CHAPITRE GV
LES UNIVERSITES
Parmi les Universités d'Amérique, aucune n'a surgi spontanément comme Bologne ou Paris, ou El Azhar ou Oxford, aucune n'a été fonLée par un Empereur, comme Prague ou par un Pape, comme Glasgow. Toutes ont été les créations de la munificence privée, du zèle confessionnel ou de l'action de l'Etat. Leur histoire est véritablement courte si on la compare avec celle des Universités d'Europe. Cependant, elle est pleine d'intérêt, car elle témoigne d'un constant développement, elle rappelle bien des expériences, elle fournit de précieuses données pour comparer les résultats des divers systèmes d'enseignement.
Lorsque les premiers colonisateurs anglais arrivèrent en Amérique, la vaste et libérale conception médiévale d'une Université, en tant qu'endroit où les gradués pouvaient enseigner librement et les étudiants vivre librement, était en train de s'affaiblir à Oxford et à Cambridge. L'instruction était donnée principalement par les Collèges qui étaient déjà devenus, ce qu'ils continuèrent longtemps d'être, des organismes forts au point d'éclipser l'Université qu'ils avaient été destinés à aider. En conséquence, lorsque les établissements d'enseignement supérieur commencèrent à se développer dans les colonies, ce fut sur le modèle non d'une Université anglaise, mais
d'un Collège anglais qu'ils furent créés. La gloire de fonder le premier élal)lissemcnt d'enseignement dans les parties anglaises de l'Amérique appartient à un ministre puritain et gradué de Cambridge, John Harvard de Emmanuel Collège (l), qui, à sa mort, en lO^^S, dix-huit ans après le débarquement des Pères PMcriiis, donna la moitié de ses biens pour l'établissement d'un Collège dans la ville de Cambridge, à trois milles de Boston ; ce Collège, organisé à l'origine sur le plan de Emmanuel Collège, et autrefois sous la protection de la jeune République de Massachusetts, est maintenant devenu la plus célèbre Université de l'Amérique du Nord (2).
La seconde fondation fut due à l'Assemblée coloniale de la Virginie. Dès iGW^ douze ans après la premièrec olonisation de Jameslown, la Compagnie de la Virginie, en Angleterre, vota la concession de dix mille acres de terre dans la colonie pour l'établissement d'un séminaire d'enseignement et, en 1G24, un emplacement fut choisi, sur une île de la Susquehanna P>iver, pour la « Fondation et l'Entretien d'une Université » et des écoles qui seront établies en Virginie, et qui seront appelées Academia Virginiensis et Oxoniensis. Ce projet ne fut jamais exécuté. Mais,
(1) Emmanuel était un collège alors très fréquenté par les Puritains. Des Anglais gradués qui émigrèrent à la Nouvelle- Angleterre, entre 1620 et 1647, au nombre de cent environ, les trois quarts venaient de l'Université de Cambridge.
(2) En 1636, la Cour généi'ale de la Colonie de Machassusetts fîay consentit « à donner quatre cents livres pour une école ou collège, sur laquelle somme, deux cents livres seront payées l'année suivante, et les autres deux cents livres lorsque Touvrage sera terminé, et la prochaine Cour devra dire où et quel édifice il faudra construire. « En 1637, la Cour générale désigna une commission de douze membres « pour prendre des mesures relatives à un collège à Newtown. » Le nom de Newtowii fut bientôt changé en celui de Cambridge. Le legs de John Harvard dépassant de plus de deux fois les 400 livres données, le nom d'Harvard Collège fut donné à l'institution ; et, en 1642, une loi fut votée eu vue de sa réglementation.
en 1693, les Yirginiens obtinrent de leur gouvernement une concession de terrain et d'argent pour l'établissement d'un Collège qui reijut le nom de Collège de Guillaume et Marie (i).
La troisième fondation fut Yale Collège, établi dans le Connecticut (d'abord à Seybrook, ensuite à New-ilaven), en 4700; la quatrième lut Princeton, dans New- Jersey, en 17-46. Aucune de ces fondations ne reçut le litre d'Université ; Harvard est appelé une « école ou collège » : Yale s'appela « école de collège » (collegiate school) pendant dix-sept ans. « Nous avons donné à dessein à notre Académie un nom aussi bas que possible afin qu'elle put mieux tenir contre vent et tempête » ; telle fut la raison indiquée. D'autres Académies ou Collèges furent établis ensuite dans la Nouvelle-Angleterre ou dans les Etats du Centre, tels que celui qui est raainten?,nt l'Université de Pennsylvanie, en 17^0 ; le Collège du Roi (King's Collège), maintenant Collège de Colombie à New- York, en 1754 ; et le Collège de Rhode-lsland (maintenant,
(1) Les Yirginiens avaient travaillé à ce projet pendant plus de trente ans avant d'obtenir leur charte et leur concession. « Lorsque Guillaume et Marie eurent consenti à affecter 2.000 livres du revenu net de la Virginie à la construction de ce collège, le Rev. M. niair se rendit chez Seymour, rAttorney-général, avec l'ordre royal de promulguer une charte, Seymour hésita. Le pays était alors engagé dans une guerre et ses moyens lui permettaient difficilement de subvenir aux frais de rétablissement d'un collège dans la Virginie. M. Blair insista en disant que l'institution était destinée à préparer des jeunes gens aux fonctions de ministres de l'évangile. « Les Virginiens, dit- il, ont des âmes à sauver aussi bien que leurs compatriotes anglais. » '< Des âmes 1 dit Seymour, au Diable vos âmes ; faites du tabac ! » (Damn yoiir souh! Make tobacco !} — The Collège of William and Mary, par le D"" H. B. Adams. Ce collège, le plus ancien des collèges du Sud, fut détruit pendant la Guerre civile (186-2) (il a récemment reçu une subvention nationale de 64.000 dollars à titre de compensation), mais il fut restauré, et il a été doté de nouveau par la législature de Virginie en 1888.
Brown Vnivcrsitij), en 1764; et l'iiabitudc de conférer les grades se développa naturellement et presque imperceptiblement. In nouveau point de départ apparaît, après la Révolution, dans rétablissement, sur la démande de Jefîerson, de l'Université de Viriiinie, dont les lignes larges et libérales lui donnaient une plus grande ressemblance avec les Universités du Continent américain qu'avec les Collèges, alors strictement pédagogiques et socialement domestiques, de l'Angleterre.
Actuellement, la plupart des ÏJiiversités américaines peuvent se rapporter à un ou deux types que l'on peut désigner sous le nom de type ancien et de type nouveau, ou encore de type privé et de type public. Sous le nom de type ancien ou privé, je désigne un Collège sur le modèle d'un Collège d'Oxford ou de Cambridge, ayant un cbef appelé Président et un certain nombre de maîtres, maintenant généralement appelés professeurs ; un corps de gouverneurs ou d'administrateurs {truslees) investis du contrôle général de l'institution ; un cours déterminé d'enseignement que tous les étudiants sont appelés à suivre ; des édifices, ordinairement appelés dortoirs {dormitories) , disposés pour recevoir les étudiants, et une discipline plus ou moins sévère, mais toujours énergique, exercée par le personnel enseignant. Un tel collège est habituellement de fondation privée et il se rattache presque toujours à quelque dénomination religieuse.
Sous le nom de type nouveau ou public je comprends les Universités établies, dotées et gouvernées par un Etat, ordinairement au moyen d'un corps de personnes appelées Régents. Dans une telle Université il existe habituellement une grande liberté de choix entre les divers cours d'étude. Les étudiants, ou au moins le plus grand nombre, résident où il leur plaît dans la ville et ne sont soumis qu'à une discipline peu rigoureuse. Il n'y a que rarement ou jamais des affiliations de secte religieuse, et l'instruction est souvent gratuite.
Il y a, cependant, des institutions qu'il est difficile de rapporter à l'un de ces deux types. Quelques-unes commencèrent comme fondations privées^ avec un caractère collégial et quasi-domestique, mais elles se sont développées actuellement en véritables Universités, semblables, en général, à celles d'Allemagne ou d'Ecosse. Harvard, dans le Massachusetts, et Vale, dans le Connecticut, en sont des exemples. D'autres ont été fondées par des personnes privées, mais comme Universités complètement organisées et entièrement en dehors de toute dénomination religieuse. Cornell à Ithaca, dans l'Ouest de l'Etat de New-Yoi k, en est un exemple ; JohnsIIopkins à Baltimore en est un autre d'un ordre dil'lïérent. Quelques-unes ont été fondées par l'autorité publique, mais cependant elles ont été laissées sous le contrôle d'un corps de trustées qui se renouvellent eux-mêmes. Colombia Collège dans la ville de New-York en est un exemple. Pourtant, si nous parcourions une liste des Universités et Collèges des Etats-Unis, nous verrions que la plupart ont été soit des fondations privées, gouvernées par des trustées, soit des fondations entièrement publiques gouvernées par l'Etat. C'est-à-dire que les deux types ordinaires anglais, à savoir, l'Université, qui, quoique institution publique, n'a guère à subir, cependant, l'intervention de l'Etat, et qui est regardée comme composée de ses gradués et étudiants et dont l'autonomie consiste en ce qu'elle est gouvernée par les gradués, et Je Collège, qui est une corporation privée, composée d'un chef et d'agrégés (fellows), ne se rencontrent ni l'un ni l'autre en Amérique. D'un autre côté, l'Université américaine appartenant au type public diffère des Universités d'Allemagne en ce qu'elle est placée sous l'autorité d'une Commission d'Etat {State Board) et non sous celle d'un ministre. Ni en Allemagne, ni en Ecosse nous ne trouvons rien qui corresponde à l'Université américaine ou au Collège du type privé, car ni dans l'un ni dans l'autre de ces pays il n'y a d'Université gouvernée par
un corps d'adiiiinistrateurs se recrutant eux-mêmes (I).
On doit se borner, quand on ne dispose que d'un chapitre, à constater quelques-unes des plus saillantes caractéristiques des Universités américaines. Je m'efforcerai de présenter ces caractéristiques le plus brièvement possible, et, pour la clarté, je grouperai ce que j"ai à dire sous différents chefs.
Statistique. — Le rapport, pour 188'.)-IMI, du Bureau de r Enseignement des Etats-Unis porte le nombre total des Universités et Collèges, c'est-à-dire des institutions conférant des grades et professant un enseignement dans les arts libéraux plus élevé que celui des écoles, à 415, avec 7.918 professeurs ou instructeurs (parmi lesquels I.O80 femmes), et 118.581 étudiants, parmi lesquels 09.4-15 sont donnés comme étant dans la section préparatoire. -M.'I.'m, dans la section de collège, l.'.>98 dans la section des gradués, et 15.611 dans la section professionnelle. Sur ce total on compte 8G.06C hommes, 2.""». 489 femmes, l'excédent n'étant, sans doute, pas distingué dans les rapports [i). Un grand nombre de ces institutions ont des sections professionnelles pour la Théologie, le Droit ou la Médecine. Mais ces chiffres sont, dans une certaine mesure, inexacts, car quelques institutions négligent d'envoyer des rapports, et on ne peut pas les y obliger puisque le Gouvernement fédéral n'a aucune autorité en cette matière. Le nombre des corps conférant des grades, des professeurs et des étudiants, dépasse donc un peu le chifYre donné, mais il n'est pas facile de dire de combien. Les rapports indiquent en outre :
< i) Les Universités écossaises 'depuis fAct de 1858 » avec leurs Tribunaux universitaires, et l'Université Victoria dans le Nord de l'Aniileterre, offrent cependant une certaine ressemhlani-e avec le système américain, d'autant plus que, dans ces institutions, le corps gouvernant ne >e confond pas avec le corps enseignant.
(2) Les institutions spécialement affectées aux femmes ne sont pas comprises dans cette liste.
LES UNIVERSITÉS 4lo
Ecoles de Sciences : 63 avec 1182 professeurs, 13.017 étudiants.
Ecoles de Théologie : 145 avec 744 professeurs, 7.013 étudiants.
Ecoles de Droit: 54 avec 346 professeurs, 4.518 étudiants.
Ecoles de médecine (1) : 228 avec 3.987 professeurs, 24.242 étudiants (2) (y compris la pharmacie et l'art dentaire).
Le nombre des grades conférés est donné comme élant^ dans les Collèges classiques et scientifiques, de 9.017, et, dans les écoles professionnelles, de 3396, outre 7^7 grades honoraires, parmi lesquels 274 sont des grades de Docteur en Théologie.
Caractère général des Collèges et des Universités. — Sur cet énorme total de corps conférant des grades, très peu répondent à l'idée moderne d'une Université. Si nous définissons une Université comme un établissement où l'enseignement qui met un homme en présence des plus complètes et plus exactes connaissances de l'époque, est donné par un groupe de sujets embrassant toutes les grandes sections de la vie intellectuelle, il n'y a pas plus de douze, et peut-être même de huit ou neuf institutions américaines, qui rentrent dans cette définition. Parmi celles-ci, presque toutes sont dans les Etats de l'Atlantique. Immédiatement au-dessous d'elles viennent trente ou quarante fondations qui ont à peine droit au titre d'Université, les unes parce que leur enseignement se borne encore au cours traditionnel, littéraire et scientifique, tel qu'il existait il y a trente-cinq ans, les autres parce que, tout en faisant profes-
(1) Sur ces 228 écoles, 14 institutions (avec 208 professeurs et H64 étudiants) sont lioméopathiques.
(2) Sur ces étudiants, 24o8 étaient des femmes.
sion d'enseigner une grande variété de matières, elles les enseignent d'une manière imparfaite, n'ayant ni un personnel suffisamment nombreux de professeurs de haute valeur, ni un nombre suffisant de laboratoires, de bibliothèques et autres secours externes. Les plus anciens Collèges de la Nouvelle-Angleterre sont d'excellents exemples du premier groupe. Leur instruction est solide et^ telle qu'elle est, tout à fait bien calculée pour préparer un homme aux professions du Droit ou de la Théologie, mais elle néglige bien des branches d'enseignement et de science dont l'importance s'est accrue dans ces cinquante dernières années. Il y a aussi quelques Collèges de l'Ouest qui méritent d'être placés dans la même catégorie. La plupart des Universités des Etats de l'Ouest appartiennent à l'autre groupe de cette seconde classe, celles des institutions qui visent à couvrir un champ plus vaste que celui qu'elles ont pu couvrir jusqu'ici. Elles ont un programme ambitieux ; mais ni l'état de préparation, ni la force de leur personnel enseignant ne leur permettent de remplir les promesses de leur programme. Elles sont de véritables Universités en aspiration plutôt qu'en fait.
Au-dessous de ces Universités, encore, il y aune troisième, et beaucoup plus nombreuse, classe de Collèges, nous pouvons dire trois cents, qui, sous la plupart des rapports, sont des écoles. Ils diffèrent des Gymnasia d'Allemagne, des Lycées de France, des Ecoles de grammaire d'Angleterre et des Ecoles supérieures [high Schools) d'Ecosse non seulement en ce qu'ils confèrent des grades à ceux qui ont suivi d'une manière satisfaisante le cours ou les cours prescrits, mais en ce Qu'ils laissent aux étudiants une liberté personnelle plus grande que celle qui est laissée aux élèves dans ces pays. Ce sont des Universités ou des Collèges par rapport à certaines de leurs dispositions, mais ce sont des écoles par rapport aux résultats pédagogiques atteints. Ces trois cents Collèges peuvent, en outre, être divisés en deux classes secondaires, différant l'une de l'autre,
en partie, par leur revenu, en partie par le caractère de la population qu'ils servent, en partie, enfin, par les qualités personnelles du Président (c'est ainsi qu'on appelle habituellement le chef de l'établissement) et des professeurs. Environ soixante-dix ou quatre-vingts, quoique relativement peu importants, ont de l'importance à cause du zèle et de la capacité de leur personnel enseignant ; tout en n'essayant pas d'enseigner toutes matières, ils enseignent d'une manière de plus en plus complète, les matières dont ils se chargent. Les autres feraient mieux de renoncer au privilège de conférer des grades et de se contenter de bien faire fonctionner l'école selon les méthodes des écoles. L'Ouest et le Sud sont couverts de ces petits collèges. Dans l'Illinois j'en trouve 28, énumérés dans le Rapport du Bureau d'Enseignement des Etats-Unis ; dans le Missouri, 27 ; dans le Tennessee, 20. Dans l'Ohio, on en cite 37 — et leur nombre est peut-être plus considérable — parmi lesquels il en est à peine un qui mérite le nom dX^niversité. Les mieux organisés paraissent être l'Université de l'Etat, à Colombus, avec une Faculté de 32 professeurs ; mais parmi ses étudiants, 165 sont dans la section préparatoire, 221 dans la section de Collège, et 13 seulement dans la section des grades. Oberlin et la Wesleyan University de l'Ohio, à Delaware ^toutes les deux dénominntionnelles) ont un plus grand nombre d'étudiants, et peuvent obtenir de bons résultats, mais, dans ces Collèges aussi, la majorité des étudiants fait partie de la section préparatoire. D'un autre côté, le iMassachusetts, avec une ri(^hesse de beaucoup supérieure à celle du Missouri, et une population presque égale, n'a que neuf Universités ou Collèges.
Le nombre total des étudiants à Harvard est donné connne étant de 2.126 r à Yale, i.4.77 ; à l'Université de l'Etat du Michigan, 2.158; à Colombia Collège, de New- York, 1.671; à l'Université de Pennsylvanie, 1.550; à Cornell, 1.329.
Revemis. — Presque tous les corps conférant des grades, sinon tous, sont dotés, le plus grand nombre, par des fondateurs privés, mais beaucoup aussi au moyen de concessions de terrain faites par l't^tat dans lequel ils se trouvent, en partie avec des terres réservées dans un but d'enseignement par le Gouvernement fédéral. Le plus souvent, les terres ont été vendues et le produit de la vente a été placé. Un grand nombre d'Universités d'Etat de l'Ouest reçoivent une subvention du trésor de l'Etat, votée annuellement ou chaque deux ans par la législature ; mais un système préférable, adopté récemment par plusieurs Etats, consiste à promulguer un stutiUes permanent accordant chaque année à l'Université une fraction d'un millième
(Tîlïïn ^^ dollar) de chaque dollar des recettes totales de
l'Etat. Ce système agit automatiquement ; et la subvention augmente lorsque les ressources de l'Etat augmentent. Les plus grandes U'niversités s'enrichissent constamment des dons de personnes privées qui sont souvent leurs propres gradués; on se plaint de ce que ces libéralités sont fréquemment affectées à quelque but spécial, au lieu d'être ajoutées aux fonds généraux de l'Université. Harvard, Vale, Colombia, Cornell et Johns Hopkins sont toutes, maintenant, de riches fondations, et le courant des libéralités grossit chaque jour {V. Avant longtemps, il y aura, en Amérique, des Universités avec des ressources de beaucoup supérieures à celles de n'importe quelle Université écossaise, et approchant des revenus collectifs de l'Université et de tous les Collèges d'0.\ford ou de Cambridge. Dans quel-
(ll M. Johns Hopkins donna 700.000 livres sterling à l'Université qu il fonda à Baltimore. Dans ces dernières années, M. Leland Stanford, sénateur de la Californie, a donné une somme considérable pour fonder une nouvelle Université à Palo Alto, dans cet Ktat, et plus récemment encore, M. John D. Rockefellei a donné une somme importante pour la nouvelle Universit'' qu'il a fondée à Chicago. ^
ques Etats, la propriété ibncière et les capitaux des Universités sont exempts d'impôts.
Direciion. — Comme je l'ai déjà fait remarquer, aucune Université américaine, ou aucun Collège, n'est, à ma connaissance, gouverné soit par ses gradués seuls, comme Oxford et Cambridge, soit par son personnel enseignant seul, comme les Universités écossaises, avant l'Actde 1858. Les Universités d'Etat sont ordinairement contrôlées et adlïiinistrées par un conseil [hoard) dont les membres, généralement appelés les lîégents, sont parfois élus par la population de l'Etat, parfois désignés par un gouverneur ou par la législature. Il y a des Etats dont la population est éclairée, ou dans lesquels un président capable est parvenu à inlluencer les Régents ou la législature, dans lesquels ce système a donné d'excellents résultats, en assurant de libérales alTectations et en intéressant la République au bien-être du plus haut organe de sa vie intellectuelle. Tel est l'Etat de Michigan. Il y a aussi des Etats, tels que la Californie, dans lesquels la précipitation ou l'imprévoyance de la législature semble avoir retardé pour quelque temps le développement de l'Université.
Toutes les autres Universités et tous les autres Collèges sont gouvernés par des conseils de gouverneurs ou trustées, ayant quel^^uefois pouvoir de se renouveler en s'élisant entre eux, quelquefois présentés par une secte religieuse ou par quelque autre autorité externe (i). Le président de l'institution est souvent, mais non pas toujours,
(1) A Harvard, la direction est coufiée à ua corps de sept personnes appelé la Corporation, ou en termes techniques, le Président et les Fellows de Harvard Collège qui sont chargés des biens de l'Université; et, aussi, à un Bureau de Surveillants {iJoard of Over^eers), dont les membres nommés autrefois par la législature, aujourd'hui par les gradués, sont au nombre de cinq en fonction pour six ans, et ont la surveillance générale du système d'enseignement, les détails de renseignement et la discipline étant laissés à la Faculté.
membre ex offwio de ce conseil, et c'est à lui qu'appartient l'adminislralion de la propriété et des finances de l'Université, tandis que la discipline intérieure et les dispositions relatives à l'enseignement sont ordinairement laissées au personnel académique. Un voyageur européen est frappé de la prééminence du président dans une Université ou dans un Collège d'Amérique, et de la situation presque monarchique qu'il occupe parfois à l'égard des professeurs, aussi bien qu'à l'égard des étudiants. Il semble qu'il soit revêtu d'une autorité bien plus grande, et que ses talents et son caractère soient d une bien plus grande importance que dans les Universités d'Europe Ni lePro-Recteur allemand, ni le Vice-Chancelier d'Oxford et de Cambridge, ni le Principal d'une Université d'Ecosse ni le Prévôt de Trinity Collège à Dublin, ni le chef {Itead) de l'un des Collèges d'Oxford ou de Cambridge, n'est un aussi important personnage par rapport à son emploi, quelque influence que ses qualités individuelles puissent lui donner, que le président d'un Collège américain (1). A cet égard, comme à beaucoup d'autres, l'Amérique est moins républicaine que l'Angleterre.
Dans ces dernières années, il s'est produit d'actifs mouvements en vue d'assurer la représentation des gradués de
(1) Le Président d'un collège était ordinairement autrefois, et dans les collèges conlessionnels, presque toujours, un clergyraan ; en général, il faisait des cours de psychologie et de morale. (Lorsqu'un laïque fut nommé à Harvard, en 1828, le clergé considéra cette nomination comme un empiétement.) Aujourd'hui, un clergyman à beaucoup moins de chances d'être nommé à la Présidence, même dans un collège confessionnel. Cependant, sur les 37 collèges de l'Ohio, il en est environ 20 qui semblent avoir des Présidents dans les Ordres. Les plus grandes Universités de l'Est (à l'exception de Yale et de Princeton) sont ordinairement dirigées par des laïques. Amherst, lui-même, vieux collège strictement confessionnel et deux des principales Universités méthodistes — De Pauw et celles du Nord-Ouest — n'ont plus aujourd'hui de chefs appartenant au clergé.
chaque Université ou Collège dans son corps gouvernant ; et, actuellement, il arrive assez souvent que quelques-uns des trustées sont élus par les alumni. Cela donne de bons résultats parce que les alumni sont disposés à élire des homnnes plus jeunes et mieux dans l'esprit du temps que la plupart des personnes choisies par les trustées existants.
Le personnel enseignant. — La Faculté, comme on l'appelle ordinairement, varie quant au nombre de ses membres et quant à sa puissance selon la renommée de l'Université ou du Collège et selon l'importance de leurs ressources financières. Le plus nombreux personnel mentionné dans les tables du Bureau de l'Enseignement, est celui de Harvard, avec 217 professeurs, instructeurs et conférenciers (leCurers); tandis que Vale en a 143; Columbia et l'Univci'>i[é de Pennsylvanie, chacune 180; Princeton, 45; 1 Université de Michigan, 96; Johns llopkins, 58. Cornell en déclare lO-4,.maisil est probable que tous ne s'occupent pas de l'enseignement.
Dans les Collèges de l'Ouest et du Nord-Ouest, le nombre moyen des professeurs est peu élevé : douze, dans la section de Collège; cinq, dans la section préparatoire. Ce nombre est plus élevé dans les Universités d'Etat, mais dans quelques Universités des Etats du Sud et des Etats les moins policés de l'Ouest, il descend à cinq ou six en tout, chacun des maîtres est chargé de deux ou trois matières. Je me souviens d'avoir rencontré, dans le Far West, un président de Collège — je l'appellerai M. Johnson — qui me fit un long tableau de sa jeune Université, établie par l'autorité publique et recevant une légère subvention de la législature. C'était un homme actif, plein d'ardeur, et, en développant ses projets, il se référait souvent à « la Faculté », comme faisant ceci ou se proposant de faire cela. A la fin, je lui demandai de combien de professeurs la Faculté se composait actuellement. « Mon Dieu I répondit-il, en ce moment la Faculté n'est pas précisément dans toute sa force, mais elle sera bientôt plus nombreuse. » « Et à présent? » de-
manilai-je. « A présent, elle se compose de M'"'^ Jolinson et (le moi. »
Les salaires payés aux professeurs, quoiqu'ils tendent à s'élever, paraissent peu élevés si on les compare à la richesse générale du pays et à la cherté de l'existence. Les plus hauts que je connaisse sont ceux de Columbia Collège, dont quelques-uns dépassent 5.000 dollars (25.000 francs) par an, et ceux de la nouvelle Université à Chicago, où l'on en trouve quelques-uns de 7.000 dollars (r)5.000 francs). Je doute que d'autres atteignent ces chiffres, sauf ceux de l'Ecole de Droit Harvard (Harvard Lair-Schoolj qui sont de 5 000 dollars. Môme à Yale, Johns ïiopkins et Cornell, la plupart sont inférieurs à i.OOO dollars (20.000 francs). Harvard donne actuellement -i.500 dollars à ses professeurs en plein exercice. Quelques rares présidents reçoivent 10.000 dollars, ce qui est le salaire d'un juge de la Cour Suprême ; mais, si l'on prend le pays dans son ensemble, on peut admettre qu'un président reçoit rarement plus de 4.000 dollars, souvent même 3.000 seulement ou même 2.000, et les professeurs moins encore en proportion. Dans ces conditions, on peut être surpris que l'on trouve autant d'hommes capables dans le personnel enseignant d'un assez grand nombre de collèges et d'Universités, et que, dans les Universités les plus importantes, il y en ait autant qui se sont préparés à leur œuvre par de longues et coûteuses études en Europe. La raison en est, en partie, dans l'amour que l'on ressent pour la science, et dans l'enseignement qui a récemment fait son apparition en Amérique et qui fait que les hommes ayant des goûts intellectuels préfèrent une vie d'étude avec la pauvreté que le succès dans les affaires ou au Barreau ; et la raison en est encore en partie, comme en ce qui regarde les moins importants collèges de l'Ouest, dans des motifs religieux, ces collèges étant, dans une large mesure, tenus par le clergé de la communion à laquelle ils appartiennent, spécialement par ceux qui aiment l'étude ou qui se trouvent avoir des talents
plus propres à la salle de classe qu'à la chaire de prédicateur.
Les professeurs semblent partout faire partie de l'aristocratie de la ville dans laquelle ils vivent, bien qu'ordinairement ils soient, à raison de la modicité de leurs revenus, dans l'impossibilité de jouir de la vie sociale comme le fait la classe correspondante en Ecosse, ou même en Angleterre. La situation de président est souvent une situation d'honneur et d'influence; aucun dignitaire d'Université dans la Grande-Bretagne, n'est aussi bien connu du public, ou ne voit citer ses opinions avec un plus grand respect, que les chefs des sept ou huit principales Universités des Etats-Unis.
Les Etudiants. — C'est la gloire des Universités américaines, comme c'est celle des Universités d'Ecosse et d'Allemagne, d'être librement accessibles à toutes les classes de la population. Dans les Etats de l'Est, il en est relativement peu qui soient tiis d'ouvriers, parce qu'il est rare que les parents puissent supporter la dépense des cours d'une Université, ou se passer des gains d'un enfant lorsqu'il a dépassé sa treizième année. Mais^ même dans l'Est, beaucoup sortent de familles peu aisées, grâce à Uassistance de quelque voisin plus riche ou grâce aux fonds de bienfaisance appartenant au collège auquel ils peuvent se présenter eux-mêmes, et quelques-uns, à l'époque où le niveau de l'instruction était moins élevé et où les femmes étaient moins employées comme professeurs, s'occupaient à tenir des écoles de district pendant trois mois d'hiver. Dans l'Ouest, où il y a de moins grandes distinctions de classes bien que l'inégalité de fortune y soit plus grande, un si grand nombre d'institutions exigent une contribution purement nominale, ou se montrent si disposées à recevoir gratuitement un étudiant qui donne des espérances, que la ceule difficulté dans la carrière d'un jeune homme est de subvenir à ses besoins durant le cours de ses études ; et il y arrive fréquemment en gagnant pendant une moitié de
l'année de quoi se suflire pendant l'autre moitié. Souvent il gagne en donnant des lerons : — presque tous les hommes ('miiieiils des quarante dernières années, y compris plusieurs Présidents des Etats-Unis, ont donné des leçons au début de leur carrière. — Parfois, il travaille dans une profession, comme a fait, en Ecosse, plus d'un étudiant; et, comme en Ecosse, il n'en est que plus respecté par ses condisciples.
L'instruction qu'il reçoit dans un de ces collèges de l'Ouest ne peut pas le mener bien loin, mais elle lui ouvre une porte par laquelle des hommes d'une réelle valeur peuvent passer dans les professions ou même dans le domaine de la science et des recherches scientifiques. Dans aucun pays, les divers enseignements ne sont ni meilleur marché ni plus accessibles. Il y a une tendance croissante, pour les parents aisés, à envoyer leurs fils dans une des plus grandes Universités sans égard pour les professions auxquelles ils les destinent, c'est-à-dire uniquement en vue d'une culture générale, ou des avantages sociaux qu'un cours d'Université est censé leur donner. C'est ordinairement, comme en Angleterre, vers l'âge de dix-huit ou dixneuf ans que les étudiants entrent dans les principales Universités de l'Est, et c'est vers l'âge de vingt-deux à vingttrois ans (1) qu'ils prennent leurs grades, après un cours régulier de quatre années. Dans l'Ouest, un grand nombre d'étudiants y entrent à un âge plus avancé, vingt-quatre ou vingt-cinq ans, leur première instruction ayant été négligée; de sorte que, dans les collèges de l'Ouest, la moyenne est plus élevée que dans l'Est. En Ecosse, des jeunes gens de quatorze ans et des jeunes hommes de vingt-quatre sont assis côte à côte dans les salles des Universités et luttent entre eux dans les mêmes conditions. Les Universités moins renommées n'attirent que les étudiants de leur voisinage ; les plus renommées attirent les étudiants de toutes les par-
(1) Le Président Eliot donne, pour Harvard, 22 ans et 7 mois.
lies de l'Union. L'Université du iMicliigan a été une sorte d'Université métropolitaine pour les Etats du Nord-Ouest. Harvard et Yale qui, d'ordinaire, n'attiraient que les étudiants des Etats de l'Atlantique, reçoivent maintenant des étudiants de l'Ouest, et même des rivages du Pacifique. Un étudiant complète habituellement ses quatre années de scolarité dans la même institution, mais il en est qutlquesuns qui, après un an, quittent un petit collège pour entrer dans un grand. Un homme qui a pris ses grades dans un collège qui n'a qu'une section d'Arts ou une section collégiale, se rendra souvent, dans le cas où il se destinera au Droit ou à la Médecine, dans une école de Droit ou de Médecine d'une Université plus importante, ou même, s'il veut se consacrer à la Science ou à la Philologie, il suivra ce que l'on appelle un « cours post-gradué » dans quelquesuns des grands centres d'enseignement. Et c'est ainsi qu'il peut arriver, comme en Allemagne, qu'un homme ait étudié successivement dans trois ou quatre Universités.
Edifices et aspect extérieur. — Peu d'édifices de Collèges ou d'Universités sont vieux de plus d'un siècle (1), et parmi ces édifices il n'y en a pas qui soit d'un caractère imposant ou qui ait une certaine valeur architecturale. Un grand nombre, parmi les nouveaux, sont beaux et bien disposés ; mais j'ai entendu faire la remarque qu'on dépense actuellement beaucoup d'argent, au moins dans l'Ouest, à des édifices fastueux, en vue d'attirer l'attention. La forme n'est jamais, ou est rarement, celle d'un rectangle, comme en Angleterre ou en Ecosse, non que l'on désirât éviter des précédents monastiques, mais parce que les édifices détachés sont regardés comme mieux disposés eu égard au froid et aux neiges de l'hiver. A Harvard et à Yale les dortoirs de brique (édifices dans lesquels vivent les étudiants) et les salles de cours sont éparpillés sur
(1) Il y en avait un à Yale, en 17o3, appelé South Middle, qui était regardé comme le plus ancien.
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un vaste espace de gazon planté de vieux ormeaux, et ils ont un aspect agréable. Rochester, aussi, a un beau et vaste Campus. Mais aucune des Universités fréquentées par des hommes, à moins que ce ne soit l'Université de Wisconsin, n'a un aussi agréable jardin d'agrément que ceux que i)0ssèdent les deux plus anciens Collèges de femmes, Vassar et VVellesley.
Temps employé aux études. — Les vacances sont plus courtes qu'en Angleterre ou en Ecosse. Celles de l'été durent du milieu de juin au milieu de septembre, et il y a généralement dix jours ou davantage à la Noël, et au moins une semaine en avril. Le travail commence le malin de meilleure heure qu'en Angleterre, mais il est rare qu'il commence aussi tôt qu'en Allemagne. Très peu d'étudiants paraissent travailler autant que les hommes qui se préparent aux hautes dignités, à Cambridc:e, en Anûleterre.
Distrihutioti locale des Universités et Collèges. — Le nombre des corps conférant des grades semble être plus grand dans les Etats du Centre et du Xord-Ouest que dans Ja Nouvelle-Angleterre ou dans le Sud. Dans les tables du Bureau de l'Enseignement (Bureau of Education) je trouve New-York, la Pennsylvanie, l'Ohio. l'Illinois, l'iowa, portés comme en ayant loj, presque un tiers du total des Etats- Unis; mais comme il en est beaucoup de petits et d'insignifiants, ce nombre n'indique pas nécessairement une ample et solide organisation éducationnelle. Et même, rOhio et l'Illinois,, avec une population d'environ sept millions d'habitants, n'ont qu'une institution (la nouvelle Université de Chicago) qui soit haut placée soit par sa richesse, soit par l'enseignement qu'elle donne. Les treize Etats du Sud (non compris le Missouri, le Maryland et le Delaware) sont portés sur les tables comme en possédant il-4, mais aucun d'eux, à exception laite de l'Université delà Virginie, n'occupe le premier rang, et la plupart de ces universités sont entravées par la préparation incomplète des
étudiants qu'elles reroivent (1). A cet égard, et à l'égard de l'enseignement en général, le Sud, quoique en progrès, est encore bien en retard sur les autres régions du pays. 11 y a plusieurs Collèges, tous ou presque tons, faisant partie de sectes religieuses, établis uniquement pour les gens de couleur.
Sijslème et méthodes iT enseignement. — H y a trente-cinq ans, il aurait été relativement facile d'en faire une description, car presque toutes les Universités et presque tous les Collèges prescrivaient à chaque étudiant un curriculuui régulier de quatre ans, consistant principalement en études de littérature classique et de mathématiques et conduisant au grade de Bachelier es Arts (B. A). Un jeune homme avait peu ou presque pas de choix à faire au sujet de ce qu'il étudierait, car chacun était appelé à suivre chaque année certains cours, et il recevait son grade lorsqu'il avait accompli d'une manière satistaisante ce que l'on exigeait de lui dans chaque classe (2). Les cours ne ditïéraient pas de ceux que l'on suivait (jusqu'en 1894) dans les Universités d'Ecosse ; ils commençaient par le latin, le grec et les mathématiques, et se terminaient par la logique, la psychologie et la morale et par une teinte de physique. L'instruction était principalement, et même entièrement, dans les petits collèges, catéchistique. De nos jours, l'uniformité très simple de ce système traditionnel a disparu dans les principales Universités des Etats de l'Est et du Centre et dans presque toutes les Universités d'Etats de l'Ouest. Il y a encore des classes régulières, à un certain nombre desquelles doit assister chaque étudiant, mais il lui est permis de choisir entre divers cours ou ctirriaila, dont chacun
(1) On espère que l'Université Tulane à la Nouvelle-Orléans, occupera un jour le premier rang. Elle a une dotation d'environ 2.000 000 de dollars (10 millions de francs).
(2) L'Université de Virginie était une exception, ayant reçu, grâce à l'opinion éclairée de Jefferson, une impulsion vers une liberté plus complète.
conduit à un grade. La liberté du choix est plus grande dans quelques Universités, moins dans d'autres ; dans quelques-unes, le choix est permis dès la première année, dans le plus grand nombre cependant (y compris la grande Université de Yale), seulement après deux ans. A Harvard, la liberté paraît avoir atteint son maximum. Ce système soi-disant électif a été et est encore l'objet d'une vive controverse qui s'est élevée principalement sur la question de savoir si le grec doit être ou ne doit pas être une matière obligatoire. Le changement fut introduit afin de faire entrer des matières scientifiques dans le cours et de permettre aux hommes de se spécialiser dans ces matières ou dans d'autres matières co.nme Ihistoire et la philologie orientale et romane ; ce changement fut même un accompagnement nécessaire de cette extension des Universités afin de les rendre capables de suivre le rapide développement de nouvelles branches d'études et de recherches dans ces quarante dernièi es années. On soutient ce système en s'appuyant sur ce motif^ et, aussi, comme étant plus propre que le vieux système de cours étroitement limités, adonner à chaque étudiant quehjue chose de nature à l'intéresser. Un le combat aussi en disant qu'il tend à désorienter l'étudiant, à disperser et à éparpiller son esprit sur une trop grande foule de matières, n'ayant peut être aucun rapport les unes avec les autres, et à le tenter par l'appât d'une liberté sans règle dont son manque d'expérience l'empêche d'user avec modération. Une ou deux Universités importantes — Princeton, par exemple — et un grand nombre de petits collèges, s'étaient attachés au vieux système de un ou deux cours prescrits, système auquel on n'admet que peu de variantes (1). Un système élec-
(1) Les petits collèges sont les moins disposés à abandonner le grec comme matière obligatoire, car ils se disent que faire cela, ce serait perdre l'ancre par laquelle ils se rattachent à l'instruction supérieure et reconnaître qu'ils ne sont plus des Universités.
tif n'est même possible que là où il existe un personnel enseignant assez nombreux pour faire face à un grand nombre de matières.
Les méthodes d'enseignement ont subi un changement parallèle. Le cours avec peu ou pas de questions dans les intervalles est en train de devenir la règle dans les Universités plus importantes, en particulier dans celles qui adoptent le système électif, tandis que les méthodes appelées « récitations », c'est-à-dire les méthodes catéchistiques analogues à celles d'Ecosse ou à celles d'un cours de Collège (non Université) à Oxford, il y a trente ans, demeurent la règle dans la majorité la plus conservatrice des institutions, et sont pratiquement universelles dans les Collèges de l'Ouest. Quelques-unes des Universités de l'Est ont établi récemment nn système d'instruction irrégulière par le professeur à un petit groupe d'étudiants sur le modèle du Séminaire allemand. Les a répétitions » {coaching) privées comme celles qui furent autrefois en honneur à Oxford et qui le sont encore à Cambridge, sont presque inconnues.
Conditions requises pour Ventrée. — Toutes les meilleures Universités et les meilleurs Collège exigent un minimum de connaissances de ceux qui se font inscrire. Quelques uns imposent un examen d'entrée. D'autres permettent à certaines écoles, dont l'excellence les satisfait, de délivrer des certificats de sortie {teaving certificates), sur la production desquels on est admis sans examen. On dit que ce . ystème donne de bons résultats (1). Le Michigan paraît avoir ou-
fl) J'ai appris qu'à Harvard environ un tiers des étudiants sortaient des écoles pul)li(iue5 (c'est-à-dire des écoles recevant des subventions publiques). La proporliou est plus élevée dans la plupart des Universités. Il y a. en Amérique, en particulier dans l'Est, une, tendance de plus en plus marquée à envoyer les fils des classes riches dans des écoles privées, et l'excellence de ces écoles est en progrès. Le nombre total des Académies subventionnées, des séminaires et des aulres écoles privées secondaires
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vert la voie en établissant des relations sagement réglementées et organisées entre les écoles publiques et l'IIniversilé d'Etat, et l'Université de Calitornie a maintenant un excellent système d'inspection scolaire et d'admission des étudiants sur la base des certificats d école.
Grades et examens. — Les institutions qui ont été reconnues par l'Etat sont seules regardées comme pouvant conférer des grades. Il y en a d'autres qui le font sans avoir de titre légal, mais, comme la valeur du grade est per se assez insignifiante, le mal fait par les établissements interlopes n'est pas très sérieux. Les grades de Bachtiier es Arts, Maître es Arts (Master of Arts), Docteur en Théologie [Dodor of Divinitii), Docteur en Droit [Dodor of Laws)j les deux derniers, la plupart du temps, purement honorifiques (1), sont les seuls grades conférés dans la grande majorité des Collèges; mais dans ces dernières années, les plus grandes Universités ont^ en créant de nouveaux cours, créé aussi toute une variété de grades nouveaux (5). Les grades sont conférés à la suite d'examens, mais jamais, je crois, comme cela arrive souvent en Europe, à la suite d'un simple examen subi après le cours
dans le pays, en 1889-90, est donnée comme étant de 1632, avec 16,649 élèves (11 220 garçons et 5.429 filles), tous préparant à un cours classique de collège. Mais il va sans dire que ces chiffres sont loin d'être complets.
(1) Les degrés honoraires sont, dans quelques institutions, el souvent dans des institutions qui ne sont pas de premier ordre, conférés avec une prodigalité qui semble témoigner d'une appréciation exagérée de mérites insignifiants.
(2) M. D. C. Gilman (Président de l'Université Johns Hopkiiis) mentionne les grades suivants parmi ceux qui sont conférés dans quelques institutions pour femmes, les titres de Bachelier et de Maitre ayant paru peu appropriés : — Lauréate de Science {Lauréate of Science), Savante dans la Musique [Proficienl of Music). Fille de la Philosophie (Maid of Philosophy), Maîtresse de Belles Lettres {Mistress of Polite Lileratvre), Maîtresse de Musique {Mislress of Music) — Norlh American Review, mars i88b.
complet des études. L'étudiant, pendant qu'il traverse les diverses classes dont se compose son cours, est examiné parfois à de courts intervalles, parfois à la fin de chaque année, sur les matières vues dans les classes ou sur les livres prescrits, et le grade est, en dernier lieu, conféré ou refusé d'après les résultats combinés de ces diverses épreuves. A aucun moment de ses études il n'est appelé à subir un examen comparable, pour le nombre et la difficulté des matières sur lesquelles il est interrogé, aux examens définitifs d'Oxford ou de flambridge, même tels qu'ils sont à présent, et^, à plus forte raison, tels qu'ils étaient il y a cinquante ans.
Le système américain diffère surtout du système d'Oxford on de Cambridge par la part relativement petite faite à la collation des lionneurs. En Angleterre, le Contrôle des classes ou Grand Concours {Tripos) a, depuis de longues années, même depuis que les Universités sont sorties de leur léthargie du xviii^ siècle, été le principal stimulant qui a provoqué les efforts dessous-gradués et qui a refoulé le courant vers les amusements et les exercices athlétiques. Les examens ont gouverné l'enseignement^ au lieu de lui servir de témoignage. Aux Etats-Unis, quoique la plupart des Universités et des Collèges récompensent par une sorte de mention honorable les étudiants qui ont fait de brillantes études, la graduation n'est pas un grand objet d'ambition ; elle ne donne que peu de renommée dans l'institution et n'est guère mentionnée au dehors. Dans un grand nombre d'Universités, on ne trouve même pas le stimulant, si puissant en Ecosse, des prix de classe, obtenus à la suite d'un examen et des votes des étudiants. Il n'y a qu'un petit nombre d'institutions possédant des bourses obtenues au concours. Les professeurs américains semblent trouver que la discipline de leur système régulier de cours est suffisante pour maintenir un niveau raisonnable d'application parmi les étudiants, sans doute, en tenant compte de ce fait que, dans presque toutes les Uni-
versilés, la grande majorité des étudiants sort de familles modestes, ne possède que peu de ressources et a à s'ouvrir son chemin dans la vie. L'application est la tradition des Collèges américains, en particulier de ceux qui sont éloignés des influences dissolvantes et des exigences sociales des grandes villes. Les plus grandes Universités elles-mêmes n'ont jamais été, comme le furent notoirement les Universités anglaises au xviii° siècle, et comme elles le sont encore dans une large mesure,des endroits destinés principalement à faire passer trois ou quatre années agréables, et subsidiairement des établissements d'enseignement. Avec quelques désavantages, ce caractère des séminaires américains a deux mérites qui valent la peine d'être signalés. L'un de ces mérites consiste en ce qu'on évite ainsi cette séparation qui s'est développée à Oxford et à Cambridge entre les '< poil meii » (hommes inscrits en vue d'un diplôme sans les honneurs) et les « honoiir men » (hommes inscrits en vue des îwnneurs). Chaque étudiant est supposé être venu dans un Collège dans le but d'apprendre quelque chose. Dans tous les pays, m.ême en Suisse et en Ecosse, il y a un certain nombre d'hommes oisifs dans les établissements d'instruction ; mais l'oisiveté d'un étudiant est due en partie à son propre caractère ou aux circonstances, et elle ne repose pas, comme dans le cas du « poil man » anglais, sur la pensée, enracinée dans son esprit et peut-être aussi dans l'esprit de ses parents, qu'il est entré dans l'Université pour passer agréablement le temps et pour se créer d'utiles relations sociales. L'autre mérite est que l'amour de la science et de la vérité, parmi les meilleurs esprits ne se rabaisse pas jusqu'à se faire l'esclave de la concurrence et de la passion pour un prompt et éclatant succès. Un étudiant américain n'est pas poussé par son Université à avoir une idée moins haute de la valeur intrinsèque de ce qu'il étudie que de la proportion dans laquelle cette matière entre dans le programme de l'examen ; et il ne regarde pas ses condisciples les plus capables comme des rivaux dans la
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poursuite d'un but élevé, des rivaux dont les aptitudes doivent être sans cesse présentes à son esprit pour établir une comparaison avec les siennes. Des Américains, qui ont étudié dans une Université anglaise après avoir pris leurs grades dans une des leurs, m'ont dit que rien ne les avait plus surpris en Angleterre que la discussion incessante de leurs capacités intellectuelles, respectives, que l'on rencontrait parmi les étudiants habiles (1). Il est probable que les étudiants américains fournissent moins de travail que n'en exigent les examens des étudiants d'Oxford ou de Cambridge. Il est possible que la vivacité d'esprit el la précision soient moins mises à contribution. Il est possible encore que ce soit un mal de n'être pas obligé de porter dans son esprit pendant plusieurs semaines une grande masse de faits^ avec l'obligation de retrouver à un moment donné n'importe lequel de ces faits. Ceux qui dirigent les principales Universités américaines reconnaissent, sur ces points, les avantages de la pratique anglaise. Mais ils estiment que les désavantages qui y correspondent sont beaucoup plus grands encore, et, sur cette matière, ils sont plus portés à plaindre Oxford et Cambridge qu'cà les imiter.
Presque tous les étudiants américains prennent leurs grades, c'est-à-dire que, puisque ceux qui sont en danger de ne pas arriver se retirent avant la fin de leur quatrième année, la proportion des échecs aux examens définitifs est peu élevée. En ce qui concerne la valeur des grades conférés,il existe, bien entendu, la plus grande différence entre ceux des premières institutions et ceux des institutions inférieures, et cette différence n'est pas seulement une différence entre les quelques grandes Universités et la masse des petits collèges des Universités des Etats de l'Ouest, car parmi les petits collèges il en est qui donnent un enseignement aussi complet et aussi élevé que les plus grands.
(1) Si cela est vrai de l'Angleterre, le mal n'est probablement pas moins grand sous le système des class-jyrize d'Ecosse.
Les grades des deux cents Collèges que j'ai mentionnés comme appartenant au groupe intérieur de la troisième classe n'ont aucune valeur déterminée, si ce n'est celle d'indiquer qu'un jeune homme a été astreint, pendant quatre ans, à un travail portant sur des matières au-dessus de l'enseignement élémentaire. Parmi les institutions, celles qui appartiennent au groupe supérieur et aux deux autres classes représentent, en moyenne, autant de connaissance et de discipline mentale que les i>oul degrces ou les pass degrees d'Oxford ou de Cambridge, mais moins, peut-être que les pass degrees (grades de passage) des Universités écossaises. Entre les plus hauts grades américains et les honneurs d'Oxford et de Cambridge, il est diflîcile d'établir quelque comparaison.
Aux Etats-Unis, un grade n'est conféré qu'à ceux qui ont suivi un cours prescrit dans l'enseignement de l'institution qui le confère. Aucune institution américaine ne s'est écartée de la vieille et véritable idée d'une Université, idée approuvée à la fois par l'histoire et la politique, au point de devenir une pure commission d'examen conférant des grades à quiconque se présente, quel que soit le lieu dont il vienne. Cependant, les maux de l'état de choses actuel dans lequel des établissements au-dessous des gjjmnasia allemands sont admis à conférer des titres académiques, sont considérés comme si sérieux par quelques réformateurs de l'enseignement que l'on a proposé de créer dans chaque Etat une autorité unique pour conférer les grades, autorité dont les diverses institutions situées dans l'Etat seraient, pour ainsi dire, tributaires, obligées qu'elles seraient d'envoyer leurs étudiants à ses examens qui, naturellement, seraient maintenus à un niveau plus élevé que celui des examens de la plupart des corps indépendants actuels. C'est là ce que les médecins appellent un « remède héroïque » ; et soit dit avec tout le respect dû aux hommes éminents qui s'en font les défenseurs, j'espère qu'on étudiera de nouveau le problème et
qu'on se contentera de réformes moins sujettes à entraver la liberté de renseignement universitaire.
Maliiré ces défauts, et en dépit de l'énorme distance qui sépare le type d'une Université comme Johns Hopkins, à une extrémité de l'échelle, du type des collèges de l'Arkansas^ à l'autre extrémité, un grade, en quelque endroit qu'il ait été obtenu, parait avoir une certaine valeur sociale. « C'est, dit un de ceux qui m'ont fourni des renseignements, une chose que vous mentionneriez au sujet d'un jeune homme pour lequel vous écririez une lettre de recommandation. » Cela ne signifie pas grand'chose, mais cela vaut mieux que rien ; cela semble donner à un homme une sorte d'avantage quand il s'agit de se mettre à la recherche d'un travail littéraire ou d'enseignement. Dans plusieurs Etat, un homme qui peut se recommander d'un grade est plus vite admis au Barreau, et quelques sectes religieuses s'efforcent d'exiger que leur clergé aitété gradué.
Cours post-gradués. — Plusieurs des grandes Universités ont récemment organisé des cours {lectures) pour les étudiants qui ont suivi les cours réguliers des quatre années de scolarité, et pris leurs grades de Bachelier es Arts (B, A) et de Bachelier es Sciences (B. Se), espérant de cette façon préparer à l'étude spéciale des matières qui ne peuvent trouver place dans les cours réglementaires. Johns Hopkins University fut parmi les premières à se consacrer spécialement à cet objet. Son but était moins de rivaliser avec les Universités di!jà existantes que de remplir une fonction que la plupart d'entre elles n'avaient pas les moyens d'entreprendre — celle de préparer l'enseignement spécial supérieur, non pas bien entendu sur toutes les matières, mais sur des matières pour lesquelles elle pouvait s'assurer les professeurs les plus capables. Elle a déjà accompli un travail admirable dans ce sens, un travail qui justifie bien sa prétention d'occuper le premier rang parmi les établissements enseignants situés au delà de l'Atlantique. Il y a aussi un grand nombre de gradués qui, dési-
ranl se consacrer à quelque branche spéciale de la science ou des lettres, telles que la physique, la philologie ou l'histoire, passent un semestre ou deux dans une Université allemande. Très peu viennent à Oxford ou à Cambridge. Les professeurs américains, lorsqu'on leur demande pourquoi ils envoient leurs étudiants exclusivement en Allemagne, étant donné qu'en Angleterre ils auraient l'avantage d'une vie sociale plus agréable et aussi l'avantage de voir comment l'Angleterre essaie de résoudre des problèmes sous bien des rapports semblables aux leurs, répondent que les Universités anglaises ne sont aménagées que pour des étudiants qui désirent suivre d'un bout à l'autre un cours régulier en vue d'une obtention de grades et sont tellement occupés à préparer des étudiants aux examens, qu'elles ne donnent, si l'on en excepte deux ou trois branches, qu'un enseignement peu élevé. On ne saurait nier que si Oxford et Cambridge ollVaient les mêmes avantages que Leipzig et Berlin, raflluence des étudiants américains dans ces deux premières Universités serait bientôt considérable.
Ecoles professionnelles et scientifiques. — Outre le très grand nombre d'écoles pour tous les arts pratiques, agriculture, génie, mines, etc., aussi bien que pour la théologie, le droit et la médecine, dont on a déjà établi la statistique, quelques Universités ont organisé des écoles scientifiques ou des écoles d'agriculture, ou des Facultés de théologie, de droit et de médecine. Les Facultés de théologie sont ordinairement confessionnelles; mais Harvard, qui en pratique était ordinairement utilitarien a maintenant une Faculté nnsecUirienne, dans laquelle se trouvent plusieurs savants théologiens appartenant aux confessions trinitariennes ; et il semble que cette disposition n'ait pas entraîné de difficultés. L'école de Droit est ordinairement traitée comme une section séparée dans Laquelle peuvent entrer des étudiants qui n'ont l)as pris leurs grades dans l'Université. Les cours oc-
cupent ordinairement deux années, quelquefois trois, et ils embrassent toutes les principales branches du common Imr, du droit d'équité, du droit criminel, de la procédure civile et de la procédure criminelle. Un grand nombre de ces écoles exercent une action extrêmement efiicace.
Examens. — Jusqu'à ces derniers temps, il n'existait aucune disposition en vue d'établir des examens en dehors de l'œuvre de l'enseignement et des études ; mais l'exemple donné par Johns Uopkins et Harvard, qui ont fondé des agrégations {fellows/iips) dans ce but, a maintenant été suivi assez généralement, et en 1889-90 il y avait dans 45 institutions 472 felJowships (1) et on peut compter sur la générosité infatigable des bienfaiteurs privés pour continuer à fournir les fonds nécessaires. Il y a, notamment, aujourd'hui, dans les principales Universités, une spécialisation bien marquée dans l'enseignement et, de cette façon, des professeurs, de plus en plus nombreux, peuvent remplir les fonctions d'examinateurs.
Secours aux étudiants dans le besoin. — Très peu de Collèges ont des scJiolarships ou bourses qui se donnent au concours comme les bourses des Collèges d'Oxford et de Cambridge et des Universités d'Ecosse ; il en est encore moins qui aient des associations (fellowsliips). Mais dans un urand nombre il existe des fonds, généralement mis à la disposition du Président ou de la Faculté, destinés à venir en aide aux étudiants dans le besoin ; et il est d'usage d'accorder une remise de leurs frais de scolarité à ceux dont la situation est digne d'intérêt. Lorsque, comme cela arrive parfois, des places vacantes ou des subventions sont attribuées après un examen, on regarderait comme inconvenant que ceux qui sont au-dessus des besoins pécu-
(1) Harvard et Colombie en ont chacune 24 ; John Hcpkins,21 ; Yale, 6; Princeton, 12; l'Université de Pennsylvanie et Cornell, chacune 8; Vanderbilt University (dans le Tennessee), 10; l'Université du Wisconsin, 10.
niaires prissent part à la lutte; lorsque le choix est laissé aux autorités du Collège, elles s'en acquittent, dit-on, avec une honorable impartialité. Ayant souvent doiuandé si l'on avait à se plaindre du favoritisme, je n'ai jamais entendu dire qu'on s'en lïit plaint. Dans quelques Collègues, il existe des fonds de prêt qui servent à avancer de l'argent aux étudiants pauvres, lesquels s'engagent à le rembourser ensuite. C'est à l'aide de ces fonds que le Président Garfield lit son éducation à Williams Collège. Les confessions [dénominations) viennent souvent en aide aux jeunes gens bien doués qui se proposent d'entrer dans le ministère. Un de ceux qui m'ont fourni des renseignements s'exprime ainsi : u Dans notre pays, tout jeune homme énergique et intelligent peut recevoir l'éducation sans payer (1). » L'expérience tentée à Cornell University, afin de procurer un travail rémunérateur aux étudiants pauvres^ obligés de suivre en même temps les cours, semble avoir été considérée comme irréalisable, car ce double eflbrt nécessite une tension trop grande.
Yie sociale des étudiants. — Ceux qui sentent que non seulement le plus vif plaisir, mais aussi le bien moral et intellectuel le plus solide de leur vie universitaire, résident dans les relations d'amitié qu'ils formèrent dans leur heureuse jeunesse, demanderont quel est, à ce point de vue, la situation de l'Amérique par rapport à l'Angleterre. Oxford et Cambridge avec leurs Collèges historiques conservant leur vie de corps de siècle en siècle, entretenant des relations faciles et amicales entre les professeurs et les
(1) Les pris de scolarité, surtout dans TOuest, sont peu élevés, et même dans plusieurs Universités d'Etat de l'Ouest, les étudiants ne paient rien. A l'Université de Michigan, un étudiant appartenant à l'Etat paye 10 dollars pour son admission et, annuellement, une somme de 20 dollars (section littéraire), ou 2o dollars (pour les autres sections), les étudiants qui n'appartiennent pas à l'Etat, payent i'ô dollars pour leur admission, 30 dollars (section littéraire), 3;j dollars (autres sections;.
élèves, formant entre les membres de chaque société un lien étroit et presque familial qui n'est nullement incompatible avec le dévouement à la grande corporation pour laquelle existent toutes les corporations moindres, sont parvenues à créer un type de vie d'étudiant plus policé, plus gracieux et, je crois aussi, plus intellectuellement stimulant que celui qui se rencontre en Allemagne avec ses bouffonneries quelque peu enfantines de duels et de libations, ou en Ecosse, où le jeune homme a peu d'occasions d'entretenir des relations sociales avec ses condisciples, et encore moins avec son professeur. Les Universités américaines occupent une situation intermédiaire entre celles d'Angleterre et celles d'Allemagne ou d'Ecosse. Primitivement, tous ou presque tous les étudiants étaient logés dans des édifices appelés dortoirs (donnitories), — qui, cependant, n'étaient pas uniquement des chambres à coucher, mais qui contenaient aussi des salons {sitting-rooms) possédés collectivement par deux étudiants ou par un plus grand nombre, — et les repas étaient pris en commun. Cette pratique subsiste encore dans les Collèges peu importants, et elle demeure solidement enracinée à Yale, Harvard et Princeton. Dans les nouvelles Universités d'Etat et dans presque toutes les Universités situées dans des villes importantes, la grande masse des étudiants prend pension {hoard) dans des familles privées ou (plus rarement) vit dans des logements ou hôtels, et certains étudiants, de plus en plus nombreux, ont commencé de faire ainsi même dans des établissements qui, comme Harvard, Brown University (Rhode-Island) et Cornell, ont quelques dortoirs. Le système des dortoirs donne de bons résultats dans les établissements relativement peu importants, surtout lorsque, comme c'est le cas pour les petits Collèges confessionnels, ils sont presque comme de grandes familles et sont imbus d'un esprit religieux. Mais dans les grandes Universités, il y a actuellement une tendance à laisser les étudiants résider où bon leur semble. Le main-
lien (le la discipline devient plus facile ; réludianl pauvre est moins j)orlé à imiter ou à envier les habitudes de luxe des éludianls riclies. Parfois, cependant, comme dans les localités qui n'ont pas de ville pour loger les étudiants, les dortoirs sont indispensables. Les principales infractions à l'ordre que les autorités ont à réprimer se produisent dans les dortoirs à la suite de la pratique du liazing, c'est-à-dire de l'habitude de se livrer à des jeux facétieux, surtout à l'égard des nouveaux venus ft^cshmen). Dans un collège américain, les étudiants sont classés par années, ceux de la première année sont appelés freshmen, ceux de la seconde, sophomores (litt. plus sages), ceux de la \.vo\s'ième, juniors, ceux de la quatrième, seniors. Le lien qui unit entre eux les membres de chaque « classe » (c'est-àdire les étudiants de la même année) est assez étroit et ils sont tout disposés à agir de concert. Entre les soplwmorcsei les fresltmen — car les seniors et les juniors sont censés avoir renoncé aux enfantillages — il existe une rivalité latente qui éclate parfois en luttes assez aiguës, — bien que cette rivalité ne cache le plus souvent qu'un méchant orgueil — pour causer des ennuis au Président et à la Faculté (i). A tout autre point de vue, la conduite des étudiants est en général satisfaisante. L'ivresse, le jeu et autres vices analogues sont rares, ceux qui viennent là pour travailler étant ordinairement peu portés à de tels défauts ; ce n'est que dans quelques Universités situées dans les grandes villts ou tout près, et fréquentées par les lils des familles riches que ces vices sont la cause de troubles sérieux. Dans ces dernières années, la passion pour le baseball (jeu de paume), le foot-ball, le canotage {rowing) et les exercices athlétiques en général, est devenue très
(1) Sophomorcs et nouveaux ont la bizarre habitude de se réunir en groupes serrés et de faire à qui jettera l'autre de côté dans les escaliers ou dans les corridors. C'est ce qu'on appelle rushinQ. Dans quelques Universités l'admission des femmes a fait cesser ces usaees.
grande dans les Universités que nous venons de mentionner, Universités fréquentées par une jeunesse fashionabie, et l'étudiant qui excelle dans ces exercices apparaît aux yeux de ses camarades comme un héros aussi grand qu'un membre des Huit ou des Onze d'Université en Angleterre. Le temps considérable employé à ces sports, surtout en ce qui regarde le foût-haU, et l'honneur disproportionné qui s'attache à ceux qui s'y distinguent, ont commencé dans quelques Universités à causer quelque inquiétude aux autorités.
L'absence de Collèges constituant des centres sociaux dans une Université a contribué à développer dans les Universités américaines une de leurs plus originales et plus intéressantes institutions — je veux dire les sociétés de lettres grecques. Ce sont des clubs ou confréries d'étudiants, désignées par deux ou trois lettres grecques, les initiales du mot d'ordre secret de la confrérie. Quelques-unes de ces confréries n'existent que dans un Collège, mais les plus grandes sont établies dans un bon nombre d'Universités et Collèges^, ayant dans chacun d'eux ce que l'on nomme un chapitre et possédant aussi dans chacun une sorte de lieu de réunion {chih house), avec plusieurs salles d'assemblée et de lecture, et parfois aussi avec des chambres à coucher pour les membres. Dans quelques Collèges, peutêtre un tiers ou la moitié des étudiants, et dans un petit nombre, presque tous les étudiants appartiennent à une confrérie, et cette confrérie est une institution reconnue et patronnée par les autorités. Les nouveaux membres sont admis à la suite d'un vote du Chapitre, et ce n'est pas un mince honneur que d'être admis dans une des grandes confréries. Ces sociétés sont, à ma connaissance, toujours non politiques, quoique les questions politiques puissent être discutées et des essais politiques lus dans leurs réunions ; on dit, même, qu'il n'est pas permis d'avoir des liqueurs enivrantes, dans les édifices affectés à ces confréries, et il est aussi interdit d'en faire usage dans les fêtes qu'elles or-
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iianisent. Elles constituent ainsi quelque chose d'intermédiaire entre unclubaniilaiset unStudenlen ^o?7w allemand, mais il s'v ajoute l'élément d'une société littéraire ou de « perfectionnement mutuel ». Ces confréries constituent une partie considérable du système universitaire, non pas tant parce qu'elles cultivent la vie intellectuelle qu'à cause de leur iriHuence sociale. C'est un objet d'ambition que d'en ètreélu membre ; c'est un point d'honneur pour un membre de soutenir le crédit de la confrérie. Les plus anciens membres, qui comptent assez souvent dans leurs rangs des professeurs de l'Université, conservent leurs relations avec la confrérie et souvent assistent à ses réunions de Chapitre dans le Collège ou à ses assemblées générales. La qualité de membre constitue un lien entre les anciens membres durant toute leur vie, de sorte qu'un membre, en s'établissant dans quelque ville éloignée, peut trouver là des personnes ayant appartenu à sa confrérie et être admis à leurs réunions (1). Outre ces confréries, il existe quelques sociétés honorifiques auxquelles sont élus les étudiants en raison de leurs connaissances littéraires et scientifiques, lorsqu'ils ont fait preuve de ces connaissances dans les examens de Collège. La plus ancienne et la plus célèbre est appelée le *bk, ce qui, dit-on. signifie «i>'.Xo70'i'a '^Wj ■/.•jo£ovT,T7;;, et elle existe dans presque toutes les principales Universités de la plupart des Etats.
Religion. — J'ai déjà fait remarquer que la plupart des Universités américaines et même la grande majorité des petits Collèges sont des établissements confessionnels [denominational) . Ce terme, cependant, n'a pas la signification ({u'il aurait en Europe^ ou, au moins, en Angleterre. 11 signifie que ces établissements ont été fondéspar, ou relati-
(1) Il y a, bien entendu, d'autres sociétés d'étudiants en dehors de ces sociétés de lettres grecques et dans quelques Universités les sociétés de lettres grecques sont devenues sociales plutôt que littéraires. L'une d'elles est regardée avec beaucoup de suspicion par les autorités.
vement à une église particulière, et qu'ils restent jusqu'à un certain point associés à cette église ou soumis à son influence. Le Rapport de l'Instruction {Edncation Beport) n'en mentionne que 99 qui se donnent comme étant en dehors de toute secte, sur 4d5. Les Méthodistes revendiquent 7-i Collèges ; les Presbytériens, 49 ; les Baplistes, A^i ; les Catholiques romains, 51 ; les Congrégationalisles, 22 ; les Episcopaliens protestants, 6. Mais^ sauf en ce cjui concerne les institutions catholiques romaines, il est rare que des professeurs soient exclus — et les étudiants ne le sont jamais — comme appartenant à d'autres Eglises ; on n'essaie jamais, non plus, de donner à l'instruction un caractère confessionnel (excepté, bien entendu, dai:s la section théologique, s'il y en a une) ; on est même plutôt disposé à répudier expressément l'instruction ayant ce caractère. Quoiqu'il arrive ordinairement que les étudiants appartenant à l'Eglise, sous l'influence de laquelle se trouve le Collège, soient plus nombreux que ceux appartenant à toute autre Eglise, les étudiants appartenant à d'autres communions sont en grand nombre; il n'est même fait aucun effort dans un but de prosélytisme. Par exemple Harvard conserve une certaine teinte d'Unitarianisme et elle compte un ou deux Unitariens parmi ses professeurs dans sa P^aculté de Théologie ;Yale a toujours été congrégationaliste et elle a,en vertu de sa Charte, dix clergymen congrégationalistes parmi ses administrateurs; de plus, elle a toujours comme président un chrrji/man congrégationaliste, de même que Broirn IJniversity a un clergyman baptisle (1). Princeton est encore plus spécialement presbytérien et les Episcopaliens ont divers Collèges confessionnels dans lesquels l'évêque local
(1) L'Université Brown, autrefois appelée Rliode-Island Collège (fondée en 1764) est susceptible d'avoir, en vertu de sa réf^lementation, quatre confessions, les Baptistes, les Congrégationalistes, les Episcopaliens et les Quakers, représentées dans ses deux corps gouvernants, les trustées (administrateurs) et les fellows (agrégés), les Baptistes ayant la majorité.
Mi LES UNIVERSITÉS
est un des administraleiirs. Mais il n'y a, dans aucune de ces Universités, rien qui se rapproche d'un serment imposé aux professeurs; toutes sont fréquentées éiialeuienl par des étudiants appartenant à n'importe quelle Eglise on même n'appartenant à aucune.
Dans toutes les plus anciennes Universités, et dans la grande majorité des plus nouvelles, il y a une chapelle dans laquelle les offices religieux sont régulièrement célébrés,, de courtes prières les jours de semaine et parfois même un office entier le dimanche. Dans la plupart des institutions, chaque étudiant, à moins qu'il n'ait des raisons de conscience à faire valoir, est appelé à y assister. L'office ne contient que rarement, ou même jamais, des choses ayant un caractère confessionnel, et quelquefois des dispositions sont prises pour que ces offices soient célébrés tour à tour, par des prêtres appartenant à des sectes diflerentes. Même parmi les Universités d'Etats qui se donnent comme neutres, il en est certaines, comme l'Université de Michigan, qui ont des prières quotidiennes. Il y a, bien entendu, des personnes qui pensent qu'un établissement d'éducation non confessionnel ne saurait -être un établissement d'éducation vraiment chrétien ; et Cornell Universily eut, à ses débuts, à se défendre contre certaines attaques dans ce sens (1), Mais l'opinion qui domine, c'est qu'une Université devrait avoir un caractère religieux général sans avoir un caractère confessionnel {'lu Une expé-
(1) A Cornell Univeisity, il existe un prône dominical auquel sont afTectés 30 000 dollars, qui servent à récompenser les services des ministres distingués appartenant à difTérentes confessions ; ces ministres prêchent successivement pendant 21 dimanches de l'année académique. Le fondateur était un Episcopalien dont l'idée première était d'avoir une chapellenie réservée aux ministres de sa confession, mais les trustées refusèrent d'accepter cette dotation sous de pareilles conditions. Les seuls étudiants qui s'absentent sont les Catholiques romains.
;2| Celte idée est exprimée en termes exprès dans les réglomentalicns relatives à la récente crande fondation de M. Leland
rience intéressante, en ce qui touche le culte religieux non confessionnel, a été pendant uncertain temps tentée à Harvard, L'assistance aux offices de la chapelle du Collège, tout d'abord obligatoire, est maintenant volontaire, et les courts offices quotidiens du matin avec prières improvisées sont célébrés par ces chapelains, ministres de diverses dénominations, officiant à tour de rôle chacun pendant quelques semaines. Feu le docteur Phillips Brooks fut un de ceux-là, et ses courtes allocutions firent une Vive impression sur les étudiants. Habituellement, un tiers du nombre total des sous-gradués y assistent.
Dispositions relatives à r éducation universitaire pour les femmes. — Les efforts qui ont été faits et les expériences qui ont été tentées en cette matière pourraient fournir la matière d'un traité. Tout ce que je peux mentionner ici, c'est que ces efforts ont surtout été dirigés dans deux sens différents. L'un consiste dans l'admission des femmes à partager l'instruction des hommes dans les mêmes établissements d'enseignement supérieur. Cela s'est pratiqué pendant quelques années dans quelques Collèges confes-
Stanford eu Californie. JI y est dit que c'est le devoir des trustées de « prohiber rinstructiou confessionnelle, mais de faire enseigner dans l'Université l'immortalité de l'âme, l'existence d'un Créateur souverainement sage et tout-puissant, et que l'obéissaucs à sa loi est le plus haut devoir de l'iiomme ». Les fondateurs déclarent en outre : « Bien que notre désir soit qu'il n'y ait pas d'instruction confessionnelle, il est loin de notre pensée d'exclure le service divin Nous avons ordonné qu'un bâtiment convenable sera élevé, dans lequel les professeurs des diverses dénominations religieuses seront de temps à autre invités à prononcer des discours n'ayant aucun caractère confessionnel. » D'un autre côté, la fondation encore plus récente de M. Rockefeller à Ghicigo prescrit que « tout le temps les deux tiers des trustes et ainsi que le Président de l'Université et de son dit collège seront membres des églises Baptistes régulières, et, en ce qui regarde cette disposition, la charte ne pourra jamais subir de modifications. » Tous les professeurs, cependant, doivent être exemptés de prêter le serment religieux.
sionnels de l'Ouest, tels que Oberlin et Autloche, dans rOliio. Les deux sexes ont reru renseignement dans les mêmes classes, se rencontrant aux heures de récréation, mais habitant des appartements séparés. Tous ceux qui m'ont donné ces renseii:nements préconisaient ce système, déclarant que son influencesur les mœurs et sur le caractère des étudiants étaient excellents. Les Universités d'Etat fondées récemment dans l'Ouest sont, de droit, ouvertes aux femmes aussi bien qu'aux hommes. Le nombre des femmes qui les fréquentent est toujours inférieur à celui des hommes ; cependant, dans quelques institutions, ce nombre est considérable, par exemple, à l'Université de Michigan, à Ann Arbor, il y avait, en 1880-90, :U)!I femmes et 1789 hommes, tandis que Oberlin avait 001 fem.mes et 8 H hommes. Les étudiants vivent où bon leur semble, ils reçoivent l'enseignement dans les mêmes classes ; ordinairement, cependant, ils occupent dans la salle de classe des côtés séparés. Les preuves que l'on m'a données de l'excellence de ce système dans les Universités de Californie et du Michigan, aussi bien qu'à Cornell University, étaient favorables ; sauf cependant que, parfois, les jeunes gens se plaignent de la compétition des étudiantes qu'ils appellent des i machines à étudier », faisant remarquer qu'elles sont plus appliquées à l'étude et moins portées aux sports et aux flâneries.
Dans les Etats de l'Est, la tendance a été d'établir des Universités ou des Collèges exclusivement pour femmes, et je connais des cas où des institutions qui admettaient les deux sexes finirent par avoir des sections ou collèges séparés pour femmes. Il y a, même dans l'Est, des personnes qui préféreraient le système de la co-éducation, mais l'opinion générale est que la stricte étiquette et ce que l'on appelle « une civilisation plus complexe » des anciens Etats rendent ce système non désirable (!). Le nombre
(1) Comme l'écrivait, il y a quelques années, feu M. Georiie
total des collèges spéciaux pour femmes nous est donné par l'Education Report pour i880-00, comme étant de 179, avec 577 professeurs mâles et 16i8 professeurs du sexe féminin, et 24.851 étudiants dont 11.811 dans la « seclion de collège » [coUegiate department). La plupart de ces Collèges, cependant, peuvent très bien être donnés comme des écoles supérieures. Le nombre des grades conférés a été de 978. Parmi ces collèges, les plus connus, et probablement les plus complets et les plus capables (1), sont ceux de Vassar, à Poughkeepsie, New- York ; AYellesiey et Smith dans le Massachusetts ; Bryn Mawr en Pennsylvanie. J'ai visité les deux premiers, et j'ai été vivement impressionné par le sérieux et le zèle qui animait, à la lois, professeurs et étudiants, aussi bien que par le niveau élevé de l'enseignement que l'on y donne. Heureusement, ces établissements ont échappé à la tentation à laquelle, en Angleterre, quelques institutions similaires semblent avoir cédé, c'est-à-dire à la tentation de faire tout converger autour des examens en vue des grades. Harvard a établi, dans ce que l'on appela son Annexe, aujourd'hui plus particulièrement connu sous le nom de Collège Radcliffe, une section séparée pour les femmes, section dans laquelle les professeurs de l'Université font des cours. Je n"ai aucune donnée sûre pour comparer la qualité de l'instruction donnée aux femmes, en Amérique, avec celle donnée par les Collèges pour femmes et, en particulier^ par Girton et Newnham, en Angleterre^ mais on ne saurait mettre en
William Curtis : « Il est maintenant admis que Juliette pourra étudier ; mais devra-t-elle étudier eu compagnie de Roméo ? — C'est là une question qui embarrasse Boston elle-même. »
(\) En 1889-90, Wellesley avait 600 étudiants, avec 79 professeurs (72 femmes et 7 hommes], et 171» 000 dollars de capitaux. Smith Collège a 541 étudiants, 32 instructeurs (18 femmes et 14 hommes) et 422 739 dollars de capitaux. Vassar a 32o étudiants, 'S'6 instructeurs (27 femmes et 8 hommes) et 374 332 dollars de capitaux.
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doule que rempressement à prendre des dispositions en vue de l'inslruclion des femmes a élé plus vif en Amérique, et qu'un plus grand nombre de femmes profilent de ce qui a été fait.
Obse mil ions ijénéralcs. — Le lecteur européen doit déjà avoir compris par ce qui précède combien il est difficile de faire de l'œuvre sociale et éducationnelle du liaut enseitinement dans les Etats-Unis, une appréciation générale, comme celle que l'on pourrait faire des Universités d'Allemagne, d'Angleterre ou d'Ecosse. En Amérique, les Universités ne sont pas, comme elles sont dans ces pays, une classe bien distincte d'institutions. Non seulement la distance entre les meilleures et les pires est plus grande que celle qui sépare, en Allemagne, Leipsig de . ostock, ou, en Angleterre, Cambridge de Durham, mais les gradations qui vont de la meilleure à la pire sont si imperceptibles qu'il est impossible d'établir une ligne de démarcation et de dire qu'à tel point finit la véritable Université et commence l'école (i). Comme nous l'avons déjà fait observer, un grand nombre olïre l'image et l'organisation — la charpente, pour ainsi dire — d'une Université avec le véritable fonctionnement d'une école plutôt mal organisée.
En outre, les Universités et les Collèges américains sont dans un état de transition. Il est vrai que tout, en Amérique, est en voie de changement, sans en excepter la Constitution si rigide en apparence. Mais les changements qui s'accomplissent dans les Universités ne peuvent être comparés qu'à ceux qui s'accomplissent dans les villes de
{{) Même en Europe, il est curieux de remarquer combien chaque pays est porté à considérer les Universités des autres pays comme des écoles plutôt que comme des Universités. Les Allemands appellent Oxford et Cambridge des écoles parce qu'elles ont jusqu'ici donné un enseignement relativement peu professionnel et spécialisé. Les Anglais appellent les Universités écossaises des écoles parce qu'un grand nombre d'étudiants y entrent a quinze ans.
rOnest. Le nombre des petits Collèges, spécialement dans le Mississipi et dans les Etats du Pacifique, augmente sans cesse. Le caractère des Universités de l'Est se modifie constamment. Les premiers se multiplient, parce que, sous le système fédéral, chaque Etat aime à avoir ses propres Universités en nombre suffisant et ses habitants indépendants à l'égard des autres Etats, même au point de vue de l'éducation ; en même temps que l'abondance de la richesse, le désir des riches de perpétuer leur souvenir et de faire du bien à leur communauté, et la rivalité des églises, conduisent à l'établissement de nouveaux Collèges là où le be-oin ne s'en fait pas sentir, et où l'argent serait mieux employé à améliorer ceux qui existent déjà. L'individualisme et le laissez-faire ont, en cette matière, au moins, le champ libre, c?rune législature d'Etat est toujours disposée à octroyer une charte à de nouveaux corps ayant pouvoir de conférer des grades (i). Pendant ce temps, les grandes institutions des Etats de l'Atlantique continuent à s'étendre et à se développer, non plus simplement en raison de la richesse qui leur vient de la libéralité des bienfaiteurs, mais parce que, étant en contact étroit avec l'Europe, elles veulent élever leur enseignement au niveau de l'enseignement européen et suivre le progrès de la science, et aussi parce qu'elles sont remplies de cet amour de l'expérience et de cet esprit d'entreprise qui sont beaucoup plus forts en Amérique que partout ailleurs.
Ce qui n'est pas le moins intéressant phénomène de notre temps, c'est la lutte qui se poursuit, dans les Etats du Centre et de l'Ouest, entre les grandes Universités d'Etat et les petits Collèges confessionnels. Ces derniers, qui étaient
(1) Tout récemment, la législatui^e de New-York accorda une cliarle à l'assemblée Ghautauqua, une des institutions les plus intéressantes de l'Amérique, tenant le milieu entre une Université et un camp meeting, et représentant à la l'ois cet esprit religieux et cet amour de la science qui caractérisent ce qn ii y a de meilleur dans les masses indigènes américaines.
habitués à avoir leur domaine propre, craignent maintenant d'être éclipsés par le développement des Universités, et ils redoublent leurs efforts non seulement pour augmenter leurs propres ressources et le nombre de leurs étudiants mais — au moins dans quelques Etats — pour empêcher les Universités d'Etats d'obtenir de plus grandes subventions du Trésor de l'Etat. Ils allèguent que le caractère non confessionnel des établissements d'Etat, aussi bien que la liberté laissée à leurs étudiants, les rendent moins capables de donner un enseignement moral et religieux. Mais comme les gradués des Universités d'Etat deviennent nombreux dans les législatures et généralement influents, et comme on voit de plus en plus clairement que les petits Collèges ne peuvent pas, à cause du manque de fonds, pourvoir aux diverses exigences — bibliothèques, muséums, laboratoires, etc, — dont les Universités ont besoin, la balance semble devoir pencher en faveur des Universités d'Etat. Il est probable que, tandis que celles-ci s'élèveront au niveau de leurs sœurs de l'Est, un grand nombre de Collèges confessionnels descendront au rang à d'établissements d'enseignement préparatoire.
Une qualité qu'on a souvent reconnue aux Universités d'Ecosse peut aussi être reconnue aux Universités américaines. Tandis que les Universités allemandes ont été populaires, mais non libres, tandis que les Universités anglaises ont été libres mais non populaires, les Universités américaines sont, à la fois populaires et libres (1). Quoique quelques-unes aient été administrées sur une base trop étroite, le nombre en a été si arand que la communauté n'en a pas souffert. Elles ont été établies si facilement, m elles ont si pleinement reflété les habitudes et les conditions du peuple, qu'elles ont été accessibles à toutes les
(I) Libres par leur autonomie en matière d'éducation, car, jusqu'en 1871. elles furent strictement soumises aux restrictions théologiques fl
couches de la population. Elles cftrent tous les mérites et tous les défauts d'uu développement absolument indépendant du gouvernement, et ne dépendent même que peu de la loi qui restreint les dotations au but indiqué par un fondateur (1), parce que de nouvelles fondations ont constamment pris naissance et que de nouvelles dotations se sont ajoutées aux fondations existantes. Aussi, tandis qu'un observateur européen est frappé de leurs inégalités et de ce que la plupart d'entre elles ont d'informe, il est aussi frappé de la vie, de l'ardeur et du sens de progrès qui les pénètre. Dans l'Amérique elle-même, les réformateurs de l'enseignement sont portés à déplorer l'absence de contrôle. Ils se plaignent de la multiplication des corps conférant les grades et de l'avilissement des grades qui en est la suite. Ils se plaignent encore que dans l'Ohio, par exemple, les fonds scolaires et la capacité enseignante s'éparpillent sur plus de trente Collèges, lorsqu'en se groupant ils auraient pu produire une Université de premier ordre. Une forte institution, dans un Etat, fait plus, disent-ils, pour élever le niveau de l'enseignement et de l'instruction et pour civiliser le pays qu'elle dessert, que ne feraient vingt institutions sans force.
L'observateur européen, tout en convenant de cela, se rend parfaitement compte que ses amis américains n'apprécient pas exactement les services que rendent ces petits Collèges dans les districts ruraux du pays. Ces Collèges reçoivent une multitude d'étudiants pauvres qui ne pourraient jamais se rendre dans un établissement d'enseignement éloigné. Ils
(i) La loi de la plupart des Etats américains n'a pas encore reconnu la nécessité de prendre des dispositions permettant de supprimer les conditions imposées par les fondateurs lorsque les circonstances ont changé et que leurs réglementations n e s'adaptent plus à l'état de choses existant. Les dotations, si elles continuent à augmenter, deviendront bientôt un avantage douteux à moins qu'on ne prenne des mesures énergiques à ce sujet.
tlislribuent leur cnseii;nemenl sous une (orme visible, commune même, et iiumble, mais rehaussée dans son humilité même aux yeux d'un peuple rustique chez lequel l'amour de la science, naturellement Tort, ne parviendrait jamais à sortir du bouton et à s'épanouir sans les soins attentifs d'un jardinier zélé. Ils fournissent l'occasion de s'ouvrir une voie intellectuelle à bien des natures sérieuses et bien douées qui, sans cela, se seraient bornées à suivre une carrière d'artisan ou de boutiquier et peut-être y auraient échoué. Ils allument, dans bien des villes de la campagne, une lumière qui tout d'abord n'est guère qu'une modeste veilleuse, mais qui, lors(iue la ville devient une grande cité, ou lorsque les subventions ai'tluent, ou lorsque quelque professeur capable est investi d'une charge, devient une lam.peà la flamme toujours grandissante, capable d'étendre ses rayons sur toute l'étendue de l'Etat. Dans quelques-uns de ces petits Collèges de l'Ouest on trouve aujourd'hui des hommes de grande capacité et de grand talent, des étudiants qui reçoivent une instruction aussi complète, quoique pas toujours aussi large, que celle que l'on peut donner dans les meilleures Universités de l'Est. Je ne saurais nier que les temps sont mûrs pour une plus grande concentration, et qu'une restriction du droit de conférer des grades serait utile. .Mais quiconque se souvient de l'histoire de l'Ouest durant les cinquante dernières années et se représente l'immense allluence de talent et d'énergie se portant vers un développement purement matériel qui a caractérisé sa population, sentira que cette liberté illimitée de l'enseignement, cette multiplication des petites institutions ont tait pour le pays ce qu'un petit nombre d'Universités d'Etat, parfaitement réglementées, n'auraient pas pu faire. L'enseignement supérieur n'est pas en danger. Les grandes Universités de l'Est, aussi bien qu'une ou deux de l'Ouest, commencent déjà à rivaliser avec les anciennes Universités de l'Europe. Elles auront bientôt à leur disposition des fonds ijien plus considérables
grâce auxquels elles pourront poursuivre le même idéal que celui que se propose l'Allemagne; et elles ont déjà ce qui vaut mieux que des fonds — une ardeur et une activité parmi les professeurs égales à celles déployées en Allemagne, il y a cinquante ans, par les hommes supérieurs de la génération qui a porté les écoles allemandes à leur glorieuse prééminence.
On pourrait Croire qu'un observateur familier avec les deux Universités qui comptent parmi les plus anciennes et les plus fameuses de l'Europe, et qui sont, sans conteste, les plus belles et les plus somptueuses extérieurement, serait porté à dénigrer les institutions correspondantes des Etats-Unis, institutions dont les traditions sont relativement récentes et dans l'aspect extérieur desquelles il n'y a presque rien qui soit capable d'attirer les regards ou de frapper l'imagination. Ce n'est pas ainsi que je l'ai vu. Un anglais qui visite l'Amérique ne peut jamais sentir exactement jusqu'à quel point sa manière de voir a été affectée par le chaleureux accueil qu'on lui fait. Mais, si je peux me hasarder à dire l'impression qu'ont faite sur moi les Universités américaines, je dirai qu'en même temps que, de toutes les institutions du pays, elles sont celles dont les Américains parlent le plus modestement, et même le plus dédaigneusement, elles sont celles qui paraissent, en ce moment, faire les progrès les plus rapides et promettent le plus pour l'avenir. Elles suppléent exactement à ces choses dont les critiques européens déplorent l'absence en Amérique ; et elles fournissent à sa vie politique, aussi bien qu'à sa vie spéculative^ des éléments d'une valeur inestimable.