‹ La république américaine. Édition française. Avec une préf. de M.E. ChavegrinChapitre 42 sur 60 · REMARQUES SUR LES PRÉSENTATIONS · texte numérisé non relu

REMARQUES SUR LES PRÉSENTATIONS

nation tout entière, c'est un acte politique important auquel chaque électeur prend une part égale ; c'est un acte qui fait éprouver à tout le parti dans tous les Etals la sensation qu'il n'a qu'un cœur, qu'une âme, qu'une volonté. Cet effort simultané, cet intérêt concentré sur un seul personnage le même jour, donnent à la lutte une sorte de tension qu'on ne rencontre pas lorsque plusieurs élections de personnages diflérents ont lieu dans des endroits différents, et pas toujours en même temps. Aux élections congressionnelles, chaque collège électoral doit s'occuper d'abord et avant tout de lui-même et de son propre candidat. Dans l'élection présidentielle, tous les yeux sont fixés sur la même figure; toute la nation se prononce sur la même question personnelle et sur la même question politique. Chaque district électoral d'un Etat, chaque Etat de rUnion rivalise avec l'autre dans les efforts qu'il fait pour faire passer la liste de son parti.

Il est plus difficile d'expliquer pourquoi les Américains, d'ordinaire si obstinés et si calmes, sont si surexcités au moment des élections. Examinons d'abord les faits : Depuis la réélection d'Abraham Lincoln en 1864 (toujours à l'exception du général Grant), il n'y a pas eu un seul candidat présidentiel, dont les amis aient pu dire qu'il avait droit par ses actes à la reconnaissance de la nation. Quelques-uns de ces candidats avaient été des chefs de parti habiles ; d'autres avaient rendu des services pendant la Guerre civile. On ne pouvait dire d'aucun qu'il fût distingué non pas seulement comme Ilamilton, Jefferson, Marshall, Webster, mais même comme J. Q. Adams, Clay, Benton, Calhoun, Seward, Stanton et Chase. Prenons cependant M. Blaine et M. Cleveland dans l'élection de 1884. L'un avait été Président de la Chambre; c'était certainement un debater habile au Congrès, un orateur éminent dans les réunions, un homme avenant en société, et il n'oubliait jamais ni une physionomie ni un service. L'autre avait été très adroit, très honnête et très courageux

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comme maire de Buffalo et comme gouverneur de l'Etat de New-York. Comparez les services rendus à leur pays par ces deux hommes, ou par les autres candidats d'une époque plus récente, à ceux que Mazzini, Garibaldi, Cavour et Victor Emmanuel ont rendus à l'Italie, Bismark et de Moltke à l'Allemagne, et même Thiers ou Gambetta à la France à l'heure du danger. Cependant, l'enthousiasme qu'excitait M. Blaine (qui semblait attirer sur lui une plus grande quantité de ce fluide précieux que son rival), les manifestations que l'on fit en son honneur partout où il se montra, égalèrent tout ce qu'on fit dans leurs pays respectifs pour ces héros de l'Italie, de l'Allemagne ou de la France. En Angleterre, deux grands chefs politiques, très supérieurs à leurs collègues, ont été vivement admirés par leurs amis et cordialement détestés par leurs ennemis. Toutefois, on n'a jamais vu huit cents avocats anglais partir duTemple ou de Lincoln's Inn pour se rendre lentement en procession de London Bridge à South Kensington, en acclamant bruyamment Gladstone ou Disraeli !

En essayant d'expliquer ces faits, je saisirai le taureau par les cornes et je demanderai si le monde est fondé à croire que les Américains sont un peuple calme et modéré ? L'Américain est fin et clairvoyant, sa passion obscurcit rarement sa raison ; il ne perd pas la tête au moment où un Français, un Italien ou même un Allemand la perdrait. Cependant, il a un caractère excitable, il est très impressionnable. Ce qui montre qu'il n'y a pas contradiction entre ces qualités, c'est le cas des Ecossais qui sont plus prudents et plus logiques que les Anglais dans les affaires, mais qui sont aussi plus enthousiastes, plus facilement entraînés par un mouvement de passion (I). De plus, les

(1) Sir Waltpr Scott dit qu'au commencement du xvni» siècle la populace dICdimbourg était la plus sauvage de toute l'Europe. L'histoire du Cov>Miant à partir de 1638 est pleine d'épisodes qui montrent que les Ecossais sont plus excitables que les Aniilais.

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