-dire éviter une défaite aux Etats esclavagistes et se délivrer ainsi elle-même d'un rival formidable. Depuis cette époque, le Canada est devenu une proie beaucoup plus tentante encore, car la partie du Nord-Ouest de son territoire située entre le lac Supérieur et les Montagnes Rocheuses, considérée alors comme une région condamnée par son climat à une éternelle stérilité, est devenue, au contraire, pour la culture du blé, un des districts les plus fertiles du Continent. La puissance des Etats-Unis est aujourd'hui bien plus considérable qu'en 1865, et il ne serait pas facile pour la Grande- Bretagne et pour le Canada de défendre une frontière si étendue et si faible que celle qui sépare cet Etat de ses voisins du côté du Sud. Cependant, aujourd'hui, l'absorption du Canada est une question rarement soulevée aux Etats-Unis. Si même elle vient à être accomplie, elle le sera du fait et par le désir des Canadiens eux-mêmes, plutôt que par l'effet de quelque force externe.
Il y a à cela plusieurs raisons. L'une est l'amitié toujours croissante qui unit les Américains à l'Angleterre ; si l'on considère combien la sympathie entre nations est plus rare que la haine, ou, au moins, que la jalousie, si l'on considère aussi l'àpreté proverbiale des dissensions de famille et rintensité de la haine que les Etats-Unis nourrissaient, il y a cinquante ans (1), à l'égard de l'Angleterre, haine rallu-
(l) Tocqueville, par exemple, dit (vol. II, chap. x) : « On ne saurait voir de haine plus envenimée que celle qui existe entre les Américains des Etats-Unis et les Anglais. » Et les vieillards" vous diront, en Amérique, que leurs souvenirs sont d'accord avec cette affirmation.
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mée encore par la malheureuse guerre de 1812, entretenue par la susceptibilité d'un peuple et l'arrogance de l'autre, imprimée dans l'esprit de chaque nouvelle génération de ï^Amérique par d'ineptes livres scolaires et par les harangues du Quatre Juillet, avivée enfin par le langage d'une grande partie de la société anglaise durant la Guerre civile, cette amitié, qui réunit maintenant les deux principales branches de la race anglaise, apparaîtra comme l'un des événements les plus remarquables de notre époque. Le règlement del'afh'ire de l'Alabama, démocratisation de la Grande-Bretagne, le développement de la littérature et de la science en Amérique, enfin le respect plus grand que les Européens ont témoigné aux Américains y ont également contribué. Ce qui doit aussi être compté pour quelque chose, c'est l'apparition de quelques hommes illustres qui, comme le D"" Phillips Brooks et M. J. R. Lowell, sont devenus chers aux deux pays. Mais ce qui a fait peut-être plus que tout le reste, ce sont les navires à vapeur qui traversent l'Océan, ear ils ont fait que les deux peuples ont pu mieux se connaître. Si l'on voit encore parfois la presse se montrer hostile à la Grande-Bretagne, cela est surtout dû au désir de contenter une partie de la population irlandaise, et cela est appelé à cesser le jour où cessera l'hostilité séculaire de l'Angleterre et de l'Irlande. Les vieux motifs d'attaquer k Canada n'existent donc plus. Mais il n'y a pas de raison pour croire que, si le Canada venait à être séparé de l'Empire britannique, les Etats-Unis ne seraient pas bien aises de l'incorporer à l'Union, Ils ne chercheraient pas à employer la force parce que cela serait entièrement contraire à leurs doctrines et à leurs habitudes. Ils ont une aversion bien arrêtée, fortifiée encore par leur expérience des difficultés qu'ils eurent à gouverner le Sud après 1865, pour l'incorporation ou le gouvernement d'une communauté non désireuse de s'unir à eux et de rester en parfaite harmonie avec leur propre corps. Bien qu'ils pussent se réjouir d'une aussi grande extension de leur territoire et de leurs res-
sources, ils se déclarent présentement satisfaits de l'étendue et de la prospérité de leur pays. De plus, chacun des deux grands partis éprouve quelques appréhensions au sujet de Tefiet que l'addition du Canada pourrait avoir sur le caractère politique des élections. Les Démocrates ont craint que la population de l'Ontario et du Maniloha n'assurât la prépondérance aux Républicains. Les Républicains ont éprouvé quelque défiance au sujet des Français catholiques romains du Bas-Canada. Les deux partis sentent qu'un élément de trouble, qu'on ne saurait exactement prévoir, pourrait être introduit dans leurs calculs. C'est pourquoi, bien qu'aucun d'eux ne soit certain qu'il y perdrait, aucun d'eux non plus n'est assez cerlain d'y gagner pour qu'il désire soulever la question par ses actes.
La position géographique du Canada à l'égard des Etats* Unis, et en particulier les relations de plus en plus étroites qui existent entre les provinces de l'Ouest, le Manitoba et la Colombie anglaise, et leurs voisins du Sud, peut sembler indiquer que, tôt ou tard, l'union politique s'accomplira. Il est à peine besoin de dire que les populations ne diffèrent que très peu, sauf que, dans le Canada^ l'élément écossais y est plus important que dans le ^linnesota, le Dakota, le Montana et le territoire de "Washington, où, spécialement dans les deux premiers, on trouve beaucoup plus d'Allemands et de Scandinaves que dans le Manitoba. Le développement matériel du Canada serait probablem.ent accéléré par l'union, et le projet d'une ligue commerciale ou union douanière {customs union) que l'on a discuté récemment pourrait, s'il était exécuté, conduire à l'union politique ; on ne voit même pas trop que le Canada puisse arriver sans cela à prendre sa part des changements de tarifs qui peuvent devenir nécessaires. Mais les tarifs actuels sont peu stables dans les deux pays, et, autant qu'un étranger puisse s'en rendre compte, le caractère et les sentiments des Canadiens et le développement d'un énergique sentiment national parmi eux. ne sont guère favora-
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bles en ce moment à l'absorption de leur pays dans la grande masse des Etats-Unis qu'ils ont d'ailleurs jusqu'ici regardés avec méfiance. Leur vie, et non pas seulement au point de vue politique, est sans doute moins intense que la vie de leurs voisins du Sud; mais elle est exempte des défauts qui affectent la vie de ces derniers. Les administrations municipales y sont plus pures. Les organisations de partis ne sont pas tombées sous le contrôle des Bossos. L'ordre public a été moins troublé et la justice criminelle est plus effectivement administrée.
Ce n'est pas ici le lieu d'examiner quels sont, dans cette affaire, les intérêts de la Grande-Bretagne et de ses autres colonies, ni quel avenir est réservé aux projets que l'on a suggérés en vue d'amener une union de fait plus étroite entre la mère-patrie et sa fille si vite grandissante. Pour ce qui regarde les intérêts définitifs des deux peuples le plus directement intéressés, on peut dire que, pour le moment, les Etats-Unis et le Canada gagnent à se développer d'après des types indépendants de vie politique et de progrès intellectuel. Chacun d'eux peut, en élaborant ses propres institutions, avoir quelque chose à enseigner à l'autre. Déjà, il n'y a que trop peu de variété sur le Continent américain.
A quinze cents milles au sud de la Colombie anglaise, les Etats-Unis aboutissent au Mexique. La position du Mexique offre un frappant contraste avec celle du Canada. Sa population ne ressemble en rien à celle des Etats-Unis. Les habitants catholiques romains, fanatiques et plus qu'à demi Indiens par le sang, ont conservé un grand nombre de superstitions indiennes; ils sont nonchalants, ignorants, et font peu de progrès vers l'autonomie soit locale, soit nationale ; leur nombre ne s'accroit que lentement (1), en un mot ils ne sont en progrès sur aucun point. Ils ne font que peu de chose pour favoriser le développement de la
\i) La population du Mexique était en i895 de J 1.600.000 habitants, dont 20 pour cent de blancs purs, 43 pour cent de race mélangée, et le reste, soit 37 pour cent, d'Indiens.
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richesse minière ou agricole de leur magnifique terriloire dont une grande partie, en réalité tout le plateau intérieur, jouit d'un climat plus favorable à l'activité physique que celui des Etats situés à l'extrême sud de l'Union. Le commerce d'exportation et d'importation des ports situés sur le golie et sur le Pacifique est entre les mains des Allemands et des Anglais ; les mines du Nord sont exploitées par des Américains qui arrivent de plus en plus nombreux du Texas et de l'Arizona, Trois lignes de chemins de fer venant de l'Union traversent maintenant le nord du Mexique, l'une aboutit au Pacifique à Guaymas sur le golfe de Californie, les deux autres traversent le grand plateau qui s'étend du Rio-Grande à la ville de Mexico. Les régions minières des Etats de Ghihualma et de Sonora (les Etats les plus septentrionaux de la fédération mexicaine) sont déjà à demi américaines, car les capitaux leur appartiennent, les voix de communication sont leur œuvre, leur langue se propage et leur influence devient prépondérante. Comme les mines du Colorado et de l'Arizona sont de moins en moins recherchées, le courant d'immigration venant des Etats-Unis tendra de plus en plus à traverser la frontière. Si des citoyens Américains sont tués ou s'il est porté atteinte à leur propriété, le gouvernement des Etats-Unis éprouve quelque difficulté à traiter avec un gouvernement aussi faible que le gouvernement mexicain, souvent incapable de maintenir l'ordre sur ses propres possessions. H se peut très bien que les colons américains, à mesure que leur nombre s'accroîtra, soient un jour tentés de rétablir l'ordre eux-mêmes et peut-être de fonder une sorte de gouvernement. En fait, l'évolution qui a séparé le Texas du Mexique pour l'incorporer à l'Union peut très bien se renouveler sous une forme plus pacifique par la constante infiltration d'une population américaine. 11 est presque impossible qu'un Etat faible, plein d'une richesse naturelle dont son peuple ne se sert pas, ne s'écroule pas sous l'invasion d'une race plus forte et plus entreprenante. Tout fait
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présager le détacliement des provinces mexicaines les unes après les autres et leur absorption dans ITnion américaine ; et ce mouvement une fois commencé ne s'arrêtera que lorsque — temps que l'on pourrait plutôt compter par décades que par siècles — les petites Républiques de rAmérique centrale auront aussi été absorbées et que l'influence prédominante, sinon la frontière même des Etats-Unis, se sera avancée jusqu'à l'Isthme de Panama.
Si les Etats-Unis étaient une monarchie comme la Russie, cela arriverait certainement, et cela arriverait non tant à la suite d'une agression décidée de propos délibéré que par l'irrésistible tendance des faits, tendance semblable à celle qui poussa Rome à conquérir l'Orient, l'Angleterre à conquérir l'Inde, la Rusr-ie à conquérir le nord-ouest de l'Asie. Mais les Américains ne veulent en aucune façon que cela arrive et ils feront tout leur possible pour Uempècher. Ils n'ont pas, pour la conquête de territoires, cette ardeur qui enflamme les grandes nations d'Europe, ayant déjà des possessions qui demandent des siècles pour être entièrement peuplées. Ils sont fiers de la capacité de leur population pour le seJf -Government. Leur système administratif est singulièrement impropre à gouverner des dépendances, parce qu'il ne contient aucun mécanisme spécial pour surveiller les gouverneurs provinciaux ; en sorte que, lorsqu'il se rencontre des régions peu propres à être érigées en Etats, elles reçoivent néanmoins, comme Territoires, une autonomie presque complète. Des postes administratifs établis dans une contrée dépendante seraient certainement une source de tripotages, et le pays dépendant lui-même serait probablement mal administré. Presque tout ce que les autorités fédérales ont eu à faire dans ce genre a été mal fait et a donné lieu à des scandales. C'est pourquoi la seule forme que l'annexion puisse prendre avec avantage, c'est l'admission du pays annexé comme Etat indépendant ou comme Territoire, deux formes qui diffèrent entre elles en ce que, dans la dernière, les habitants, bien
(lu'ils puissent en général administrer leurs affaires domestiques, n'ont pas le droit de voter aux élections fédérales. Si le Cliiliualiua et le Sonora étaient semblables au Dakota, la tentation de les annexer et d'en faire des Etats serait grande. Mais les Indo-Espagnols du Mexique ont, dans les soixante-dix ans qu'ils y ont passés depuis qu'ils se révoltèrent contre l'Espagne, montré peu d'aptitude pour l'exercice du pouvoir politi(|ue. Ils sont à peine plus avancés sur ce point que les Maures ou les Samoates. Ils seraient dans l'Union non seulement un élément inférieur et hétéroclite, mais encore un élément nuisible qui, certainement, s'il était admis au suffrage fédéral, porterait préjudice à la politique fédérale, démoraliserait les fonctionnaires qui y seraient envoyés, et en ferait, dans un pays déjà prédisposé, des agents de fourberie et de friponnerie, étant donné surtout qu'ils seraient si loin de la sphère d'action de TEtat que le gouvernement fédéral serait dans l'impossibilité d'intervenir d'une manière efficace ; de sorte que tout cela contribuerait à préjudicier au Congrès dans lesaffaires fédérales et à introduire une autre foule de tripotages et de tripoteurs à Washington. Huit millions de nègres affranchis récemment (sans compter les immigrants venus récemment d'Europe) sont déjà une charge assez lourde pour les épaules des Anglo-Américains,sans que l'on y ajoute encore l'ignorance et la demi-barbarie des races mélangées des tropiques.
On rencontre aux Etats-Unis et, bien entendu, surtout dans l'Arizona, dans le Nouveau-Mexique et le Texas, bien des gens qui affirment que le Mexique sera absorbé ; que l'absorption commencera parles provinces du Nord et qu'avec le temps le reste suivra. C'est son « destin manifeste », et les spéculateurs sur les terres et les mines de ces régions de frontière seraient bien aises de prêter un peu la main au destin. Mais le sentiment général de la nation est fortement contraire à cette politique ; aucun parti n'a intérêt à la faire triompher comme firent, il y a cinquantecinq ans, les Etats esclavagistes du Sud en incorporant le
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Texas. Ce n'est donc pas une question de politique pratique. Cependant, c'est un problème qui mérite déjà qu'on l'examine, car le temps où il offrira un intérêt pratique n'est pas éloigné. C'est aussi un problème inquiétant. Pour aussi juste que soit le jugement d'une nation et quelque bonnes que soient ses intentions, elle ne peut pas toujours résister à la poussée des événements et à l'action des causes naturelles.
J'ai déjà fait remarquer que le gouvernement des Etats- Unis a autrefois désiré et paru capable d'acquérir quelquesunes des îles des Indes Occidentales. Le Sud avait un excellent motif pour ajouter à l'Union des régions dans lesquelles prévalait l'esclavage et qui auraient été admises comme Etats esclavagistes. Ce motif n'existe plus depuis longtemps; et si le Sud a maintenant quelque avantage, c'est que ces îles restent en dehors de la ligne douanière de l'Amérique, afin qu'elles ne puissent pas, sans payer des droits, venir concurrencer les produits du Sud. Toutes les objections que l'on peut faire au sujet de l'incorporation du nord du Mexique, peuvent encore mieux être appliquées à l'incorporation de ces îles moins propres encore à être colonisées par la race anglo-américaine que les plateaux mexicains. Une petite île, Navassa, entre la Jamaïque et Saint-Domingue, est la seule qui appartienne aux Etats-Unis.
Cependant, il y a une contrée située au delà du Continent nord-américain au sort de laquelle les Américains ont toujours, depuis 1843 (époque à laquelle cette contrée courut le risque d'être occupée par l'Angleterre), déclaré être directement intéressés. Cette contrée c'est celle des îles Hawaii situées à 2.000 milles de San-Francisco. Les Américains se rendent compte qu'à cette distance la position occupée par ces îles, en face de leurs côtes de l'Ouest, serait, en cas de guerre, entre les Etats-Unis et quelque grande puissance navale, si menaçante pour leur commerce qu'ils ne sauraient souffrir de voir ces îles occupées par une puissance européenne ou même simplement tomber sous son influence. IV i.s
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Aucune nation d'Kuropc n'a, dans ces derniùres années, manifesté le désir d'acquérir une semblable inlluence, et même l'Angleterre ôt la France y ont formellement renoncé. Cependant, le gouvernement des Etats-Unis, soucieux de se mettre à l'abri des éventualités, a fait des démarches pour acheter une certaine étendue de territoire à Pearl liiver dans Oahou, le meilleur havre du pays, avec l'intention d'y établir une station navale.
Il n'est pas du tout facile de prédire, dés aujourd'hui, le sort réservé aux îles Hawaï.
Leur population s'élève actuellement {census de 1800) à 89.990 habitants ; sur ce nombre 34.000 sont indigènes (sans compter 6.000 demi-sang); le reste de la population comprend 15.000 Chinois, 12.000 Japonais, 8. GOO Portugais (récemment introduits pour travailler aux plantations de canne à sucre) et environ 12.000 personnes d'origine américaine ou européenne. Les Américains sont plus nombreux que les Européens ; viennent ensuite les Anglais et, au troisième rang, les Allemands. La direction des affaires a toujours été, en fait, entre les mains des Anglais et des Américains, bien que cependant les Portugais et les Hawaiiens indigènes jouissent aussi du droit de suffrage. Les choses y ont très bien marché depuis le dernier roi, époque où un ministre sans scrupule y fut expulsé par une sorte de révolution opérée sans effusion de sang, jusqu'au jour du soulèvement de 1892, où (sans doute avec la connivence des personnes représentant les Etats-Unis) la reine Liliuokalani fut détrônée avec une facilité non moins grande. Alors le gouvernement provisoire offrit les îles aux Etats- Unis et, même, un traité, conclu en vue de leur annexion, fut soumis au Sénat par le Président Ilarrison (i). Avant que le Sénat se fût prononcé, un nouveau Président fut
(1) On s'est demandé si le Président et le Sénat ont, en vertu du pouvoir de conclure des traités, le droit d'acquérir pour le compte des Etats-Unis des territoires très éloignés du Continent américain.
ET l'EXTENSIOxN TERRITORIALE 227
élu et celui-ci retira le traité, manifestant sa désapprobation pour ce toute acquisition de territoire nouveau et éloigné, » et l'opinion publique sembla s'associer à cette désapprobation. A l'heure qu'il est, quoique rien de ce qui regarde la forme future du gouvernement n'ait été réglé constitutionnellement, la paix publique et Tordre ne sont jamais sérieusement troublés. La population blanche qui, grâce à ses bonnes dispositions, a jusqu'ici su éviter des scandales semblables à ceux qui déshonorent la politique de San-Francisco, peut très bien encore, sous une Monarchie restaurée ou sous une République, continuer à administrer avec succès les affaires des îles. Mais, comme la race indigène que le capitaine Cook estimait 300.000 habitants est tombée, depuis 1866, de 57.000 habitants à 34.000 et paraît devoir baisser encore davantage, il aurait été difficile, même si aucune révolution n'était intervenue, de maintenir une dynastie indigène ou même une monarcliie quelconque, et il y aurait toujours eu une forje tendance en faveur de l'annexion aux Etats-Unis. Cependant, les Etats-Unis peuvent tort bien n'éprouver jamais un vif désir d'acquérir ces îles et de les admettre dans l'Union en qualité d'Etat ou en qualité de Territoire. La population blanche de ces lies est maintenant trop peu nombreuse pour que l'on puisse désirer son appoint électoral — les électeurs inscrits étaient (en 1893) au nombre d'environ 1800 d'origine européenne ou américaine, et de 9.554 indigènes et demi-sang; — la présence d'une population asiatique considérable pourrait, à cause de la législation fédérale contre les Chinois, soulever de sérieuses difficultés ; et, en cas de guerre avec une puissance navale, l'obligation de défendre ces îles pourrait constituer une lourde charge quoiqu'elles ne soient pas tout à fait aussi distantes de la côte américaine que quelques-unes des îles Aléoutiennes, acquises lorsque l'Alaska fut acheté. Il est certain, cependant, que les Américains ne souffriraient pas qu'une autre nation établît un protectorat sur ces îles.
228 LA POLITIQUE EXTÉRIEURE ET l'EXTENSION TERRITORIALE
Le sort de l'ouest de l'Amérique du Sud dépend encore d'un avenir plus éloigné; mais il est difficile qu'il ne dépende pas de la Puissance qui est déjà de beaucoup la plus considérable de l'autre hémisphère. Lorsque le capital, qui est en train de s'accumuler aux Etats-Unis avec une incroyable rapidité, ne sera plus à même de trouver un emploi très profitable dans le développement de l'ouest de l'Amérique du Nord, il tendra à s'ouvrir d'autres champs. Lorsque la population aura rempli le territoire actuel des Etats-Unis, les hommes entreprenants se porteront vers d'autres régions incomplètement développées. Parmi ces régions, la plus voisine c'est l'ouest de l'Amérique du Sud dont les plateaux sont habitables pour les races du Nord. On peut conjecturer que les relations des vastes territoires qui forment l'Eucador, le Pérou et la Bolivie '1), pour lesquels les Espagnols ont fait si peu, et qui ne sauraient rester ainsi négligés indéfiniment, sont appelées à devenir plus étroites avec les Etats-Unis qu'avec n'importe quelle autre nation européenne.
(1) Ces trois pays ont une superficie totale d'environ i.oOO.OOO milles carrés, avec une population stable n'excédant pas o.bOO.OOO habitants, sans compter un nombre imparfaitement connu d'Indiens non civilisés.