L EUROPE ET LES ETATS-UNIS
En ce ([ui regarde la vie elles mœurs^ l'Amérique est actuellement plus près de celte heureuse association (jue n'importe quelle société de l'Ancien Monde. Par rapport au\ idées, j'ai remarqué parmi les Amérir?.ir,;- !p;. [ ii.s cultivés imcertiun cosmopolitisme d'opinion et un détachement des préjugés nationaux et locaux, plus prononcés que ceux que l'on retrouve dans les mêmes classes de la société en France, en Angleterre ou en Allemagne. Dans les idées elles-mêmes, il n'y a presque rien que l'on puisse qualifier de nouveau ou de nettement américain, bien qu'il y ait un je ne sais quoi de complet, dans l'adoption ou dans l'exécution de certaines conceptions politiques et sociales, que l'on ne retrouve pas aussi fréquemment en Angleterre. En ce qui concerne la littérature, rien, jusqu'à présent, n'indique l'avènement d'un nouveau type. L'influence que les grandes nations exercent les unes sur les autres devient de plus en plus puissante et rend les types nationaux de moins en moins distincts. La science, qui, elle, n'a pas de nationalité, exerce un pouvoir de plus en plus grand sur les esprits des hommes, et ce pouvoir, elle l'exerce d'une manière simultanée et analogue dans tous les pays civilisés. En matière de pensée, au moins, sinon d'expression littéraire, les diverses nations marchent côte à côte et tendent à ne tormer qu'une communauté homogène.
Un voyageur étranger se demande si, en ce qui concerne les choses de l'esprit, les Etats-Unis constituent un « pays nouveau ». Le peuple a le long espoir de la jeunesse. Mais ses institutions sont vieilles, bien qu'elles aient été refondues et rajeunies; sa religion est vieille ; ses opinions sur la morale et sur la conduite à observer sont vieilles ; ses sentiments en matière d'art et de goût ne s'écartent que peu de ceux de la souche primitive. Est-ce donc, uniquement, que le fait d'habiter un nouveau territoire, et aussi le lait que les conditions de la vie qu'on y mène ont servi à élever certaines qualités à leur plus haute puissance, et en ont laissé d'autres dans un repos relatif, sont-ce unique-
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ment ces faits, dis-je, qui ont suffi à transformer l'esprit national jusqu'à rendre les produits de leur puissance créatrice essentiellement différents de ceux de la même race demeurée dans son ancien pays ? Un arbre transplanté peut porter des Iruits d'une saveur un peu différente, mais la pomme reste toujours une pomme et la poire toujours une poire.
Cependant, le développement des Etats-Unis est encore trop peu avancé pour tirer des conclusions en cette grave matière, peut-être même est-il presque prématuré de discuter sur ce point. Des causes sont actuellement à l'œuvre, qui peuvent plus tard créer un nouveau type de vie intellectuelle ; mais que ce moment vienne ou ne vienne pas, il est à peu près certain que^ lorsque le peuple américain se reposera un peu de ses travaux actuels^ lorsqu'il s'occupera moins à faire et davantage à être, il surgira dans son sein une littérature et une science, peut-être aussi un art^ qui influeront sur l'Europe avec une nouvelle force. Cette force aura en effet derrière elle le poids de plusieurs centaines de millions d'hommes.