‹ La république américaine. Édition française. Avec une préf. de M.E. ChavegrinChapitre 22 sur 60 · CHAPITRE LXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXIX

{Nominating Conventions)

Dans toute élection américaine, le choix comprend deux actes, deux périodes de lutte. Le premier acte, c'est le choix du candidat dans le parti par le parti lui-même ; l'autre, c'est la lutte entre les partis de l'endroit. Fréquemment, le premier de ces deux choix est le plus important, celui qui donne lieu à la lutte la plus ardente, car il y a beaucoup de districts où un parti a une prépondérance si marquée que son candidat est sûr de réussir et que, par conséquent, le choix d'un candidat est virtuellement le choix du fonctionnaire ou du représentant.

Les chapitres précédents ont décrit le mécanisme dont on se sert pour choisir et désigner un candidat. Le système est le même dans tous les Etats de l'Union pour toutes les élections de fonctionnaires, depuis le plus petit jusqu'au plus élevé, depuis le conseiller d'un quartier de cité jusqu'au Président des Etats-Unis. Mais naturellement, plus la fonction est élevée, plus est vaste le territoire sur lequel l'élection s'étend, plus les efforts que l'on fait pour faire présenter son candidat sont grands, et plus les passions qu'excite ce choix sont ardentes. Le choix d'un candidat pour la Présidence est un trait si frappant et si particulier du système américain qu'il mérite d'être décrit complètement.

Comme la plupart des institutions politiques, le système

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qui consiste à faire choisir le Président par une Convention est le résultat d'une longue évolution.

Aux deux premières élections, celles de 1789 (1) etde 4792, il était inutile de présenter des candidats, car toute la nation désirait que George Washington fût élu et espérait qu'il le serait. De même, en 1796, lorsque Washington déclara qu'il ne se présentait plus, un parti était favorable à John Adams, et l'autre à Thomas Jefferson, et personne ne songea à entourer de formalités ce que tout le monde savait.

Cependant, en 1800, l'année delà quatrième élection, il y avait un peu moins d'unanimité. La plupart des fédéralistes désiraient la réélection d 'Adams, et on considéra comme à peu près inutile le petit conclave de membres fédéralistes du Congrès qui se réunit pour recommander sa candidature. Mais les Républicains (démocrates), qui étaient unis pour élire Jefferson à la présidence, hésitaient sur le candidat à la vice-présidence, et les membres républicains du Congrès, convoqués à ce sujet, se réunirent et recommandèrent Aaron Burr pour ce poste. Ce fut une petite réunion et une réunion secrète, mais elle est mémorable, parce que ce fut non seulement le premier caucus congressionnel, mais encore la première tentative pour désigner un candidat de parti.

En 180i, il y eut, dans le même but, une réunion plus régulière. Tous les membres républicains du Congrès furent priés de se réunir ; et ils désignèrent à l'unanimité Jefferson pour la présidence et George Clinton de New-York pour la vice-présidence. De même, en 1808, presque toute

(I) Actuellement, le Président est toujours choisi le mardi après le premier lundi de novembre d'une année de nombre pair, dont le chiffre est un multiple de quatre (par exemple 1880, 1884, 1888) et il entre en fonctions au printemps suivant; mais la première élection eut lieu au commencement de 1789, parce que, à ce moment-là, on venait d'adopter la Constitution.

la majorité républicaine des deux Chambres du Congrès se réunit et désigna formellement Madison et Clinton. On suivit la même voie en 1812 et en 1816. Mais les objections que l'on avait soulevées dès le début contre cette action du parti au Congrès, que l'on qualifiait d'usurpation arrogante des droits du peuple — car personne ne songeait à laisser toute liberté aux électeurs présidentiels — gagnèrent du terrain plutôt qu'elles n'en perdirent à chaque occasion nouvelle. C'est pourquoi, en 1820, les quelques membres qui se réunirent ne firent aucun choix (1); en 1824, 66 seulement des Démocrates des deux Chambres du Congrès se rendirent à l'appel et assistèrent au « caucus », et les autres firent savoir qu'ils désapprouvaient ce système (2). Le candidat désigné par ce caucus arriva au troisième rang à l'élection, et cet échec donna le coup de grâce à une méthode que les tendances de l'époque au nivellement, et le penchant atout soumettre au jugement des masses, auraient quand même fait disparaître. Ce fut le dernier caucus congressionnel qui s'occupa du choix des candidats.

Cependant, on ne trouva pas immédiatement une nouvelle méthode. En 1828, Jackson fut recommandé, comme candidat, par la législature du Tennessee et par un grand nombre de réunions populaires de différents endroits. Leurs adversaires acceptèrent, sans choix formel^ le Président de l'époque, J. Q. Adams, comme candidat. En 1831 cependant, deux grands partis (les anti-maçons et les républicains nationaux, plus tard appelés les vvhigs) tinrent des Assemblées composées de délégués de la plupart des Etats ; et chacune de ces Conventions choisit ses candidats pour la présidence et la vice-présidence. Une troisième

(1) Il n'était pas absolument nécessaire de désigner le candidat parce que le parti était favorable à la réélection de Monroë.

(2) Le nombre total s'élevait alors à 261, presque tous répuplicains démocrates, parce que le parti fédéraliste n'existait plus depuis quelque temps.

« Convention nationale » de jeunes gens, qui se réunit en 1882, accepta les candidats désignés par les whigs, et ajouta une série de dix résolutions, qui constituent le premier programme politique adopté par une Assemblée chargée du choix des candidats. Les amis de Jackson suivirent cet exemple et tinrent leur Convention nationale qui le désigna avec Van Buren. Pour l'éleclion de 1836, une Convention semblable fut tenue par les Démocrates partisans de Jackson, et leurs adversaires n'en convoquèrent pas. Mais pour l'élection de 1840, des Conventions nationales, composées de délégués de presque tous les Etats, furent tenues par les Démocrates, par les \vhigs et par le parti (alors jeune et insignifiant) des abolitionnistes. Ce précédent a servi d'exemple pour toutes les luttes électorales, de sorte que les Conventions nationales des grands partis font partie maintenant du mécanisme régulier de la politique tout autant que les règlements électoraux prescrits par la Constitution. L'établissement de ce système coïncide avec la démocratisation sociale complète de la politique à l'époque de Jackson. Il convient aux professionnels auxquels il donne* de l'occupation et dont il affermit le pouvoir, et au citoyen ordinaire qui, n'ayant point de loisirs pour s'occuper de politique, aime croire que son droit de choisir les candidats lui est reconnu puisqu'il confie ce choix à des délégués pour lesquels il pourrait voter. Mais on s'aperçut bientôt que ce système était fait pour tomber entre les mains d'intrigants égoïstes, et, par conséquent, enlevait aux hommes capables et indépendants beaucoup de chances de succès. Dès 1844, Calhoun refusa de permettre à une Convention de discuter son nom, et il ajouta qu'il n'aurait jamais aidé à supprimer l'ancien caucus congressionnel, s'il avait pu prévoir que le système qui lui succéderait serait bien plus pernicieux.

Ainsi, de 1789 à 1800, il n'y eut pas de présentation formelle; de 1800 à 1824, les présentations furent faites par

des caucus congressionnels ; de 1824 à 1840, les présentations faites irrégulièrement par des législatures d'Etat et par des réunions populaires tendirent petit à petit à la méthode d'une réunion spéciale de délégués de toute la nation. Ce dernier système a régné de 4840 à nos jours ; il est si conforme aux habitudes du peuple qu'il ne disparaîtra sans doute pas de longtemps.

Cependant, on n'arriva pas immédiatement à la perfection. Les premières Conventions n'étaient guère que des réunions d'une multitude de gens (1), Les Conventions récentes et celles qui se tiennent actuellement sont des Assemblées représentatives régulièrement constituées, composées exclusivement de délégués, dont chacun a été élu dans une réunion de son parti dans son propre Etat, et porte des lettres de créance à l'appui de son élection. 11 serait fastidieux de donner de plus amples détails sur la manière dont fut créé le système actuel ; aussi me contenterai-je de le décrire brièvement tel qu'il existe maintenant.

La Constitution stipule que chaque Etat devra choisir autant d'électeurs présidentiels qu'il a de membres pour le représenter au Congrès, c'est-à-dire deux électeurs correspondant aux deux sénateurs de chaque Etat, et autant d'électeurs en plus que l'Etat envoie de membres à la Chambre des Représentants. Ainsi, le Delaware et l'Idaho ont chacun trois électeurs, parce qu'ils n'ont chacun qu'un représentant et deux sénateurs. New-York a trente-six électeurs : deux correspondant à ses deux sénateurs, et trente-quatre correspondant à ses trente-quatre représentants à la Chambre.

Or, chaque Etat est autorisé à envoyer à la Convention

(1) En 1856, la première Convention républicaine, qui désigna Fremont, fut plutôt une réunion d'une masse de gens qu'une assemblée représentative; car, dans beaucoup d'Etats, le nouveau parti n'avait pas d'organisation régulière. Il en fut de même de la Convention républicaine de sécession qui se réunit à Cincinnati en 1872 et désigna Greeley.

qui désigne le candidat deux fois plus de délégués qu'il n'a d'électeurs, par exemple le Delaware et l'Idaho ont chacun six délégués, et l'Etat de New- York en a soixantedouze. Les délégués sont choisis par les Conventions locales des divers Etats, à savoir : deux pour chaque district congressionnel par la Convention du parti de ce district, et quatre pour l'Etat (qu'on appelle délégués généraux) par la Convention de l'Etat. Comme chaque Convention se compose de délégués des Primaires, c'est la composition des Primaires qui détermine celle des Conventions locales, et la composition des Conventions locales qui détermine celle de la Convention nationale. Pour chaque délégué, la Convention locale choisit, en même temps, un « suppléant » qui doit le remplacer s'il ne peut se rendre à la Convention. Si le délégué est présent au moment du vote, le suppléant se tait ; si, pour une raison quelconque, le délégué est absent, le suppléant prend sa place.

Au sujet de la liberté qu'aurait le délégué de voter pour qui il veut, les principes et les usages adoptés ont varié. Une Convention locale peut indiquer à son délégué « l'aspirant » (1) qu'il doit choisir en premier lieu, et même ceux pour qui il doit voter ensuite, si celui-là échoue. On donne souvent des instructions de ce genre, mais plus souvent encore elles sont comprises d'une façon tacite dans le mandat, car le délégué est souvent choisi parce qu'il est partisan de tel ou tel aspirant. Mais le délégué n'est pas absolument obligé de suivre les instructions qu'il a reçues. Il peut voter, même au premier tour, pour un aspirant autre que celui que désire sa Convention locale ou celle de son Etat. A plus forte raison, naturellement, peut-il voter autrement, bien qu'il n'ait pas reçu d'instructions à ce sujet,

(1) Je me sers toujours du mot « aspirant » pour désigner les concurrents qui veulent se faire présenter, et je réserve le terme de « candidat • pour celui sur lequel se porte le choix du parti.

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lorsqu'il est évident que l'aspirant qu'il devait soutenir n'a aucune chance de succès. Son vote est toujours valable, même lorsqu'il est contraire aux instructions données ; mais il sera ensuite blâmé plus ou moins sévèrement selon le cas. Il a pu avoir des raisons inavouables pour agir ainsi ; on a pu lui donner quelque chose. Ses motifs sont peut-être pardonnables; il peut se faire qu'un chef de parti ait exercé sur lui une certaine pression, ou qu'il ait lui-même voulu bien faire et suivre la majorité. Ses motifs sont peut-être louables, s'il a réellement essayé de faire ce qu'il y a de mieux pour son parti, ou qu'il ait été convaincu, par des faits qu'il ignorait auparavant, que l'homme pour qui il devait voter n'est pas honnête. Quand les motifs sont douteux, il est peut-être charitable de supposer qu'ils sont honorables, mais on risque de se tromper. Chaque « délégation d'Etat » a son Président, et doit former un corps pendant la Convention. Les membres qui la composent font ordinairement le voyage ensemble pour se rendre au lieu de la réunion ; ils louent des chambres dans le même hôtel ; ils ont là leur quartier général ; ils occupent une place qui leur a été fixée dans la salle de la Convention ; ils se réunissent pendant la durée de la Convention pour se concerter sur ce qu'il y a à iaire. Si l'Etat est vaste et douteux^ ces réunions sont suivies avec un très grand intérêt, et les reporters à l'oreille fine rôdent tout autour pour savoir sur quel nom se porteront les voix. Chaque délégation d'Etat vote par l'intermédiaire de son Président ; qui annonce pour qui votent ses délégués ; mais si quelqu'un fait une réclamation, on fait l'appel des délégués, qui votent individuellement. Toutes les voix de la délégation doivent-elles être données en bloc à l'aspirant que préfère la majorité, ou bien doivent-elles être données individuellement par les délégués à l'aspirant de leur choix ? Voilà un point qui a suscité de violentes controverses. Actuellement, le parti républicain (selon un usage qui a été adopté en 1876 et en 1880) permet aux dé-

légués de voter individuellement même lorsqu'une Convention d'Etat leur a ordonné de voter en bloc. Au contraire, le parti démocrate tient compte des instructions données aux délégués, et compte les voix de tous les déléguée d'Etat à l'aspirant qu'accepte la majorité d'entre eux (1) ; c'est ce qu'on appelle la règle de l'unité. Si cependant une Convention d'Etat n'a pas imposé la règle de l'unité, ses délégués votent individuellement.

Pour entretenir la vie des partis dans les territoires, et dans le district fédéral de la Colombie, et même dans le territoire indien et dans l'Alaska, la Convention nationale leur a permis d'envoyer des délégués qu'elle a acceptés, bien que les territoires et le district n'aient point de voix dans l'élection présidentielle. Les délégués des Etats que l'on sait être entre les mains du parti opposé, et dont les voix ne pourront réellement pas avoir une influence sur le résultat de l'élection présidentielle, sont autorisés à voter sur un pied d'égalité avec les délégations des Etats dont la majorité ira sûrement au parti qui tient la Convention. On donne, pour motif de cet arrangement, la nécessité d'encourager le parti et de lui donner de l'énergie dans les Etats où il est en minorité. Mais on permet ainsi à des districts dont les voix ne peuvent pas changer l'élection de décider du choix du candidat, et les délégués de ces districts appartiennent souvent à une classe inférieure de politiciens et se laissent plus souvent influencer par des motifs malhonnêtes que ceux qui viennent des Etals où le parti a la majorité C^).

(1) A la Convention démocrate de Chicago, en juillet 1884, on essaya d'abroger ce règlement, mais la majorité s'y opposa.

(2) Bien que la majorité des délégués des conventions appartienne dans les deux partis à la classe des politiciens de profession, il y a toujours une minorité de citoyens honnêtes qui n'appartiennent pas à cette classe, mais qui ont obtenu ce poste parce qu'ils ont montré qu'ils voulaient faire choisir un candidat énergique et honnête. La grande importance des afl'aires qui se

Ces remarques suffisent pour donner une idée de la composition de la Convention nationale : nous allons maintenant décrire ce qu'elle fait.

Elle se réunit pendant l'été qui précède immédiatement l'élection présidentielle, ordinairement en juin ou en juillet, et l'élection présidentielle a lieu au mois de novembre. On choisit toujours une grande cité, afin de pouvoir trouver facilement de la place dans les hôtels et de pouvoir s'y rendre facilement en chemin de fer. Autrefois, les Conventions se tenaient en général à Baltimore ou à Philadelphie, mais depuis que la population s'est accrue dans la vallée du Mississipi, on choisit souvent Cincinnati, Saint-Louis, Minneapolis et surtout Chicago.

D'abord, « la Convention est rappelée à l'ordre » par le président du comité du parti national. Puis on désigne un président provisoire, et, s'il y a opposition, on vole ; ce vote donne quelquefois une idée de la force respective des factions qui sont présentes. Ensuite, on nomme les secrétaires, et on adopte les règlements qui fixent la procédure. Puis on désigne les comités de vérification des lettres de créance et des résolutions, et la Convention s'ajourne pour donner à ces comités le temps de préparer leurs rapports.

La séance suivante commence ordinairement, après la prière d'usage, par la nomination du président définitif, qui ouvre la séance par un discours. Ensuite, le comité des résolutions présente son rapport, s'il est terminé. Ce rapport contient ce qu'on appelle (ic la plate-forme », c'est-à-dire une longue série de résolutions qui renferment les principes et le programme du parti, et que l'on a rédigées de façon à mettre d'accord toutes les sections, et à laisser de côté ou à traiter d'une manière ambiguë les questions qui seraient de nature à diviser le parti. Tout délégué qui n'approuve pas une résolution peut en demander la suppression ou l'amendement ; mais on la « maintient » or-

traitent à la Convention attire des hommes de talent et d'expérience de toutes les parties de la nation.

dinairement sous la forme que lui ont donnée les mains expérimentées du comité.

Vient ensuite la présentation des aspirants au titre de candidat du parti. On fait l'appel des Etats, et quand on arrive à un Etat auquel appartient un aspirant qui désire être présenté, un des principaux délégués de cet Etat monte sur l'estrade, prononce, pour le proposer, un discours dans lequel il célèbre ses mérites et dénigre quelquefois indirectement les autres aspirants. Un autre délégué appuie cette présentation, et quelquefois un troisième l'imite ; e* ensuite on continue de faire l'appel jusqu'à ce que tous les Etats aient répondu et que tous les aspirants aient été présentés (1). En général il y a sept ou huit présentations, rarement plus de douze (2).

On arrive ainsi à la dernière phase, pour laquelle tout le reste n'a été qu'une préparation, — celle du vote au scrutin sur les noms des aspirants. Les secrétaires font l'appel des Etats, de l'Alabama au Wisconsin, et à mesure que chaque Etat est nommé, le président de chaque délégation proclame les suffrages, par exemple, six pour A, cinq pour B, trois pour G. à moins que, d'après la règle de l'unité, tous les suffrages n'appartiennent à l'aspirant que soutient la majorité de la délégation. Quand tout le monde a volé, on additionne et on fait connaître les résultats- Si un concurrent a la majorité absolue des votants, d'après le règlement des Républicains, ou la majorité des deux tiers, d'après le règlement des Démocrates, il a été régulièrement choisi, et il ne reste qu'à émettre sur cette présentation un vote unanime, ce qui est une pure formalité. Si, cependant, les choses se passent comme pendant ces der-

(1) Les présentations peuvent cependant se faire dans la

suite.

(2) Cependant, dans la Convention républicaine de 1888, on présenta au début quatorze aspirants, dont six obtinrent des voix au dernier tour. Dans les divers tours de scrutin, dix-neuf aspirants obtinrent des suffrages.

niéres années, si personne n'obtient la majorité nécessaire^ on fait de nouveau l'appel pour que les délégations (si la règle de l'unité est imposée) puissent modifier leur vote ; et on recommence cette opération jusqu'à ce que l'un des aspirants ait obtenu le nombre de suffrages réglementaire. 11 y a quelquefois un grand nombre de tours. En 1852, les Démocrates choisirent Franklin Pierce au quarante-neuvième tour, et les whigs le général Scott au cinquantetroisième. En 1880, on vota trente-six fois avant que le général Garfield fût présenté. Mais en 1835, Martin Van Buren; en 1844, Henry Clay; en 1868 et en 187Î2, Ulysse S. Grant ; en 1888, M. Cleveland, furent présentés à l'unanimité, les trois premiers par acclamation, le dernier au premier tour. En 1884, M. Blaine fut présenté par les Républicains au quatrième tour ; M. Cleveland par les Démocrates au second; en 1888, M. Harrison au huitième. En 189:2, M. Harrison (alors président) et M. Cleveland furent choisis au premier tour, l'un et l'autre à une majorité écrasante. Ainsi, il arrive quelquefois que le scrutin ne dure qu'une heure ou deux, tandis que d'autres fois il peut durer plusieurs jours.

Lorsqu'un candidat à la présidence a été désigné, la Convention procède de la même manière pour choisir un candidat à la vice-présidence. L'infériorité de cette fonction et la fatigue des délégués rendent cette seconde lutte moins vive et moins longue. Souvent, on donne à un aspirant battu cette fiche de consolation, surtout s'il s'est retiré au bon moment en faveur du candidat qui a été choisi. Le travail de la Convention est alors terminé, et il ne reste plus, pour clore les séances, qu'à voter des remercîments au président et à ses assesseurs. Les deux personnages élus sont donéravant les candidats du parti, et ils ont droit à l'appui des organisations du parti et des hommes loyaux du parti dans toute l'étendue de l'Union.

Ils ont droit à cet appui, mais ils ne sont pas sûrs de l'obtenir. Même en Amérique, la discipline ne peut pas

forcer les électeurs pris individuellement à donner leur voix au candidat présenté par le parti. La Convention peut seulement recommander le candiciat; tout ce que l'opinion peut faire, c'est de flétrir l'apostat qui abandonne son parti ; tout ce que peut faire l'organisation locale, c'est de rayer l'apostat de ses listes. Mais qu'arrive-t-il, me demandera peut-être le lecteur, aux délégués qui ont eu l'occasion de faire choisir leur candidat, et qui se sont laissé battre ? sont-ils obligés de soutenir le candidat choisi ?

Cette question a soulevé de violentes controverses. La majorité victorieuse s'est toujours efforcée d'imposer cette obligation à la minorité vaincue, et si la Convention s'est abstenue de voter une résolution formelle pour rendre cette règle obligatoire, c'est surtout par crainte de pousser les hommes d'un caractère indépendant ou fortement opposés à un certain aspirant, à refuser de servir comme délégués, ou à se retirer au début des opérations, dès qu'ils verraient que le personnage qui leur déplaît a des chances de l'emporter.

A la Convention nationale républicaine, réunie à Chicago en juin 1880, on essaya avec succès d'imposer cette obligation par la résolution suivante, connue sous le nom de « promesse blindée {Ironclad Pledge) » :

« Tous les membres de cette Convention s'engagent sur l'honneur à soutenir le candidat désigné par elle, quel que soit ce candidat, et ceux qui ne sont pas prêts à se soumettre à cette injonction doivent se retirer. »

Cette résolution fut adoptée par 710 voix contre 3. Mais à la Convention nationale républicaine de juin 1884, à Chicago, l'opposition lut assez forte pour obliger les promoteurs d'une résolution semblable à la retirer ; et en fait, plusieurs des délégués marquants de cette Convention furent, pendant l'élection présidentielle subséquente, les adversaires résolus du candidat présenté : ils votèrent euxmêmes et ils engagèrent les autres à voter pour le candidat du parti démocrate.

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