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plus sensibles à l'opinion extérieure que ne le sont les nations de l'Europe occidentale, et elles le sont moins que les Russes, bien qu'ils soient un peu plus disposés à parcourir l'Europe pour comparer ce qu'ils y rencontrent avec ce qu'ils ont laissé chez eux. Un critique étranger, qui essaie de les railler ou de les fustiger, ne les trouble pas longtemps; ses railleries sont accueillies par des rires ou par de l'indilTérence. A un certain point de vue, leur patriotisme est plus grand que celui des Français et des Anglais, parce qu'il est moins afTaibli par les sentiments de classe, mais il a cessé d'être agressif.
C'est pourquoi l'attitude des Américains sérieux par rapport à l'Europe n'est plus ni cet antagonisme qui s'aiïichait ouvertement, ni cette défiance latente d'autrefois. (rest l'attitude d'un peuple qui se considère comme étant, au point de vue intellectuel, l'égal de n'importe quel autre peuple, mais qui, pour le moment, a assumé une lâche spéciale qui l'empêche de se mêler au développement littéraire et artistique. Sa mission, c'est de conquérir la vaste surface d'un continent, de fournir des habitations à des millions d'immigrants étrangers, d'élaborer un système d'institutions démocratiques, harmonieuses et bien ordonnées. G'esl< afm de bien s'acquitter de cette tâche, qu'il a laissé de côté, pour le moment, certaines autres tâches qu'il reprendra quand le temps sera venu (1). En attendant, il peut, sans y rien perdre de sa dignité ou de sa confiance en soi-même, user et jouir des fruits de Tintelligence européenne qu'il importera, jusqu'à ce que luimême puisse rivaliser avec l'Europe par ses propres productions. Si je peux me servir d'une comparaison familière, les Américains ressemblent à un homme dont le
(1) Un habitant de Chicago passe pour avoir exprimé celte croyance avec une franchise caractéristique : « Chicago, dit-il, n'a pas encore le ^temps de s'instruire, mais lorsqu'elle s'y mettra, ça ronfler a. »
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voisin d'en face a l'habitude de donner des soirées musicales pendant les soirs d'été. Lorsque la soirée commence, il prend place au balcon avec sa famille, et il jouit des quarietti et des soli qui arrivent jusqu'à lui par les fenêtres ouvertes. Il ne se plaint pas de son infériorité, sachant que, lorsqu'il le voudra, il aura, lui aussi, d'excellents musiciens pour récréer ses amis, bien qu'il préfère, pour cette année^ dépenser son excédent de revenu à faire des réparations dans sa maison ou à établir son fils dans le commerce.
Il y a, bien entendu, une différence dans l'opinion qu'ils ont des œuvres européennes par rapport à leurs propres œuvres, selon que cette opinion vient de la classe la plus instruite ou de celle qui l'est le moins. Dans «.'.ette dernière classe, certains ne sentent pas exactement la valeur de l'instruction ou de la science, même au point de vue pratique, en présence du succès industriel, quoique, sous ce rapport, ils ne soient pas d'un esprit plus obtus que la masse des Anglais; ils sont par suite exposés à ne pas sentir parfaitement ce qu'ils doivent à l'Europe. D'autres, sachant qu'ils doivent admirer les oeuvres d'imagination et les recherches scientifiques, mais ayant plus de patrioti.sme que de discernement, portent aux nues des œuvres de troisième ordre, parce que ce sont des œuvres américaines, et ils essaient de se persuader que l'Amérique donne à l'Europe autant qu'elle en reçoit. Le goût de la littérature est tellement plus répandu que le goût en littérature, qu'il est facile d'arriver à une certaine notoriété. Il y a quelques douzaines de poètes et quelques vingtaines de poétesses très admirés dans leur propre Etat, certains même le sont en dehors des frontières de l'Etat, et,tous, ils n'ont d'autre mérite que celui d'écrire des vers que Ton peut appeler des vers épluchés et qui ne sauraient faire monter le rouge aux joues les plus pudibondes. La critique est bénigne, ou plutôt elle n'existe pas, car les quelques journaux qui contiennent quelques bons articles de critique n^ sont
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guère lus que dans quatre ou cinq Etats septentrionaux de l'Allanlique et dans quelques villes de l'intérieur. Une critique active et véritablement consciencieuse, une critique qui jugerait les œuvres littéraires d'après des règles solidement établies, sans s'inquiéter si ces œuvres ont vu le jour en Amérique ou en Europe, si l'auteur est un homme ou une femme, si cet auteur est de l'Est ou de l'Ouest, est l'une des choses qui manquent le plus à l'Amérique. Parmi les hommes ayant une instruction supérieure, cette extravagante appréciation du talent national provoque un dégoût ([ui se manifeste parfois par du sarcasme et quelquefois par du découragement. Bien des gens considèrent leur littérature indigène comme triviale, et ils s'occupent de livres européens, tenant leurs regards fixés sur les presses d'Angleterre, de France et d'Allemagne avec plus d'attention peut-être qu'on ne le fait en Angleterre. Cependant, même ces gens instruits, je pense, gardent au fond de leur cœur l'espérance que lorsque l'Ouest aura été entièrement colonisé et les chemins de fer construits, lorsque les possibilités de s'enrichir subitement auront diminué, lorsque l'instruction se sera répandue parmi les classes dont l'éducation est encore superficielle et que leur amour des arts passera de l'ameublement h la peinture t*. :'i '.a statuaire, la littérature américaine s'épanouira tout d un c::un avec un éclat et une richesse qui lui permettront de rivaliseï avec la littérature de l'Ancien Monde.
Donc, si le tableau que nous venons de faire est fidèle, aucun parallèle historique ne saurait exprimer le rapport qui existe entre l'Europe et les Etats-Unis. Ils ne tiennent pas les veux fixés sur elle, et ils ne cherchent pas à la prendre pour modèle. Ils sont trop fiers aussi pour n'être qu'une province, trop fiers pour être une colonie. Certainement, ils tirent de l'Europe plus d'idées qu'ils ne lui en envoient, eu même temps qu'en matière d'art ils n'ont produit que peu et n'ont rien exporté ; cependant, ce qu'ils produisent actuellement est de meilleure qualité. Néan-
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moins, on ne peiù pas dire qu'ils sont conduits ou gouvernés par l'Europe, car ils appliquent à tout ce qu'ils reroiyenL leurs propres règles et leur manière de voir.
Les rapports spéciaux qu'ils ont avec les griiiids pays d'Europe méritent d'être signale:. A la vieille époque coloniale, l'Angleterre était tout. La révolte de -1776 produisit une aversion qui eût pu cesser après 1783, si l'Angleterre avait agi avec plus de tact et plus de courtoisie, mais qui, au contraire, s'envenima par suite de son attitude méprisante. Les blessures qui commençaient à peine à se cicatriser furent rouvertes par la guerre de 1812; les hostilités continuèrent pendant toute la durée de la génération qui était adulte au moment de la guerre, Tocqueville, en i8oo, dit qu'il ne sauraitimaginer une haine plus envenimée que celle qui existe entre les xVméricains et les Anglais. La génération qui se souvenait de i8i2 était en train de disparaître lorsque la sympathie que les Anglais des classes supérieures témoignèrent à la Confédération du Sud, en 1861-05, ralluma les flammes presque éteintes. Ces flammes ont pourtant été éteintes par le règlement de l'affaire de l'Alabama, règlement qui non seulement donna aux Etats-Unis l'impression d'une concession à eux faite, mais qui apparut aussi comme une preuve de la magnanimité d'un pays plein de fierté. Il existe encore une certaine rivalité entre les Etats-Unis et l'Angleterre, et aussi un certain soupçon que les Anglais veuillent se poser en protecteurs, alors même que ces derniers sont tout à fait éloignés de semblables intentions. De temps à autre, un Anglais qui, se sentant presque chez lui en Amérique, y parle avec la même liberté que chez lui, s'aperçoit que ses paroles sont mal interprétées. Mais ces légers restes de jalousie ne sont rien si on les compare avec la sympathie toujours croissante qu'inspire « le vieux pays », comme l'Angleterre est encore appelée. L'Angleterre est le seul pays d'Europe qui fasse naître chez les Américains le sentiment de quelque intérêt personnel, ou avec lequel ils se sentent
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disposés à contracter alliance. Pendant un tennps cependant, le sentiment de gratitude que l'on témoii;nait à la France pour l'aide qu'elle avait prêtée à l'Amérique dans la {guerre de l'Indépendance était très fort. Ce sentiment contribua à mettre en vogue la littérature française ainsi que certains usages français, et il accrut l'inlluence politique (juc la France exerça durant les premières années desa I^évolution, Cependant, cette influence ne sortit pas de la sphère des affaires politiques ; on ne la sent que très peu dans la littérature du demi-siècle qui s'étend de 17(S0 à 1(S."jO.
Durant le règne de Louis Napoléon, de riches Américains allèrent en grand nombre habiter Paris et, là, vivant ensemble pendant plusieurs années dans l'atmosphère de iuxe et d'amusement qui convenait à leur tempérament, ils furent imbus des goûts et d'idées peu démocratiques, qui ensuite passèrent l'Océan avec eux et marquèrent de leur empreinte certaines portions de la société américaine, notamment à New-York. Bien qu'il y ait encore une colonie américaine à Paris, l'influence parisienne ne semble pas traverser l'Atlantique. Les livres français, à l'exception des romans, et encore ceux-ci dans des traductions, n'ont pas ' eaucoup de lecteurs. On ne s'intéresse que très peu à la politique française; en fait, la France n'est pas le moins du monde un facteur de la vie moraio eu d^ la vie intellectuelle du pays. Cependant, en matière d'art, surtout en matière de peinture et d'ornement, elle exerce encore une grande influence. Un grand nombre d'artisfe? américain.? ^ont étudier à Paris, et on peut dire même que s'y rendent tous ceux qui ne vont pas Rome ou à Florence ; les tableaux français jouissent d'une telle faveur auprès des marchands américains et des amateurs, que les peintres Américains se plaignent, non sans raison, de ce que, à valeur égale, le travail fait en Amérique ne reçoit aucun encouragement (1) ; et la décoration des habitations, art dans
(1) Il y eut, jusqu'en 189i, un droit de douane très élevé sur
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lequel les Américains paraissent surpasser les Anglais, surtout quand il s'agit d'employer le bois, est grandement affectée par les dessins venus de France et par les méthodes françaises.
On aurait pu croire que l'énorme immigration allemande de ces trente cinq dernières années finirait par germaniser l'esprit américain et par lui donner, d'un côté, le goût de la métaphysique et, d'un autre côté, celui des recherches scientifiques, minutieuses et patientes. Il ne semble pas cependant qu'aucun de ces résultat se soit produit, ou même que cette immigration ait eu quelques conséquence dans le domaine de la pensée. Elle a énormément stimulé l'industrie de la fabrication de la bière ;elle a retardé la marche du Prohibitionnisme ; on a plus vécu qu'on ne le faisait auparavant de la vie du dehors ; elle a accru le goût pour la musique ; elle a triomphé de la sévère observation du Dimanche et, dans quelques villes, elle a même produit ce que l'on appelle communément « le Dimanche Continental » {Continental Sunday). Mais la grande majorité des immigrants allemands ont appartenu aux plus humbles classeset ils n'ont été que faiblement influencés par leur propre littérature. Ils n'ont compté parmi eux que très peu de savants ou même d'hommes susceptibles de le devenir, et ces savants eux mêmes n'ont joué aucun rôle important dans les Universités ou dans la littérature (1).
Néanmoins^ dans ces dernières années, l'influence de
les œuvres d'art étrangères, mais cela n'avançait 'pas beaucoup les artistes américains, car les personnes qui achètent des tableaux peuvent ordinairement les acheter malgré le droit, tandis que, d'un autre côté, cela empêche l'artiste de se procurer les œuvres qu'il a besoin d'avoir autour de lui pour se perfectionner dans son art.
(1) M. A. D. White, dans un intéressant article sur l'inlluence des idées allemandes aux Etats-Unis, ne cite que Lieber et M. Cari Schurz. Dans la vie publique deux ou trois Allemands ont atteint une haute distinction.
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l'Allem;ip;ne a puissamment stimulé les classes cultivées, car non seulement les traités allemands trouvent de nombreux lecteurs^ mais la plupart des gradués universitaires supérieurement doués vont passer une année ou deux en Allemagne pour y compléter leurs études, et ils en reviennent imbus des idées et des méthodes allemandes. Les universités anglaises ont^ en négligeant de développer rinslruclion supérieure dans des branches spéciales de la science, perdu une bonne occasion de s'attirer et d'influencer cette jeunesse académique américaine qui tient entre ses mains l'avenir de la science et de l'instruction américaines. Cet élément germain, qui se mêle à l'œuvre américaine, n'a pas tendu cependant à la propagation des écoles de métaphysique, la métaphysique elle-même étant actuellement sur son déclin en Allemagne. Cela apparaît surtout dans quelques branches de la théologie, et cela est visible aussi dans les études historiques et philologiques, en économie politique et dans les sciences naturelles.
L'influence de l'Angleterre sur les genres les plus populaires de littérature, de même que sur les mœurs, sur les usages sociaux et, d'une manière générale, sur le sentiment populaire, est, naturellement, plus voisine et plus puissante que l'influence de n'importe quel autre pays d'Europe, étant donné que les livres anglais pénètrent dans toutes les classes de la société et qu'ils exercent leur influence sur ceux qui sont déjà foncièrement anglais par leurs idées et par leurs mœurs. Les Américains de la classe cultivée, et en particulier les femmes, sont plus sensibles aux mouvements et aux changements de la littérature la moins sérieuse de l'Angleterre et plus curieux de connaître ceux qui en sont les représentants, surtout les poètes naissants et les essayistes, que ne le sont, en Angleterre, les hommes et les femmes des classes équivalentes. J'ai été bien des fois surpris de voir que des hommes et des livres dont personne n'a parlé à Londres étaient parfaitement connus dans les Etats de l'Atlantique, et que leur valeur y
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était discutée avec plus de goût et, vraisemblablement, plus de finesse qu'on n'en trouverait dans un salon de Londres. Les jugements des meilleurs cercles n'étaient pas toujours les mêmes que ceux des cercles semblables en Angleterre, mais ils n'étaient en aucune façon influencés par le sentiment national et souvent ils paraissaient s'inspirer d'une connaissance plus délicate et plus sympathique. Il est parfois arrivé que des livres anglais qui n'avaient eu que peu de succès en Angleterre ont été bien accueillis des Américains, tandis que, d'un autre côté, des livres américains qui ont obtenu le plus grand succès auprès des critiques anglais n'ont eu aucun succès en Amérique.
Les modes anglaises, en passant dans les coutumes sociales et dans les amusements, se répandent parfois en Amérique — peut-être plus fréquemment que les modes américaines analogues ne se répandent en Angleterre — mais parfois aussi elles y sont tournées en ridicule. L'anglomane fournit matière à de joyeuses satires. Quant à ces vastes mouvements d'opinion ou de goiit ou de philanthropie pratique dans lesquels on peut souvent discerner une sorte de parallélisme ou de relation entre les deux pays, on doit reconnaître que ce parrallélisme est plus souvent dû à l'action simultanée des mêmes causes qu'à quelque influence directe de l'ancien pays. En théologie, par exemple, le même relâchement des rigueurs de l'orthodoxie a pénétré également dans les églises des deux nations. Dans l'Eglise épiscopale protestante il y a eu une tendance analogue, quoique moins prononcée, au développement d'un élégant rituel. Le mouvement en vue de soulager le paupérisme des villes au moyen d'organisations volontaires a commencé plus tard que les sociétés de « Charitij organisation » d'Angleterre, mais i! est probable que ce mouvement aurait commencé même sans cet exemple. Le mouvement en vue de l'extension de l'L'niversité, et les « colonies d'Université, » dans les parties les plus pauvres des arandes villes, nous en oftrent d'autres exemples. La ten-
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ilance demi-socialiste à laquelle j'ai fait allusion comme étant actuellement apparente chez le jeune clergé et cbe/ les jeunes maîtres de quelques Universités, quoique étant semblable à celle que l'on peut apercevoir en Angleterre, ne parait pas devoir être attribuée à des influences anglaises directes. De même aussi, le rapide développement du goût pour lout ce qui est beau dans l'ornementation des maisons et dans l'architecture des rues est un produit du temps j)lutôt que le résultat de l'influence de l'Ancien Monde, quoiqu'il soit dû jusqu'à un certain point aux livres de M. Uuskin, qui ont eu encore plus de lecteurs en Amérique qu'en Angleterre (1).
En matière politique, la sympathie des deux pays est naturellement moins étroite que dans les matières que nous venons d'indiquer, parce que la difîérence entre les institutions et les conditions du pays introduit une certaine diversité dans les problèmes qui doivent recevoir une solution pratique. Les changements politiques de l'Angleterre affectent moins l'opinion américaine que de semblables changements survenus en France n'affectent l'opinion anglaise, quoique les Américains connaissent mieux, étudient avec plus de soin et jugent avec plus de solidité les affaires anglaises que les Français ne jugent les affaires anglaises, ou les Anglais les affaires ffancaises. La cessation de toute aigreur entre la Grande-Bretagne et l'Irlande influerait sur la politique américaine, mais tout événement politique moins grave que, par exemple, la formation d'un puissant parti socialiste, n'influerait que peu sur l'opinion américaine ;
(1) L'Amérique a produit, dans ces dernières années, au moins un architecte distingué, aujourd'tiui malheureusement disparu; et l'art semble faire de rapides progrès. Les artistes et les critiques européens, qui virent les édifices élevés pour l'exposition de Chicago de 1893, furent fortement impressionnés par l'imagination et le goût qui s'y révélaient ; et un voyageur ne peut pas manquer d'être frappé de la beauté et de la variété du dessin des villas qui avoisinent les plus riches cités.
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tout comme aucun événement arrivant au delà de l'Atlantique, à l'exception du soulèvement et de la chute de la Confédération du Sud, n'a influencé la marche de l'opinion politique anglaise. Cependant, les hommes sensés de l'Ouest suivent avec attention les expériences anglaises pour se diriger et voir clair dans leurs propres troubles. Un Américain distingué qui, il y a quelques années, vint à Londres pour étudier la politique anglaise, me disait qu'il l'avait fait dans l'espoir d'y découvrir des institutions conservatrices susceptibles d'être proposées en exemple aux Etats-Unis et de leur servir d'enseignement. Cependant, au bout de quinze jours, il conclut que l'Angleterre se trouvait en état de révolution étouffée et il s'en retourna plein de tristesse.
Si l'on examine toute la matière, on s'aperçoit que, si pour la plupart des travaux intellectuels l'Amérique occupe surtout la place de consommateur, l'Europe, et en particulier l'Angleterre, celle de producteur, puisque l'Amérique est plus influencée par les livres anglais et allemands, ou par l'art français, que ces pays ne sont influencés par elle, cependant , ce n'est pas chez eux qu'elle emprunte son initiative, et elle n'est nullement leur disciple. A'plusieurs point de vue, elle est indépendante, et, en toute chose, elle est pleinement persuadée de son indépendance.
Devons-nous donc voir se développer avec le temps une nouvelle littérature américaine^, portant l'empreinte de l'esprit américain ? L'Amérique se qualifie elle-même de pays nouveau ; donnera-t-elle au monde une philosophie nouvelle, de nouvelles opinions religieuses, un nouveau type d'existence dans lequel une vie simple et une manière de penser élevée puissent se mélanger plus heureusement qu'ils ne le sont actuellement dans l'Ancien Monde, une vie dans laquelle la franche reconnaissance de l'égalité donnera aux idées une tYaicheur et aux mœurs un charme plein de simplicité auxquels les sociétés aristocratiques de l'Europe ne sont pas encore parvenues ?