‹ La république américaine. Édition française. Avec une préf. de M.E. Chavegrin (volume 4)Chapitre 22 sur 58 · LES VÉRITABLES DÉFAUTS · texte numérisé non relu

LES VÉRITABLES DÉFAUTS

physique, à une certaine période de la croissance, mais elles disparaissent lorsque la nation est entrée dans une autre période ou lorsqu'une observation attentive a fait découvrir le rennède. La corruption du Parlement à l'époque de Sir Iloberl Walpole, caractérisa une période de transition où le pouvoir avait passé à la Chambre des Communes, sans que le contrôle du peuple sur cette Chambre eût étô complètement organisé, et où aussi, pour diverses causes morales, le ton de la nation était relativement bas. La corruption des collèges électoraux dans les bourgs anglais (it son apparition au moment où un siège était devenu un objet de désir pour les personnes riches, en même temps que l'intérêt des électeurs dans les all'aires publiques était encore si faible qu'ils cherchaient à vendre leurs votes, et que leur nombre était souvent si minime que chaque vote pouvait acquérir un grand prix. Le développement de l'intelligence et de l'indépendance parmi le i)euple, aussi bien que l'introduction de pénalités sévères contre la corruption, et la suppression des petits. collèges ont de nos jours lait disparaître presque entièrement la corruption électorale. Des résultats analogues peuvent être obtenus dans les collèges électoraux d'Amérique en améliorant les lois électorales, comme on essaie actuellement de le faire dans presque tous les Etats.

Cependant, ce n'est pas seulement sous forme de corruption que Ion sent l'influence de la richesse dans les élections populaires. Elle corrompt aussi l'élection des sénateurs fédéraux par les législatures d'Etat. Elle pousse des fonctionnaires qui devraient protéger la sincérité des urnes à fausser les résultats des élections. Elle fait entrer la législation dans les intérêts des entreprises commerciales. Elle fournit les fonds qui servent à entretenir des organisations de parti et à payer les frais énormes des campagnes électorales, et, en retour, elle demande soit quelque haute fonction administrative, soit une mission diplomatique, soit une faveur relative à une voie ferrée, soit une clause dans une loi de

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douane ou encore une entreprise lucrative. Elle ne peut paS;, comme en Europe, demander des titres et des rubans, car fort heureusement ces sortes de distinctions sont ignorées dans ce pays ; pourtant, ces récompenses seraient peut-être moins nuisibles que celles qu'elle obtient. Il n'y a qu'une chose qu'il ne lui est pas facile d'acheter, l'impunité pour l'infraction constatée. Les deux garanties qui restent au peuple sont la justice criminelle et le pouvoir, lorsqu'arrive une élection, d'infliger un châtiment mérité non seulement aux hommes dont la vertu a cédé devant la richesse, mais aussi au parti, dans l'Etat ou dans la nation, qu'ils ont compromis. Aussi le pouvoir de l'argent est-il mis aux abois et, quoique les villes souffrent terriblement, et les intérêts nationaux sérieusement^ le niveau général de l'honnêteté publique ne paraît pas baisser actuellement. Il s'élèverait même, sans les facilités particulières que les quelques dernières années nous ont révélées pour l'action des grandes corporations, disposant de ressources pécuniaires énormes, tout en gardant à l'arrière plan la personnalité de ceux qui emploient ces ressources en vue de leur avantage personnel.

Parmi les défauts indiqués sommairement dans ce chapitre, et indépendamment de l'influence de la richesse, ceux qui semblent avoir les racines les plus profondes, puisqu'ils paraissent se rattacher aux dispositions constitutionnelles particulières à ce pays, et puisque aussi ils semblent être le résultat de son tempérament et de ses habitudes, c'est la prééminence des hommes inférieurs dans la politique et l'absence de figures distinguées. Le peuple est bon, mais il n'est pas assez bon pour pouvoir se passer du service effectif de représentants et de fonctionnaires capables, ni de la direction de chefs puissants et éclairés. Le peuple n'est ni bien servi ni bien conduit.

S'il était certain que ce fussent là les fruits de la liberté et de l'égalité, l'avenir du monde serait plus sombre que nous avions coutume de l'espérer. Mais ce ne sont pas les

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