‹ La république américaine. Édition française. Avec une préf. de M.E. Chavegrin (volume 4)Chapitre 23 sur 58 · LES VÉKITAHI.KS DÉFAUTS · texte numérisé non relu

LES VÉKITAHI.KS DÉFAUTS

iruitsde la liberté et de l'égalité, ce sont plutôt les fruits d'un optimisme qui s'est dissimulé les diflicullés inliérenlesà la politique et les défaillances inévitables de la nature humaine, dune théorie qui a confondu l'égalité en matière de droits et d'obligations civiles avec l'égalité en fait de capacité, d'une insouciance qui a oublié que le problème du monde et les dangers qui assiègent la société se présentent toujours sous de nouveaux aspects et prennent de nouvelles directions. Les Américains, lorsqu'ils fondèrent leur République, étaient déterminés à éviter des abus de pouvoirs comme ceux dont avait eu à souffrir la Couronne britannique. La liberté parut la seule chose nécessaire et on crut que la liberté consistait à amoindrir les pouvoirs des législatures et des fonctionnaires. La liberté fut la gloire nationale durant les années qui s'écoulèrent jusqu'à la Guerre Civile. Tout au plaisir de pouvoir, à cet égard, se proclamer supérieurs au reste du monde, ils omirent de se pourvoir des autres choses nécessaires à un bon gouvernement, et ils oublièrent que l'on peut abuser du pouvoir autrement que par une tyrannie monarchique ou par une usurpalion législative. Ils continuèrent à battre la caisse autour des vieux remparts élevés en 1776 et en 1789 contre George III, ou contre ceux qui pourraient essayer de l'imiter, au moment même où l'ennemi avait complètement cessé de les attaquer de ce côté et commençait à menacer leur arrière-garde. Aucune maxime ne fut chez eux plus populaire que celle qui déclare que la vigilance est le prix de la liberté. Malheureusement, leur vigilance ne tint compte que des anciens dangers et ne s'aperçut pas du développement que prenaient les nouveaux, comme si le capitaine d'un vaisseau de guerre ne pensait qu'à ses canons et à son blindage et négligeait de se protéger contre les tori illes. Aussi, on laissa s'aggraver des abus qui, tout d'abord, semblaient insignifiants au milieu de la prospérité générale ; et les bons citoyens qui avaient des fonctions différentes et plus absorbantes, laissèrent la po-

litique tomber entre les mains d'hommes médiocres. Les efforts que font actuellement ces citoyens pour recouvrer la direction des affaires publiques auraient rencontré moins d'obstacles s'ils avaient été faits plus tôt. Mais on triomphera des obstacles. Nul, je pense, parmi ceux qui ont étudié soit l'histoire du peuple américain, soit son état desprit actuel et ses habitudes, n'affirmera qu'il y ait dans ce peuple quelque sentiment de jalousie à l'égard du mérite, ou quelque réelle aversion pour la culture ou la science. Ni les disposition:; politiques, ni les conditions sociales et économiques du pays ne tendent actuellement à faire entrer ses meilleures intelligences et ses caractères les plus élevés dans le mouvement de la vie publique. Mais ce n'est pas le tempérament démocratique du peuple qui s"y oppose.

La plus commune des anciennes accusations dirigées contre la démocratie, c'est qu'elle s'est transformée en ochlocratie (gouvernement de la multitude). J'ai essayé de montrer que cela n'est pas arrivé et n'arrivera pas en Amérique. Les caractères du gouvernement de la populace n'apparaissent pas dans son système dont les défauts caractéristiques sont l'existence d'une classe professionnelle exerçant le gouvernement dans son intérêt privé, et le pouvoir menaçant de la richesse. La ploutocratie, que les anciens opposaient à la démocratie, a montré en Amérique qu'elle avait des affinités de mauvais augure avec certaines institutions qui se donnent ouvertement pour des institutions démocratiques.

Aucune forme de gouvernement, peut-être, n'a autant besoin de grands chefs que la démocratie. L'habitude d'esprit fataliste qui apparaît chez les Américains a besoin d'être corrigée par le spectacle du courage et de l'indépendance s'ouvrant leur propre voie sans se demander si la masse les suit. Ceux que la prospérité matérielle tend à plonger dans la satisfaction de soi-même, et dont elle tend à étouffer les aspirations, ont besoin d'être secoués par les

émotions que les grands hommes peuvent exciter ; ils ont besoin d'être stimulés par l'idéal que les grands hommes leur font apercevoir, émus enfin par un sentiment plus élevé de ce à quoi peut atteindre la vie nationale. Dans quelques pays, les hommes supérieurement doués peuvent être dangereux pour la liberté; mais l'ambition des hommes d'Etat américains a été dressée à couler dans des voies constitutionnelles, et la République est assez forte pour supporter la tension à laquelle la survenance de héros peut l'exposer.

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