‹ La république américaine. Édition française. Avec une préf. de M.E. Chavegrin (volume 4)Chapitre 21 sur 58 · I,ES VÉRITABLES DÉFAUTS · texte numérisé non relu

I,ES VÉRITABLES DÉFAUTS

devant elles un chemin ouvert et facile. Puisque les masses ne s'adressent pas à elles pour la direction des allaireg, elles ne se mettent pas en avant pour l'exercer. Si elles désirent exercer des emplois, il iaut qu'elles luttent pour les obtenir, et qu'elles évitent avec le ])lus grand soin de se recommander de leur position sociale, .le pense, cependant, que l'abstention de la classe élevée peut en grande partie être attribuée à des causes indiquées dans un chapitre antérieur ; ces causes n'ont que peu de rapports avec la démocratie, et quoique les Etats-Unis aient souiïert de cette abstention, je ne la considère pas comme une chose inséparable de leur forme de gouvernement. Des causes accidentelles, telles que le système des dépouilles, qui est un mal relativement récent et guérissable, y ont largement contribué.

Le système des dépouilles nous rappelle la Machine et l'organisation tout entière des Rings et des Bosses. Ce caractère hideux de la politique du pays ne pouvait se développer que sous le gouvernement de la multitude ; et quelques-unes des dispositions qui ont contribué à son développement, comme, par exemple, le nombre et la fréquence des élections, ont été inspirées par ce que l'on peut appeler le doctrinarisme de la démocratie. Pourtant, ce caractère n'est pas nécessairement inhérent au gouvernement populaire, comme cela ressort d'ailleurs du fait qu'il n'apparaît qu'en Amérique, où il est dû à des conditions particulières qui pourraient être supprimées sans que le gouvernement devînt moins véritablement populaire. Les masses des villes sont susceptibles de s'améliorer si Timmigration se ralentit ; les emplois peuvent cesser d'être la récompense du parti victorieux ; les meilleurs citoyens peuvent participer d'une manière plus active à l'œuvre politique.

Les nombreuses formes sous lesquelles la richesse manifeste son pouvoir nous font connaître une source de maux plus profondément enracinés que ceux que nous ve-

nons d'indiquer ; l'un d'eux, quoique commun à tous les gouvernements, est particulièrement dangereux dans une démocratie. Car la démocratie, s'appuyant sur le citoyen ordinaire, compte sur deux choses, l'intérêt personnel que ce citoyen a à un bon gouvernement et l'amour du bien public qui le pousse à désirer ce bon gouvernement dans l'intérêt de la communauté. La richesse, adroitement employée, peut triompher du premier mobile, parce que la part que l'homme ordinaire a dans l'Etat est peu importante, et bien moindre pour lui que le gain au moyen duquel la richesse peut le tenter Quant à la vertu, la norme de l'homme ordinaire dépend de la norme adoptée par l'opinion publique des autres hommes ordinaires. Or, le fait de voir que la richesse prévaut fréquemment sur le sentiment du devoir, sans qu'aucun châtiment en soit la suite, fait baisser cette norme et amène l'opinion publique à considérer comme inévitable ce qu'elle sait être nuisible, jusqu'à ce que quelque malfaiteur particulièrement audacieux provoque la colère publique. Dans les gouvernements arbitraires, on s'attend à un niveau peu élevé du sentiment de l'honneur chez les fonctionnaires, parce qu'ils ne sont pas responsables, et chez le peuple parce qu'il n'a pas de pouvoir. On espère que la liberté amènera une rénovation et c'est pourquoi on lutte pour la liberté. Si les mêmes maux apparaissent dans un gouvernement qui est déjà libre, le remède est plus difficile à trouver et la perspective plus sombre.

Une corruption comme celle qui existe aux Etats-Unis ne sera pas, cependant, attribuée à son gouvernement démocratique par quiconque se souviendra que la corruption était à son comble dans le Parlement anglais, il y a un siècle et demi, dans les collèges électoraux anglais, il y a cinquante ans, et qu'elle règne maintenant non seulement sous le despotisme de la Russie, mais aussi (à un degré moindre) dans quelques autres monarchies d'Europe. II y a des maladies qui attaquent le corps politique, comme le corps IV 20

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