CHAPITRE LXVIII
Il ne faudrait pas supposer que les cités gouvernées par des Rings se soumettent docilement à leurs tyrans. Soit par bon naturel, soit parce qu'ils s'occupent très activement de leurs affaires particulières, les Américains sont un peuple patient. Mais la patience a ses limites, et quand un Ring a poussé trop loin le gouvernement paternel, il peut se faire qu'une insurrection éclate. Les Rings ont ordinairement assez de bon sens pour pressentir l'orage et pour le détourner en présentant deux ou trois bons candidats et en promettant de diminuer les impôts. Quelquefois, cependant, ils restent sans peur et sans honte dans la voie qu'ils ont suivie jusque-là, et alors l'orage éclate sur eux.
Les mouvements en faveur d'une réforme et les autres soulèvements populaires prennent plusieurs formes, dont nous trouvons des exemples dans l'histoire contemporaine des grandes cités. La première forme est une attaque dirigée contre les Primaires. Elles sont la clef de la forteresse du Ring, et quand elles sont prises, on peut en tourner les batteries contre le Ring lui-même. Quand on a décidé . de livrer un assaut aux Bosses, on forme d'abord un comité, qui publie un manifeste dans lequel il invite tous les bons citoyens à assister aux Primaires de leurs quartiers respectifs, et à voter pour des délégués opposés au Ring. Les journaux reproduisent le manifeste et répèlent la même exhortation. Comme chaque Primaire se réunit
dans la soirée fixée par le comité de quartier de l'organisation régulière (de celle du Ring), quelques-uns des réformateurs s'y rendent et proposent une liste de délégués. Les membres de l'Assemblée se prononcent par un vote entre cette liste et celle du Ring. Ce moyen peut réussir dans quelques Assemblées, mais rarement dans la majorité de ces réunions ; car, comme je l'ai exposé dans un chapitre précédent, les registres renferment rarement tous les électeurs d'un parti dans chaque quartier, vu que les professionnels ont préparé ces registres au mieux de leurs intérêts. Quelquefois, un quart ou un cinquième seulement des électeurs se trouvent inscrits sur les registres, et ce ne sont naturellement que les hommes sur lesquels le Ring peut compter. C'est pourquoi, même si les bons citoyens du district obéissent à l'appel du comité réformateur et du patriotisme, et se présentent à Primaire, il peut se faire que très peu d'entre eux soient inscrits et il se peut que les partisans du Ring aient la majorité quand on passe au vote. Mais la difficulté la plus sérieuse, c'est l'apathie de la partie honnête et sage de la population qui ne vient pas en nombre suffisant. Ces gens ont à s'occuper de leurs affaires, à assister à une soirée, ou bien il neige et leurs femmes les décident à rester chez eux. Les hommes honnêtes et aisés, mais peu fortunés, forment une classe éminement casanière, qui croit avoir assez fait pour la cité et pour la nation si elle vote aux élections. Il est encore plus difficile de décider les riches à s'intéresser à une besogne évidemment désagréable. Dans une Primaire ils sont entourés de personnes étrangères qui ne leur plaisent pas. Habitués à être traités avec déférence dans leur comptoir ou dans leur fabrique, ils sont bousculés par une foule grossière ; ils ne tardent pas à s'apercevoir que^, dans ce milieu, ils sont moins connus et ont moins d'influence que leurs domestiques ou leurs ouvriers. Ils connaissent de vue peu des personnes présentes, car dans une cité on ne se connaît pas parce qu'on est voisin ; ils sont, par suite, dans une si-
tuation désavantageuse pour s'entendre avec d'autres, tandis que les politiciens de profession forment un régiment où chaque soldat connaît tous les autres simples soldats de sa compagnie et obéit à ses officiers. La meilleure, et peut-être la seule chance de s'emparer d'une Primaire, ne peut venir que de l'action d'un groupe de jeunes gens actifs qui se donnent la peine d'organiser le mouvement en allant trouver les membres du parti qui habitent le district, et en bravant les Bosses locaux à la réunion. C'est un travail rude et pénible, mais les jeunes gens en sont récompensés par le plaisir que procure la lutte ; et s'ils gagnent la victoire, ils en ont la gloire. Mais quand on s'est emparé de quelques Primaires, on n'a fait que le premier pas. Il faut recommencer la lutte à la Convention, où les professionnels ont encore l'avantage, car ils « connaissent tous les trucs », et ils ont des chances de battre même une majorité de délégués partisans des réformes. Le comité organisateur est entre leurs mains, et, en général, ils réussissent à faire élire un président qui leur est favorable. L'expérience a montré que cette manière de s'attaquer à la Machine réussit rarement ; et bien que Ton continue de prêcher le devoir d'assister aux Primaires, ce conseil a le sort de la plupart des sermons. Une fois par hasard, l'électeur honnête se réveille, mais on ne peut s'attendre à ce qu'il continue de le faire d'année en année. Il ressemble à ces soldats citoyens de l'ancienne Grèce qui ne se refusaient pas à faire une incursion dans le pays de l'ennemi pendant l'été, mais qui ne voulaient pas tenir la campagne pendant l'automne et l'hiver.
Il y a un second expédient^ que Ton peut tenter au lieu du premier, ou auquel on peut avoir recours quand le premier a échoué, c'est de faire une liste indépendante et de présenter un groupe de candidats distincts. Si l'on décide d'adopter celte méthode, on ne s'occupe pas des Primaires ; mais, à l'approche de l'élection, on forme un lil 15
comité qui publie et distribue une liste de candidats pour quelques-uns des postes vacants ou pour tous, en opposition à la liste régulière distribuée par la Convention du parti, et qui fait une campagne en leur faveur. Par ce moyen, on évite tous les ennuis des Primaires et des Conventions, mais on a beaucoup de peine au moment des élections, parce qu'il faut organiser tout un corps pour faire la campagne et se procurer les fonds nécessaires (1). D'ailleurs, la plupart des électeurs ne suivant pas la politique d'assez près pour comprendre leur devoir et leur intérêt, cèdent à leurs anciennes habitudes d'hommes de parti, et sont portés à voter pour la « liste régulière », surtout dans les élections fédérales et dans celles de l'Etat. En principe, ils en veulent à ceux qui « troublent la paix d'Israël » en divisant le parti, car ils voient que, selon toutes les probabilités, la liste indépendante ne passera pas, mais permettra aux candidats de la liste du parti contraire de se faire élire. C'est pourquoi les indépendants « traîtres à leur parti » peuvent rarement avoir l'espoir d'entraîner avec eux assez d'électeurs de leur parti pour remporter la victoire. Le résultat de leur action, c'est plutôjt de faire réussir les candidats du parti contraire, qui peuvent ne pas valoir mieux que ceux de la liste de leur propre Ring, (ù'est
{!)« Pour présenter un candidat en opposition avec celui de la Machine, il faut organiser une nouvelle Machine qui coûte de 60.000 à 100.000 dollars (300.000 à 500.000 fr.) et qui a des chances d'être vendue par ceux qui sont payés pour distribuer ses bulletins. » M. J. R. Dishop, dans un article sur « L'argent dans les élections de cité », écrit en 1887. (Maintenant que les nouvelles lois de presque tous les Etats ordonnent que tous les noms soient inscrits sur des bulletins officiels, ce danger a disparu, mais quand on veut monter une nouvelle organisation, il faut toujours beaucoup d'argent. Quelqu'un a dit que la différence entre un candidat qui est présenté régulièrement et celui qui se présente pour son propre compte, est la même que celle qui existe entre un voyageur qui prend le chemin de fer et celui qui construit un chemin de fer pour faire son voyage.
pourquoi les réformateurs hésitent à adopter ce moyen, qui a le mérite de calmer leur colère, mais qui les rend odieux, leur donne beaucoup de peine et ne produit pas de meilleurs résultats que les deux méthodes que je vais décrire.
La troisième méthode, c'est de s'abstenir de voter pour les candidats de la liste d'un parti qui ne plaisent pas. C'est un ce grattage » . On n'a pas la peine de présenter des candidats spéciaux ; mais, si les partis sont presque égaux, cette abstention fait échouer les mauvais candidats présentés par un parti, et fait entrer ceux de l'autre parti. €'est là un bon système quand on veut faire peur à un Ring, et qu'on ne peut pas décider les réformateurs timides à aller jusqu'à voter pour une liste indépendante ou pour la liste de Pautre parti. On l'emploie quand la liste du Ring n'est pas complètement mauvaise, mais renferme quelques noms d'honnêtes gens parmi ceux d'hommes corrompus ou dangereux. On gratte ces derniers et on les fait par suite échouer ; les autres, qui sont portés par tous les membres du parti, sont élus.
Cependant, si l'indignation contre un Ring dominant est assez forte pour que les citoyens ordinaires oublient leur prédilection pour leur propre parti, s'ils veulent infliger une punition méritée et certaine à ceux qui ont abusé de la patience du peuple, les réformateurs adoptent un moyen plus énergique. Us supplient leurs amis de voter pour la liste du parti contraire, pour toute la liste, ou au moins pour les meilleurs candidats qu'elle renferme, et ils lui assurent la victoire. C'est là un moyen efficace, mais désespéré, car on met au Pouvoir un Ring que l'on a combattu toute sa vie, et dont les membres sont probablement aussi corrompus que ceux du Ring qui dirige l'autre parti. On ne se propose pas, par conséquent, d'avoir immédiatement un meilleur gouvernement dans la cité, mais d'élever le niveau moral de la politique en punissant les malfaiteurs. Aussi, quand il en est encore temps, la meilleure politique
que peuvent suivre les réformateurs, c'est de faire des offres au parti opposé, et de le décider, par la promesse d'un appui sérieux, à présenter des candidats meilleurs que ceux qu'il aurait choisis s'il avait été livré à lui-même. Les groupes « d'apostats » (bolters) ont peur d'être traités de traîtres au parti et hésitent à adopter cette méthode ; et s'ils sont peu nombreux, l'opposition peut repousser leurs avances. Mais le moyen vaut la peine d'être tenté, et il a souvent été couronné de succès. Grâce à ce stratagème, les démocrates de Baltimore, qui voulaient des réformes, réussirent récemment à faire échouer leur Ring dans une élection de juges. Dans une conférence avec les républicains, ils firent une liste indépendante qui donna aux républicains (qui étaient en minorité) une part plus considérable de juges que celle qu'ils auraient pu avoir en luttant seuls, et qui substitua des démocrates honorables aux noms peu recommandables de la liste régulière des démocrates. Une entente semblable entre les réformateurs républicains de Philadelphie et les démocrates, qui sont toujours en minorité dans cette cité, amena la défaite du Ring républicain du gaz (sur lequel je reviendrai dans un autre chapitre). Cette méthode a l'avantage de coûter moins cher, parce que les apostats (bolters) se servent du mécanisme existant du parti contraire, qui organise les réunions et fait de la propagande. C'est, en somme, le plan le plus efficace, mais il faut que les chefs indépendants aient du tact et de l'énergie. D'ailleurs le parti contraire ne veut pas toujours accepter les offres qui lui sont faites. Quelquefois, il redoute les présents des Grecs. D'autres fois, il espère pouvoir triompher sans aide, et ne veut sacrifier aucun de ses candidats aux scrupules des réformateurs. Quelquefois, aussi les chefs détestent si fortement l'idée d'une réforme qu'ils aiment mieux être battus par le Ring du parti opposé que de remporter une victoire qui affaiblirait l'autorité des professionnels sur la Machine et conduirait à la purification générale de la politique.
Si le parti contraire refuse les offres des réformateurs qui « se révoltent » contre leur propre Machine, ou s'il refuse de purifier assez la liste pour leur donner satisfaction, il reste la chance de former un troisième parti avecles meilleurs citoyens des deux organisations régulières, et de lancer une troisième liste de candidats. C'est là un perfectionnement de la deuxième des quatre méthodes que j'ai énumérées ; il a plus de chance de réussir parce qu'il prend des voix aux deux partis au lieu de n'en prendre qu'à un seul. On y a eu fréquemment recours pendant ces dernières années, surtout dans les cités de second ordre, en lançant ce qu'on appelle « uue liste de citoyens » (a Citizens Ticket).
Naturellement, les apostats {bolters) qui abandonnent leur parti pour une élection de la cité n'ont pas l'intention de s'en séparer pour toujours. Probablement, ils voteront pour la liste de ce parti aux élections de l'Etat ou à l'élection présidentielle. Leur but, c'est de secouer le joug de leur Boss local, et s'ils ne peuvent pas renverser le Ring, ils veulent au moins l'obliger par la peur à se conduire mieux. Ils y réussissent souvent. Après la défaite de quelques-uns des candidats marquants, les tripotages deviennent moins éhontés. Mais ce repentir est comme celui du loup malade de la fable, et l'expérience prouve que lorsque le public cesse de veiller, les membres des Rings des deux partis recommencent à se vautrer dans la boue.
Il a été si difficile de trouver de bons citoyens qui aient voulu se charger de faire une guerre incessante aux professionnels, et les tentatives que l'on a faites pour leur enlever leur autorité sur les Primaires ont si souvent échoué, que l'on a cherché à remédier au mal par des lois. Plusieurs Etats ont étendu les peines, dont on punit la corruption et la fraude aux élections publiques, aux fautes semblables commises dans les Primaires et dans les Conventions. Ils considèrent que ces actes ne sont pas moins nuisibles au peuple (et c'est la vérité) dans une réunion
volontaire et privée que dans une élection, car les électeurs se conforment, comme autant de moutons, au choix de la Convention ou de la Primaire qui a désigné le candidat. On vote pour le parti du candidat et non pour le candidat lui-même. Dans quelques Etats, on a fait des lois qui règlent la procédure des Primaires. Par exemple, l'Ohio stipule que l'on doit annoncer quelque temps à l'avance le jour où une Primaire aura lieu ; que les juges, les secrétaires et les surveillants de l'élection des délégués doivent prêter serment ; que tout électeur a le droit d'obliger ceux qui veulent voter à faire valoir leur titre d'électeur; que le fait de demander, de donner ou d'accepter un présent, ou la tentative d'intimider, est un délit qui doit être puni et que le coupable est privé du droit de voter. Des clauses semblables protègent le délégué à une Convention contre le candidat, le candidat contre le délégué, et le parti contre l'un et l'autre. Le Minnesota a adopté récemment une série de règlements encore plus sévères. D'après ces règlements, l'annulation ou la destruction de bulletins dans une réunion tenue pour choisir des candidats ou des délégués, le fait d'empêcher de voter des citoyens qui en ont le droit, ou de se faire passer pour un autre, toute fraude, toute injustice tendant à fausser le résultat d'une élection, sont considérés comme un crime punissable d'une amende ne dépassant pas 3.000 dollars, ou de trois ans de prison, ou des deux peines à la fois (1). L'Européen sera étonné de voir que non seulement la législation reconnaît l'existence des partis, mais qu'elle essaie de réglementer la procédure intérieure des partis politiques dans des réunions parfaitement volontaires de ses membres, réunions dont les résolutions ne lient personne en aucune façon. Cependant,
(1) Lois du Minnesota de 1887, chap. iv, §§. 99-105. Il faut remarquer que ces sections ne s'appliquent qu'aux cités de o.OOO habitants au plus.
quelques publicistes américains des plus sensés considèrent que c'est là le meilleur moyen de réformer la Machine et de rendre à Télecteur sa liberté. Jusqu'ici, le succès a été insignifiant ; mais dans certains cas (en Californie par exemple), les lois ne doivent être appliquées que là où le parti le désire, et Texpérience est trop récente pour qu'il soit encore possible de porter un jugement sur cette réforme. Mais la chose a été tentée, et c'est là un phénomène sur lequel feront bien de réfléchir ceux qui sont habitués à parler de l'Amérique comme du pays où l'on applique partout et très utilement le principe du « laissez faire. » Et ce qui prouve que les organisations de parti sont extrêmement puissantes, et que la désignation des candidats par elles a une grande autorité, c'est le fait que les réformateurs, vaincus dans leurs efforts pour les purifier par l'action volontaire, ont été amenés à avoir recours au bras de la loi.
La lutte entre les politiciens de profession et les réformateurs se poursuit dans les cités, avec des péripéties diverses, depuis trente ans. Comme on trouvera plus loin des exemples des incidents qui l'accompagnent, je- me contenterai de dire ici que si, dans les attaques qu'ils font contre les Rings à chaque élection, les réformateurs s'emparent rarement de la citadelle, ils détruisent souvent quelquesunes des fortifications extérieures, et ils effraient si bien la garnison, qu'elle se résout à exercer son pouvoir avec plus de prudence et de modération. Après une élection dans laquelle la « liste indépendante » a eu un grand nombre d'adhérents, les Bosses présentent, en général, de meilleurs candidats, et sont prêts, selon l'expression d'un professionnel éminent de New- York (feu Fernando Wood), « à flatter bassement le sentiment moral du peuple » .Chaque campagne indique aux réformateurs les points faibles de l'ennemi, et leur donne un peu plus de cette habileté technique qui a fait jusqu'ici la force des professionnels. C'est une guerre de volontaires contre une armée disci-
plinée ; mais comme les volontaires luttent pour la masse ies contribuables, ils réussiraient,s'ils pouvaient réveiller et faire marcher tous les citoyens honnêtes, à mettre de leur côté une si forte majorité^ que leur triomphe dépendra à la longue de leur constance et de leur énergie. Si leur zèle ne faiblit pas ; s'ils ne se laissent pas décourager par de fréquents échecs ; si, au lieu de compterabsolument sur un remède unique, ils attaquent l'ennemi sur tous les points^ et se servent des ressources sociales, de l'instruction et de la législation, l'exemple de leur dévouement désintéressé au bien public et la force de leurs arguments finiront par avoir une influence sur les électeurs ; et aucun Boss, quelque habile qu'il soit, aucun Ring, quelque bien retranché qu'il soit, ne pourront leur résister. Cependant la guerre ne sera pas terminée lorsque Tennemi aura été mis en déroute. Bien que l'on puisse obtenir une amélioration par des lois, par exemple de nouvelles lois électorales, des clauses contre la corruption, une refonte du système gouvernemental des cités, et l'épurement des services civils, il y a certaines causes internes, et, pour ainsi dire, naturelles du mal, que l'on ne fera disparaître qu'à force de patience et de travail. Dans les grandes cités, — carc'est toujours des cités qu'il s'agit, — une grande partie des électeurs ignorera encore longtemps les méthodes du gouvernement libre qu'elle est appelée à faire fonctionner. Ces mêmes citoyens ne comprendront pas non plus leur propre intérêt, ils ne verront pas que le gaspillage est nuisible pour ceux qui ne payent pas d'impôts directs, aussi bien que pour ceux qui en payent. Influencés par quelquesuns des sentiments que leur expérience européenne leur a donnés, ils se défieront des conseils qui leur viendront des classes cultivées, et ils seront portés à écouter le bavardage des démagogues. Une fois qu'ils se seront affiliés à un parti, ils voteront conformément aux désirs de ses chefs locaux, même si ceux-ci sont personnellement indignes (1)
(1) M. Roosevelt dit : « Les électeurs des classes ouvrières des
de confiance. Tant que cette section de la population sera nombreuse, les Rings et les Bosses auront entre leurs mains la matière qu'il leur faut. Il y a cependant des raisons de croire qu'avec le temps cette section deviendra relativement moins importante. Et même maintenant, quelque vaste qu'elle soit, elle serait battue et le règne des Bosses serait fini, si la meilleure classe des citoyens conservait, pendant une série d'élections, cette unité et cette vigueur d'action dont elle s'est montrée capable dans de rares circonstances et sous l'impulsion d'un devoir urgent. En Amérique, comme dans tout autre pays du monde, la République souffre davantage de l'apathie et de l'imprévoyance des hautes classes, qui devraient être à la tête de la société, que de l'ignorance et de l'insouciance des basses classes, qui sont généralement prêtes à suivre les chefs qui les conduisent avec sagesse et en bons patriotes.
cités se laissent guider par leurs sentiments : ils apprécient chez un homme public les vertus dont nous sommes habitués à tenir compte quand nous jugeons un partiqulier. Si un homme est libéral et généreux, ils trouvent que c'est une compensation suffisante pour les infractions qu'il pourrait commettre contre le huitième commandement lorsqu'il l'appliquera aux affaires de l'Etat. Dans les bas quartiers de New-York où habite une nombreuse population vicieuse, la condition de la politique est souvent effrayante, et le Boss local est généralement un individu grossièrement immoral comme homme public et comme homme privé. Dans ces quartiers, plusieurs des organisations sociales, avec lesquelles les chefs sont obligés de rester en bons termes, se composent de criminels ou de parents et de complices de criminels... Le président d'une association semi-politique puissante était un voleur de profession, et celui qui recevait les marchandises provenant de ses vols était alderraan. Un autre alderman sortait de prison et avait encore les cheveux ras quand il fut élu. Un administrateur des écoles avait été condamné pour malversation et était complice de criminels ». — Centitry Magazine, nov. 188G.