‹ La république américaine. Édition française. Avec une préf. de M.E. ChavegrinChapitre 53 sur 60 · CARACTÈRE NATIONAL ET OPINION PBBLIQDE · texte numérisé non relu

CARACTÈRE NATIONAL ET OPINION PBBLIQDE

solidité dans les institutions. Us sont conservateurs dans leurs croyances fondamentales, dans la structure de leurs gouvernements, dans leurs usages sociaux et domestiques. Ils ressemblent à un arbre dont les rameaux pendants tremblent et frémissent sous la plus légère brise, mais dont les racines étreignent le rocher avec une puissance telle que les orages ne peuvent pas les ébranler.

CHAPITRK LXXXI

les classes au point de vue de leur influence sur

l'opinion

Ce sont là quelques-uns des traits caractéristiques de l'opinion américaine en général, et on peut, si je ne me trompe dans ma description, les découvrir dans toutes les classes de la population blanche née en Amérique, Ils existent cependant à des degrés différents dans les diverses classes, et il est bon de compléter l'étude que je viens de faire par quelques remarques sur les habitudes et sur les tendances de chaque classe. Je ne me propose pas, naturellement, de décrire les opinions actuelles des classes, car ceci m'obligerait à étudier les questions politiques du jour : je n'ai d'autre but que celui d'indiquer les caractères généraux de chaque classe qui influent sur la qualité et sur la vigueur de l'opinion. Les classes ne sont nullement en Amérique ce qu'elles sont dans les grandes nations de l'Europe. II ne faut pas les diviser, au point de vue politique, en hautes eten basses classes, en riches et pauvres, mais plutôt selon leurs occupations et selon les conditions de vie qui constituent leur entourage. Leurs caractères spécifiques, dirait un naturaliste, sont moins marqués, même chez les individus types, qu'ils ne le seraient en Europe ; dans beaucoup d'individus, il est à peine possible de les reconnaître. Cependant, les différences entre les diverses classes sont suffisantes pour avoir, sur l'opinion politique de la

nalion, une influence qui se distingue très nettement, pour colorer les opinions, peut-être même pour produire l'attitude politique, d'un district où prédomineune classe particulière.

Je commence par les fermiers, parce que, s'ils ne forment pas numériquement la classe la plus considérable, ils forment du moins celle dont l'importance se fait le plus sentir dans toute la nation. En général, ils sont propriétaires de leurs terres; et en général les fermes sont petites, et varient de quarante ou cinquante arpents à trois cents. Dans quelques endroits, surtout dans l'Ouest, les grands propriétaires louent des fermes à des tenanciers ; dans certaines parties du Sud, on trouve de grandes propriétés cultivées par de petits tenanciers, souvent par des nègres, mais le plus souvent celui qui cultive la terre en est en même temps le propriétaire. La proportion entre les travailleurs à gages et les fermiers, est par conséquent bien plus petite qu'en Angleterre, d'abord parce que les fermes sont ordinairement assez petites pour que le fermier et sa famille puissent faire la plus grande partie du travail eux-mêmes et ensuite parce que l'on se sert davantage de machines surtout dans les régions plates de l'Ouest. Les ouvriers, ou, comme on dit, les « hommes loués >^, ne forment pas, dans l'ensemble de la nation, une couche sociale, distincte des fermiers, et ils diffèrent si peu par l'éducation et par le rang que Ton peut, dans la pratique, considérer comme appartenant à la même classe le patron et l'ouvrier.

Le fermier est un homme plus habile et plus entreprenant qu'en Europe, avec beaucoup plus de ce caractère commercial qu'on remarque chez les Américains; il est moins ancré à un endroit spécial ; par conséquent, il est moins soumis à l'influence des potentats territoriaux que l'on trouve en Angleterre, en Allemagne ou en Italie. Il est tellement homme d'affaires qu'il se Hvre souvent à des spéculations sur les grains ou sur les jambons. Cependant, il n'a pas les défauts ordinaires des agriculteurs. 11 est obstiné.

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