CHAPITRE XCVI
Bien que îa question d'accorder aux femmes des droits politiques actifs ne puisse pas être appelée une des principales questions du jour aux Etats-Unis, son histoire et son état actuel jettent une telle lumière sur la manière dont les questions politiques prennent naissance et sont agitées et traitées dans ce pays, qu'elle mériteraitd'être examinée ici, lors même que cette matière ne serait pas une de celles qui ont actuellement quelque intérêt pour au moins un pays d'Europe. Tous ceux qui ont médité sur les fondements de la société humaine et du gouvernement ont eu à examiner jusqu'à quel point les différences de sexe doivent entraîner et nécessiter une différence de droits civiques et de fonctions entre les hommes et les femmes. Quelques-uns des plus hardis parmi ces philosophes ont répondu à cette question en niant purement et simplement ces différences. Apercevant chez les femmes une intelligence et une volonté qui, si elles ne sont pas égales à celles des hommes les mieux doués, font cependant de la femme moyenne l'égale, à beaucoup de points de vue, de l'homme moyen, d'autant plus qu'elle gagne en acuité et délicatesse de perception ce qu'elle perd en force et en résistance, ils ne voient pas de raison à ce que la femme ne partage pas les travaux, les devoirs et les
(1) Cpr. sur ce point. Hanson Robinso.x, Le Mouiemcnt féministe au,v Elat^-Unis, dans la Revue politique et jMiiementaire, du mois d'août 1898. *"
[irivilôpcs de l'homme. C'était là, d'ailleurs, l'opinion de Platon, opinion par lui poussée si loin, qu'il supprime entièrement le mariage et la vie domestique ; la même idée a trouvé son expression dans plus d'un mouvement religieux tant de l'antiquité que des temps modernes.
Le Christianisme a abordé le problème d'un autre côté, lleconnaissant à la femme une âme immortelle aussi précieuse que l'âme de l'homme, le Nouveau Testament et les usages de la primitive Eglise lui ouvrirent un grand nombre de fonctions et d'occasions de mérites et de gloire, pour la plupart desquelles elle pouvait surpasser, et, en fait, elle surpassa l'homme ; en même temps que l'imagination du Moven Age, plus intense et plus ardente que celle de n'importe quelle autre époque de l'histoire, créait un idéal de douceur, de pureté et de beauté morale féminines, dépassant infiniment celui du monde antique et pouvant être regardé encore aujourd'hui comme la plus noble possession du monde moderne, un idéal de la conservation duquel dépend peut-être, plus que de toute autre conception humaine, la prospérité de la race.
La consécration de l'égalité spirituelle de la femme serait sans doute allée bien plus loin encore^ et elle lui aurait assuré une égalité tangible en matière sociale et peut-être même en matière politique, sans la rudesse de cette époque où la force phvsique jouait un si grand rôle, et, aussi, sans le développement d'un système sacramentel et sacerdotal qui réservait aux seuls hommes la prêtrise et l'administration de certains sacrements vivifiants. C'est pourquoi, bien que les relations des sexes fussent établies sur une base plus saine que dans Tantiquilé grecque ou romaine, bien que le type de la pureté se trouvât élevé et la notion du mariage ennoblie, la reconnaissance de l'égalité dans la sphère du droit, soit privé, soit public, fut moins complète que l'on aurait pu s'y attendre. Lorsque le sacramentalisme et le sacerdotalisme furent, chez les peuples du Nord de l'Europe, entièrement désorganisés par le mouvement reli-
L;ieux du xvi' siècle, l'idée d'un ordre clérical réservé à l'homme fut néanmoins maintenu, sauf dans quelques sectes de peu d'importance ; et bien que la loi devînt de plus en plus humaine pour les femmes, il fut rare d'entendre quelqu'un demander pour elles une part dans les privilèges de la vie publique.
Dans les premiers jours de la République Américaine, il -emble qu'il ne soit venu à l'idée d'aucun homme politique, bien que cela soit venu à l'idée de quelques femmes perspicaces, que les principes de la Déclaration de l'Indépendance pouvaient recevoir leur application sans distinction de sexe ; mais comme ces principes ne devaient être appliqués qu'aux blancs, il n'y a pas lieu de s'étonner de cette distinction. Cependant la situation légale des femmes s'améliora rapidement. La législation des Etats leur reconnut des droits de propriété plus complets et im status social meilleur que ceux dont elles avaient joui en vertu du cornmon law anglais ; la respectueuse déférence avec laquelle elles étaient traitées fut signalée par des voyageurs comme une singulière exception à la rudesse des manières de l'homme américain, et, en fait, comme tendant à affecter dune façon regrettable la sràce des mœurs féminines.
Lorsque l'esclavage des nègres commença ta provoquer une sorte d'horreur chez les esprits sensibles, il devint nécessaire d'examiner de nouveau les fondements de la Société et de trouver une théorie qui^ en affirmant en dernière analyse la ressemblance et l'égalité de tous les hommes, condamnât le droit de propriété d'un homme sur un autre. Deux questions se posèrent bientôt d'elles-mêmes. Si tous les hommes sont égaux sans distinction de race, quid des femmes? Si l'égalité est une vérité et un principe absolus et, pour ainsi dire, imprescriptibles, que doit-il arriver? Ce principe s'appliquera-t-il uniquement aux droits passifs du citoyen, aux droits de liberté et de protection pour la personne et pour la propriété? ou bien, doit-on l'étendre à tous les droits actifs de participation an gouvernement
de la chose publique? « Nous demandons la libcrlû pour le nègre. Devons nous demander aussi pour lui une part dans le gouvernement? Si nous accordons ce droit au nègre, n'avons-nous pas des raisons, au moins aussi bonnes, pour l'accorder aux femmes? Si l'on refuse ce droit au nègre, c'est parce qu'on le voit si ignorant et si arriéré qu'il parait incapable d'exercer le pouvoir politique; mais en est-il de même des femmes? Les considérations qui valent pour le nègre allranchi, sont sans valeur quand il s'agit des femmes, puisqu'elle est instruite et capable. Quelle raison a-t-on alors de l'exclure ? »
C'était là une façon abstraite d'examiner cette question, puisque les femmes n'avaient encore fait aucune demande véritable dans ce sens. Mais c'était sur la base d'un droit abstrait que l'on procédait. La théorie est puissante pour ceux qui, pour combattre un état de choses actuel, font eux-mêmes appel aux principes généraux et à la théorie. Et dans le cas qui nous occupe, la question prit un aspect pratique par ce fait même qu'un grand nombre des ouvriers les plus zélés et les plus utiles du mouvement abolitionniste étaient des femmes. Elles montrèrent autant de courage en présence du blâme et même du danger dans ce qu'elles considéraient comme une cause sacrée, que Garrison ou Lovejoy. Elles affluèrent dans les sociétés et dans les Conventions abolitionnistes. Elles furent bientôt admises à voter et elles remplirent diverses fonctions dans ces organisations. Les membres les plus timides ou les plus conservateurs protestèrent; quelques-uns, même, se retirèrent. Mais dans un mouvement agressif, comme dans une révolution, ceux qui vont le plus avant sont ceux qui réussissent le mieux. Les défenseurs des droits des femmes étaient les esprits les plus hardis qui retinrent la direction du mouvement anti-esclavagiste. Les femmes établirent leurs droits en partageant les périls du combat et les gloires de la victoire.
La revendication des femmes, pour être admises à l'exercice des droits politiques et aux fonctions publiques, se
serait sans cloute produite tôt ou tard en Amérique (comme cela est arrivé en Angleterre), même s'il n'y avait pas eu l'agitation anti-esclavagiste. Mais les circonstances de son origine au milieu de cette agitation ont laissé leur empreinte sur sa marche ultérieure. Ces circonstances constituèrent, aux yeux d'un grand nombre de personnes, une sorte de consécration du droit des femmes, en même temps qu'elles donnèrent naissance à un corps d'ouvriers entraînés pour celte œuvre et fournirent un précédent fait pour inspirer confiance et enseigner la patience. Pour des esprits d'un caractère tout à fait opposé, elles lui donnèrent une certaine saveur de sentimentalisme, de caprice et de ce que l'on a coutume d'appeler en Amérique « radicalisme » (1). Pendant toute la durée de la lutte contre l'esclavage, la question restait en arrière, mais à partir de la fin de la Guerre Civile et de l'admission des nègres à la franchise politique, elle prit place au premier rang et elle continue à être fortement agitée. Il y a maintenant des sociétés de suffrage des femmes dans la plupart des régions du Nord et de l'Ouest. Il se tient chaque année une assemblée de délégués de ces sociétés, et cette assemblée stimule le zèle des propagateurs et concerte un plan d'opérations (2). Des propositions en vue de l'admission des femmes à telle ou telle catégorie de suffrage sont régulièrement présentées aux législatures d'Etats.
A chaque Congrès sont présentés des amendements à la Constitution fédérale en vue de l'admission des femmes comme électeurs. Aucune des deux Chambres n'a voulu accepter un semblable amendement et il est actuellement peu probable qu'il soit adopté par les trois quarts des Etats. Une ou deux fois, des femmes ont été désignées comme candidats à la Présidence ; cependant, jamais aucune
(1) Le mot « radical » fréquemment employé en dehors de la sphère purement politique, par exemple, en théologie, semble, en Amérique, servir à désigner une tendance plutôt qu'un parti.
(2) La première Convention de femmes fut tenue en 1848.
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n'a montré une liste (rL-lerleiirs présidentiels qui se soient cngajïés à soutenir sa candidature.
Ces efforts ont porté quelques fruits, moins cependant que ne l'espérait le parti, il y a trente-cinq ans. Autant que j'aie pu m'en assurer, l'étal actuel de la législation dans les dilïerents Etats et Territoires de l'Union au sujet des droits politiques des femmes peut se résumer comme il suit :
Jusqu'en 1893, le suAVape dans les élections aux législatures d'Etats et aux fonctions des Etats a, dans un seul Etat, le Wyoming, été étendu aux femmes, et, par conséquent, ce n'est que dans cet Etat qu'elles ont joui du droit de voter aux élections fédérales. Des amendements aux Constitutions des Etats, en vue de conférer ce droit de suffrage, ont été votés par les législatures dans plusieurs Etats; mais le peuple les a invariablement repoussés, et, en général, par un vote décisif. Dans trois Territoires, cependant, le droit de vote aux élections législatives fut conféré par la législature du Territoire, et, dans l'un d'eux, le Wyoming (1), ce droit fut conservé lorsque, en 1890, ce Terri-
(1) D après le gouverneur Hoyt, du Wyoming, le suffrage des femmes y fat introduit, en 1809, par la ruse d'un homme. Voici son récit : « Un législateur généreux du Wyoming alla trouver les autres membres de la législature et s'entretint avec eux. Ils sourirent. Mais il pria un j uriste de l'aider à rédiger un bill très court qu'il présenta. Il tut examiné et discuté. En général, les gens souriaient de tout cela. On ne s'attendait guère à ce que la chose put être menée à bonne fin ; mais celui-ci était un rusé compagnon, qui jouait son jeu de façon à obtenir assez de voix pour faire adopter cette mesure avant qu'elle fût soumise à l'épreuve. Ainsi, il dit aux Démocrates : « Nous avons un gouverneur républicain et une Assemblée démocrate. Eh bien, si nous pouvons faire voter ce bill par l'Assemblée, et que le gouverneur oppose son veto, ce sera une grosse affaire, savez-vous ? nous aurons montré notre esprit libéral et nous n'aurons rien perdu. Mais n'en parlez pas ; pas un seul mot de tout cela. » Ils promirent. Il se rendit alors auprès des Républicains et il leur dit que le^ Démocrates allaient soutenir le bill et que s'ils ne voulaient pas perdre leur prestige, ils feraient bien de le voter aussi. 11 ne
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toire fut admis au rang d'Etat. Dans l'Ulali, ce droit fut aboli par un Statute fédéral, parce que l'on pensa qu'il serait exercé par les femmes Mormons à l'instigation de leurs maris polygames et qu'ainsi il risquerait de fortifier le parti de la polygamie. Dans le Territoire de Washington, la loi qui, en 1883, conféra ce droit aux femmes, fut invalidée par les Cours de Justice, en 1887, parce que son caractère n'avait pas été indiqué clairement dans le titre ; elle fut promulguée de nouveau tout de suite après, et, en 1888, elle fut de nouveau déclarée nulle par la Cour Territoriale des Etats-Unis, sur le motif que l'Act du Congrès organisant la Législature Territoriale ne lui avait pastdonné pouvoir d'étendre le droit de suflrage aux femmes.
En promulgant sa Coniëtitution d'Etat (1889), le peuple de Washington se prononça contre le suffrage féminin par une majorité de deux contre un; et une personne très autorisée me déclara que la plupart des femmes étaient bien aises de perdre leur privilège.
En 1893, la législature du Colorado soumit aux électeurs (en vertu d'une disposition de la Constitution) une loi par
pensait pas qu'ils fussent assez nombreux pour le faire passer, mais leur vote sei^ait mentionné au rapport et de cette façon ils feraient échouer le jeu de l'autre parti. Et, eux aussi, convinrent de voter pour cette mesure. C'est ainsi que, lorsque te bill fut mis aux voix, il passa à Tunaniraité. Les membres se regardaient les uns les autres avec des yeux étonnés, car ils n'avaient pas voulu cela, tout à fait. Alors ils se mirent à rire et diluent que c'était une bonne plaisanterie, mais qu'ils avaient créé « un embarras au gouverneur. » Le bill fut présenté à John A. Campbell qui était alors gouverneur — le premier gouverneur du Territoire du Wyoming — et celui-ci le signa ! C'était un homme juste. » Allocution prononcée à Philadelphie en 1882. M. Horace Plunkett, cependant, conteste la véracité de ce récit, et il explique le vote du bill en disant quil était destiné à attirer l'attention sur le Wyoming (ce qui arriva) et à faire connaître une certaine prédilection du rude Ouest pour la plaisanterie {Tlic Vforkiny of ^yoman Suffrage in Wyomimj, Cheyenne, Wyoming, 1890).
laquelle elle se proj)Osait d'cLcndre la Irancliise politique aux femmes en toutes matières. La loi fut volée avec une majorité de G. 347 voix. Ce remarquable résultat semble avoir été dû en grande partie à la dissolution des anciennes organisations de parti à la suite de l'avènement d'un nouveau parti, le l'arli du Peuple, qui, en général, favorise le suffrage des femmes, et aussi à l'action des Chevaliers du Travail [Knights of Labour) et de quelques autres groupes ouvriers, parmi lesquels prévalent les théories abstraites sur l'égalité.
L'influence du Wyomingne fut pas non plus, sans doute, sans exercer quelque influence.
Dans vingt Etats, outre le Wyoming et le Colorado (1), les femmes sont admises à voter aux élections des fonctionnaires scolaires, ou au sujet des questions qui se rattachent aux écoles ; et dans plusieurs autres Etats (neuf au moins), comme dans tous ou presque tous ces vingt, elles peuvent être élues aux fonctions scolaires, telles que celles de surveillant des écoles [school visitor), de surintendant, ou de membre d'un comité scolaire. Elles jouissent aussi du « suffrage scolaire » dans le Territoire d'Arizona et d'une façon sporadique dans plusieurs villes.
Dans deux Etats, l'Arkansas et le Mississipi, les femmes ont le droit de vote, non pas en personne cependant, sur la question d'accorder des licences pour la vente des spiritueux. Un bill, tendant à conférer le même droit, fut rejeté dans la législature du Massachusetts à la majorité d'une seule voix. Une proposition semblable fut repous-
(1) Le Connecticut, le Nord-Dakota, le Sud-Dakota, Ildaho, rillinois, rindiana, le Kausas, le Kentucky, le Massachusetts, le Michigan, le Minnesota, le Montana, le Nebraska, le New- Hampshire, le New-York, le Xew-Jersey, l'Orégon, le Vermont, le Washington, le Wisconsin. Les femmes jouissent d'une franchise scolaire et municipale dans les provinces canadiennes de l'Ontario, de la Nouvelle-Ecosse, du Manitoba et de la Colombie anglaise.
sée dans la législature de lowa au mois de mars 1888.
Dans le Kansas, en 188G, et dans le Michigan, en 1893, les femmes reçurent le droit de suffrage pour toutes les élections municipales. Dans le Michigan, cependant, la loi a été depuis lors déclarée inconstitutionnelle (1).
Dans les Etats où les femmes possèdent le suffrage scolaire^ il n'y a qu'un petit nombre de votes émis ; cela tient en partie à l'indifférence, en partie aussi à ce qu'il est difficile aux femmes des classes inférieures de laisser leur maison pour se rendre aux lieux du scrutin. A Minneapolis, ville de 175.000 habitants, il paraît que deux ou trois cents femmes seulement votent aux élections scolaires, et dans le Massachusetts le nombre des femmes qui vont au scrutin a baissé rapidement après les premières années de vote. Mais, à Boston, à l'élection scolaire de 1888, elles votèrent en grand nombre, et, en 1893, elles votèrent si bien qu'elles firent élire un de leurs candidats ; dans le Kansas, à l'élection municipale de 1893, un grand nombre de suffrages furent émis par les électeurs féminins.
Dans leConnecticut, l'Etat qui, en 1893, avait le plus récemment étendu le suffrage scolaire aux femmes il semble que les femmes n'aient pas montré un grand empressement à se faire inscrire. Cependant, en même temps que les leaders féminins et les Prohibitionnistes faisaient campagne parmi les femmes électeurs, les maris et les frères h tendances conservatrices poussaient leurs femmes et leurs sœurs à se faire inscrire et ils y réussissaient assez bien.
Dans le Wyoming (lorsqu'il était encore Territoire), les femmes remplirent les fonctions de jurés pendant quel-
(I) Des propositions analogues ont, dans ces dernières années, été rejetées dans un grand nombre d'Etats, quoique parfois par de faibles majorités. Dans plusieurs des petites cités du Kansas, tous les emplois municipaux, depuis la fonction de maire et la fonction de juge de police, ont été parfois occupés par des femmes.
ques mois jusqu'au jour où les juges s'aperçurent que la loi ne l'autorisait pas ; et dans Washington (lorsqu'il était Territoire), elles lirent aussi partie du jury de i884 à 1887, époque à laquelle la Législature, en leur accordant de nouveau le droit de vote, omit de leur reconnaître le devoir ou le privilège de remplir les fonctions de jurés. Ceux à qui j'ai demandé leur opinion m'ont répondu que la présence des femmes dans les jurys était considérée comme un mal très grave, et que, dans les poursuites exercées contre les délits de jeu ou de vente de spiritueux, les accusés n'avaient aucune chance d'être acquittés par les femmes. On a constaté aussi qu'un petit" nombre de femmes seulement prenaient part au scrutin. De plus, dans le Wyoming, il est constant que, dans les jurys, les femmes se sont montrées plus sévères que les hommes.
En ce qui concerne le suffrage dans le Wyoming, les témoignages que j'ai recueillis sont contradictoires. Une des autorités les plus dignes de foi m'écrit ce qui suit :
« Le premier enthousiasme passé, il est impossible de décider les femmes à voter, excepté tous les deux ou trois ans ou bien lorsqu'il surgit une question palpitante comme la prohibition ou tout autre législation de tempérance. L'effet produit sur la vie de famille paraît être nul ; mais, certainement, il n'est pas mauvais. » Un autre témoin très compétent m'écrit : — « Il n'y a pas de grande ville dans le Wyoming, Cheyenne étant la plus grande avec sa population de 9.000 habitants. Dans les localités les plus importantes, un grand nombre de femmes, surtout parmi les femmes mariées, prennent part aux votes ; dans les localités peu importantes et dans les localités rurales, les femmes s'intéressent peu aux élections et les hommes ne s'y intéressent guère plus. En général, les femmes sont en faveur de la tempérance et des bonnes écoles, et c'est à la solution de ces questions qu'elles ont employé l'influence dont elles pouvaient disposer. Le suffrage des femmes paraît, jusqu'ici, avoir eu de bons ré-
sultats, mais le champ de ses opérations est remarquablement exempt des maux qui partout ailleurs pourraient s'y rencontrer, puisque la population est très éparse et que les femmes sont en minorité. »
Indépendamment de ces constatations et d'autres analogues,on peut ajouter que dans la Convention de 1889 qui rédigea la Constitution actuelle, il n'y eut pas d'opposition à ce que le droit de suffrage fût conféré à la femme en toutes sortes de matières. On ne s'assura pas régulièrement de la manière de voir du peuple en général sur ce sujet, parce que la question ne fut pas présentée séparément aux élections, mais il est à peu près certain que le peuple s'y serait montré favorable. Les déclarations des fonctionnairesdu Wyoming peuvent ne pas être d'un grand poids, car ils ne voudraient offusquer aucun groupe d'électeurs, et chaque Américain de l'Ouest se considère comme obligé de dire tout le bien possible et même un peu plus de l'organisation de son propre Etat. Mais les comptes rendus de la Convention de 1889 donnent l'impression que le suffrage égal, en vigueur depuis i809,a eu d'excellents résultats, et le tableau qu'un observateur anglais impartial (M. II. Plunkett (1) ) nous fait de la situation, produit une impression analogue. De plus, si les résultats avaient été mauvais dans le Wyoming, ils les auraient cités pour s'opposer à l'adoption d'une mesure semblable dans le Colorado en 1893. Il convient, cependant, de faire remarquer que dans ces nouveaux Etats de l'Ouest les femmes sont en minorité. Dans le Wyoming, il y avait (en 1890) 21,86'2 femmes
(1) Dans la brochure déjà citée. Il fait remarquer que ceux qui lui ont fourni ces renseignements n'ont jamais essayé d'attribuer la fréquence des divorces du Wyoming à l'égalité politique des sexes, comprenant que cela n'avait exercé aucune influence sur la vie de famille et n'avait amené aucune discorde domestique : « Les divergences politiques sont un de ces troubles domestiques qu'aucun Etat ou Territoire (vraiment!) ne reconnaît comme une juste cause de dissolution du mariage. »
contre .i0,318 hommes, et dans le Colorado le nombre des hommes dépassait celui des lemmes de 80.0UO individus, tamlis (jue dans le Massachusetts, le nombre des femmes dépassait de 0:3.000 celui des hommes.
En ce qui concerne Washington, une personne d'un certain rang qui y réside m'écrit ({ue « peu de femmes prolitaienl de leur privilège électoral et la plupart d'entre elles furent très heureuses de se voir exonérées de cette responsabilité ».
Je n'ai recueilli aucun témoignage tendant à montrer que la politique est dans le ^Yyoming, — car il y a encore trop peu de temps pour apprécier les résultats dans le Colorado — ou fut à AYashington véritablement plus pure que dans les Etats adjacents, bien que l'on prétende cependant que les élections y sont plus paisibles. Tout ce que l'on peut admettre, c'est qu'elle n'est pas pire, ou, comme disent les Américains : « Les choses sont ce qu'elles étaient auparavant^ seulement elles le sont davantage. » Les conditions d'une population peu nombreuse et éparpillée comme celle duWyoming (00.705 habitants en 1890) rendent l'expérience peu concluante pour des communautés comme celles des Etats de l'Ouest et du Centre.
Tout récemment, il fut proposé dans la Convention qui siégeait en i80t pour élaborer une nouvelle Constitution pour l'Etat de New- York, d'insérer dans la Constitution et de soumettre aux électeurs une clause conférant aux femmes le droit de suffrage plein et entier. Des pétitions signées d'un grand nombre de femmes furent présentées pour et contre la proposition. La Convention, cependant, par 97 voix contre 58, refusa même de soumettre la question aux électeurs. Ce résultat semble avoir sérieusement découragé le mouvement en ce qui regarde les Etats de l'Atlantique.
Partout où le suffrage ou quelque autre droit public ont été conférés aux femmes^ il n'est fait aucune distinction
pour Texercice de ce droit entre les femmes mariées et celles qui ne le sont pas (1). Personne ne songe à établir une dislinclion entre les célibataires et les femmes mariées^ ou à faire du mariage une cause de privation des droits politiques. Un tel procédé serait contraire à l'esprit de la législation américaine, et ce serait même là une anomalie et une injustice plus grandes que d'exclure indistinctement toutes les femmes des fonctions politiques. C'est pourquoi ce point, qui a soulevé tant de controverses en Angleterre, n'a suscité aucun embarras aux Etats-Unis ; et c'est ainsi encore que les Américains prétendent toujours que partout où les femmes ont reçu le droit de voler pour l'élection à un emploi, il est tout à fait naturel qu'elles reçoivent ellesmêmes le droit d'être élues à cet emploi. Quelquefois l'éligibilité à l'emploi a précédé la collation du droit de suffrage. Il y a certains Etats où les femmes n'ont pas le suffrage scolaire, et où, cependant, elles peuvent être nommées aux fonctions scolaires ; il y a aussi des Etats (Massachusetts, par exemple) où elles n'ont pas le droit de voter aux élections municipales ou aux élections d'Etat, mais où elles peuvent faire partie du Conseil d'Instruction de l'Etat {State Board of Education) ou du Conseil des Commissaires des Prisons {Board of Prison Commissioners). Il paraîtrait illogique au dernier point de conférer aux femmes le suffrage municipal, et de refuser à une femme le droit d'être nommée Mairesse (Maijoress], de leur donner le suffrage d'Etat (et par suite le suffrage congressionnel)
(1) Dans quelques Etats, cependant (par exemple, l'Indiana et rOrégon), le suffrage scolaire est limité aux femmes qui sont chefs de famille, parce que celles-là seules sont considérées comme intéressées à ce qui concerne les enfants ; et dans un petit nombre d'Etats (par exemple, Michigan, Indiana et Orégon) il y a certaines conditions de cens peu rigoureuses attachées au suffrage des femmes et qui ne sont pas requises pour le suffrage des hommes. Dans le Kentucky, le suffrage scolaire n'est accordé qu'aux veuves qui ont des enfants.
et (le ne pas permellreà une femme d'entrer soit à la législature d'Etat, soit au Contirns, de leur donner le suliVa«;e aux élections présidentielles et cependant de les exclure de la Présidence des Etats-Unis (1). Hien ne s'oppose maintenant à ce rpi'une femme soit envoyée au Sénat des Etat-Unis par le Wyoming (cinq voix sur trente-cinq y furent données dernièrement à une femme candidat) ou par le Colorado.
« Quelles sont, dira-t-on, les forces qui agissent actuellement dans le progrès de ce mouvement en faveur des Droits des femmes? Quels sont les arguments que l'on y invoque? Ces arguments ont-ils un caractère pratique ou un caractère théorique '? p]st-ce sur la base d'une justice abstraite et du principe démocratique que la bataille s'engaue, ou bien allègue-t-on que les femmes souffrent de certaines incapacités et de certaines tyrannies positives qui ne disparaîtront qu'à la suite d'une participation au pouvoir politique ? »
Ces deux sortes d'arguments sont employés ; mais les arguments d'ordre théorique paraissent occuper la première place. Dans tous les Etats ou à peu près, les femmes mariées ont des droits absolus sur leur propriété ; dans la plupart des Etats, la mère a, en ce qui concerne la garde de ses enfants, des droits considérables presque égaux à ceux du père. Les femmes jouissent d'une égale protection de la loi et elles sont admises à l'exercice des professions et à l'instruction nécessitée par ces professions ; en même temps que les lois de divorce, quoi qu'on puisse en dire sous d'autres rapports, ne sont pas plus indulgentes pour
(t) Les femmes sont assez souvent nommées à des emplois se rattachant aux corps législatifs. A Wasiiington, certaines avait été nommées employées et servantes de bureau dans Tune ou l'autre Chambre de la législature du Territoire. Il semble avoir été admis dans le Connecticut qu'une femme peut êlre nommée agent de pension et, dans l'IUinois, qu'elle peut être maître des requêtes à la Chancellerie.
les hommes que pour les femmes. Aussi^ quoique les partisans du suffrage des femmes attendent de l'admission de \SL femme Àlafrandiise jjolitique des bienfaits palpables, spécialement une meilleure protection pour elle et pour les enfants, la cause ne paraît pas urgente et elle n'excite pas un bien grand enthousiasme. Quiconque observe l'Amérique ne saurait douter que tout ce qui constitue un bienfait réel pour les femmes dans la sphère sociale et industrielle, leur sera donné par la bonne volonté et par la sympathie des hommes, sans l'intervention du suffrage politique. C'est sur des bases de droit abstrait, c'est parce que l'exclusion du pouvoir politique est pensée en soi humiliante et injuste et semble placer la femme à un niveau tout à fait inférieur, que cette exclusion soulève d'aussi ardentes protestations. Il semble que l'on puisse espérer qu'un type féminin plus noble et plus vigoureux se développe à la suite de la reconnaissance complète de l'égalité des sexes, et qu'une sphère d'action plus large et plus grandiose s'ouvre aux efforts de la femme. L'argum.ent le plus commun est peut-être contenu dans la question : « Pourquoi pas ? Quelle raison pouvez-vous donner, vous dont les ancêtres se révoltèrent contre l'Angleterre parce que la représentation ne marchait pas de pair avec les impôts, vous qui chaque année répétez la Déclaration de Tlndépendance, comme si elle était le Symbole de Nicée, vous qui, il y a trente ans, donnâtes la liberté aux nègres ignorants, quelle raison avez-vous, dis-je, d'exclure du suffrage des femmes qui paient l'impôt, qui peuvent se réclamer de la raison et de l'esprit de la Déclaration de 1776, qui sont enfin, au point de vue intellectuel et moral, bien supérieures aux millions de gens de couleur qui habitent le Sud? » Cet appel, qui est surtout puissant comme argumentum ad hominem, car l'Américain est plein d'une grande déférence pour les femmes, et l'homme politique américain est tout à fait disposé à accéder à toute requête présentée avec insistance, est le noyau de la cause suffra-
liiste. Cependant, c'est d'une considération pratique qu'il tire une i^rande partie de sa force. Dans la politique courante, la seule question qui intéresse le? femmes, c'est la question de la restriction ou de la prohibition de la vente des spiritueux. C'est aussi la question qui oilVe, je ne dirai pas le plus large, mais certainement le plus vif intérêt, pour une foule d'électeurs masculins. Les ennemis de la vente des spiritueux ont donc un excellent motif pour désirer de voir leur pouvoir électoral renforcé par ceux qui grâce à leur appoint, doivent rendre la victoire assurée, et, en fait, les Conventions prohibitionnistes se prononcent presque toujour en faveur du sulTrage des femmes. Pour une raison différente, le parti socialiste et le parti du travail, et même, dans une large mesure, le parti Populiste, sont disposés à le soutenir, comme le sont d'ailleurs habituellement les Socialistes d'Europe.
Cependant il ne faut pas croire que les arguments de sentiment soient tous du même côté.
C'est une appréhension bien répandue qu'introduire les femmes dans les affaires politiques, c'est abaisser leur position sociale, diminuer le respect que les hommes ont pour elles, les endurcir et les rendre plus grossières et, comme on a dit, « enlever aux fleurs toute leur fraîcheur ». Ce sentiment est au moins aussi fort parmi les femmes que parmi les hommes, et certains observateurs judicieux estiment que ce sentiment est aujourd'hui plus fort qu'il n'était il y à trente ans. Je suis très porté à croire, quoique, bien entendu, ce ne soit là qu'une simple conjecture, que la proportion des femmes qui désirent le suffrage est plus faible en Amérique qu'en Angleterre. Parmi les dames américaines auxquelles j'ai demandé leur opinion, l'énorme majorité s'est déclarée hostile, et il a été organisé une Association anti-suffragiste des Femmes d'Amérique [Worncn s Aiit i-Suffrage Association of America) qui dirige un mouvement très actif, tandis qu'en Angleterre aucune association analogue n'a jamais été organisée soit parmi
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les femme? soit parmi les hommes. Il est digne de remarque qu'en Amérique le mouvement a trouvé peu de partisans parmi ce que l'on peut appeler les « classes supérieures ». Le suffragisme de la femme a été, quoique peut-être aujourd'hui moins qu'autrefois, considéré comme un « mauvais genre » {bad form), indiquant un manque de culture et de distinction. Le même reproche était adressé, il y a quarante cinq ans, à l'abolitionnisme. La cause du sutfrage des femmes a eu à souffrir aussi incontestablement de ce que quelques-uns de ses défenseurs les plus en vue^ désavoués, d'ailleurs, par la grande majorité du parti, se sont aussi faits les défenseurs d'une liberté générale des relations entre les sexes, tandis que d'autres se sont donné des airs par trop masculins dans leurs manières et dans leurs paroles. Ce qui domine, c'est surtout la répugnance que l'on éprouve k voir des femmes se plonger dans la politique, car la « politique » en Amérique a une signification technique qui répugne aux Américains un peu délicats, et l'inconvénient pratique de doubler le pouvoir constituant qui est déjà énorme, — un membre du Congrès représente cinq fois plus d'électeurs qu'un membre du Parlement anglais — est très bien compris de tous les publicistes qui raisonnent. Ceux mêmes, qui désirent voir restreindre la vente des spiritueux éprouvent des hésitations quand il s'agit d'atteindre leur but au moyen du vote des femmes, parce que la difficulté d'édicterune législation prohibitive, déjà sérieuse là où la minorité alcooliste est forte, serait bien plus grande le jour où une majorité d'hommes partisans de la liberté des cabarets et des débits^ serait débordée par une minorité devenue majorité à la suite de l'appoint fourni par le vote des femmes.
On prétend communément que, dans un pays démocratique, tous les changements vont à une plus grande extension du suffrage, que les électeurs démocratiques sont comme le juge injuste de la parabole, et accordent à l'importunité ce qu'ils auraient refusé à la justice, en d'autres
termes, qne toute chose qui est demandée avec insistance et continuilc sera lot ou tard accordée. Mais cette affirmation peut (Hrc un peu prématurée. Il est vrai qne l'agitation en faveur du sullrage féminin a rencontré une opposition si peu importante dans le parti opposé, que la doctrine démocratique abstraite n'a pas perdu son inlluence sur l'esprit américain et que l'appui du parti probibilionniste est encore un facteur important dans le problème. Mais qui peut dire si ce mouvement suscitera pendant les trente années qui vont suivre un aussi grand entliousiasme qu'il a fait pendant les trente années précédentes? Lorsque le groupe des chefs Abolitionnistes, déjà considérablement diminué par la mort, aura définitivement disparu de la scène, se trouvera-t-il pour les remplacer des hommes et des femmes animés d'un aussi grand zèle ? L'esprit abolitionniste, qui s'efforça de réaliser politiquement la conception de l'égalité des droits humains, sera-t-il aussi intense chez la prochaine génération que chez celle qui a été témoin des horreurs de l'esclavage. Ce que l'on a appelé, sans y attacher aucune idée défavorable, une tendance sentimentale de la politique, agira- t-il aussi fortement alors qu'aujourd'hui ? La question des spiritueux peut, sans doute, être réglée, ou, du moins, assez bien réglée pour ne pas occuper le premier rang en politique ; et d'autres questions peuvent surgir qui rejetteront le suffrage des femmes à l'arrière-plan. Le progrès remarquable que ce mouvement a fait en Angleterre remplit de joie les adhérents américains ; mais il a en Angleterre des avantages qui lui manquent en Amérique. En Angleterre, toute une section du parti libéral, c'est-à-dire du parti de la théorie et du sentiment, l'a favorisé, parce que ce parti s'effraie moins que les autres des changements et se montre plus disposé à admettre tout le monde au pouvoir politique ; tandis que le parti Tory s'est tout récemment montré d'une manière générale beaucoup plus favorable à ce mouvement dans l'espoir que les femmes, ayant des tendances conserva-
trices, se feront le soutien de l'Eglise établie et des institutions généralement reçues. Ce mouvement a ainsi eu la rare bonne fortune de trouver un appui dans les deux camps quoique pour des raisons différentes. Mais en Amérique, la plupart des chefs des deux grands partis paraissent être opposés à ce mouvement (quoique cependant les Démocrates se montrent plus fréquemment hostiles que les Républicains), peut-être parce que l'introduction d'une vaste masse de nouveaux électeurs pourrait fatiguer le mécanisme des partis et y introduire un élément qui déjouerait les calculs et serait, par suite, désagréable. Les deux partis haïssent déjà les Prohibitionnistes parce qu'ils se mettent en travers de l'organisation et des luttes de parti; l'introduction des femmes ne ferait, pense-t-on, qu'aggraver ce mal. On dira peut-être que cela même devrait être, pour le mouvement, une recommandationauprèsdu parti Réformiste ou Indépendant, puisque ce dernier parti attaque ce que l'on a appelé les « hommes machines » des Républicains et des Démocrates. En fait, cependant, très peu de Réformistes soutiennent le suffrage des femmes, sans doute parce qu'ils sont opposés au « sentimentalisme », et qu'ils pensent que la« politique », telle qu'elle est actuellement pratiquée, ferait plus de mal aux femmes que les femmes ne feraient de bien à la politique.
Il y a certaines raisons en présence desquelles l'observateur impartial se demande si le plein suffrage politique, distinct du suffrage scolaire ou du sutfrage municipal, a des chances d'être conféré aux femmes dans un grand nombre des Etats de l'Union dans les trente année qui vont suivre, car il serait téméraire de se prononcer pour un avenir plus éloigné. Il doit, cependant, être rappelé qu'un pas considérable a été fait et que partout où quelque genre de suffrage a été conféré aux femmes, il n'a jamais été supprimé dans la suite, à l'exception toutefois de Washington et du cas tout à fait particulier de l'L'Lah. Les suffragistes ont quelques raisons de croire à leur futur triomphe.
S'ils parviennent à avoir pour eux l'opinion publique léminine, ils triompheront certainement. Pour un observateur européen, la (juestion semble avoir plutôt une importance sociale qu'une importance politique. S'il ne voit aucune raison d'espérer une amélioration des all'aires politiques dans la participation des femmes aux élections et dans leur admission au Congrès et aux hautes fonctions politiques, il ne voit pas non plus de sérieuses raisons de craindre. Les résultats du sutlrage universel ne peuvent pas dillerer considérablement de ceux du suffrage masculin. Les craintes qu'il inspire sont de tout autre nature. Ce sont des appréhensions sérieuses, et elles apparaissent surtout sérieuses quand on étudie les changements sociaux qui sont en train de se produire dans le monde, tant en Europe qu'en Amérique.