PERSÉCUTION DBS CATHOLIQUES AU MARYLAND
enfant de cette religion, qui renierait sa foi, le privilège monstrueux d'exiger à l'instant de ses père et mère sa part de leur fortune, comme si leur succession fût déjà ouverte (1). Le fiel de ces sectaires n'était pas épuisé : on voulait déshonorer les catholiques en les précipitant au pied de l'échelle sociale. Ils étaient exclus de tous rapports de société. Défense leur fut faite de se promener devant le bâtiment dit maison d'Etat et de fréquenter certains quartiers de la ville de Baltimore. Ils étaient, pour ainsi dire, enfermés dans un ghetto, et, chaque fois qu'ils sortaient, il leur fallait porter des armes pour leur défense (2). Abreuvés de dégoûts, bon nombre d'entre eux sollicitèrent des ministres de Louis XV, en 1751 , la faveur de s'établir dans la Louisiane. Mais soit que le gouvernement français redoutât la prédominance de l'élément anglais dans cette possession encore bien faible, soit indififérence, la requête de ces infortunés fut repoussée (3). Ils s'inclinèrent sous la tourmente, et la fermeté de leurs convictions dans le malheur inspira encore plus de mépris pour l'abaissement du lord propriétaire qui faisait litière de ses idées religieuses afin de ressaisir un pouvoir perdu. Le martyre des catholiques se prolongea jusqu'à la révolution de 1776, qui marqua pour eux Fère d'une revendication particulière contre les protestants, indépendamment de la revendication de tous contre l'Angleterre. Les prolestants comprirent alors combien il importait de réunir en un faisceau toutes les forces vives du pays dans le combat très inégal que l'on allait entreprendre contre la Grande-Bretagne. Ils firent un humble appel à leurs adversaires pour réclamer leur concours, promettant et demandant l'oubli pour tous les dissentiments passés en matière de religion et de politique. Us terminaient en disant : « Nous supplions, nous conjurons tous les habitants <t au nom de leurs devoirs envers Dieu, envers le pays et la
(1) Mac Mahon, vol. I, p. 245 et Hildreth, vol. II, p. 241. — (2) Life of Charles Carroll dans the Biography of the Signers, vol. VllI, p. 240. —
(3) HiLDRKTH, vol. II, p. 414.
« postérité, de s'unir cordialement dans une défense cora- « mune de nos droits et de nos libertés (1). » Quelle pouvait être la valeur de cet appel et de cet acte d oubli? Un contrat de cette nature est de la pire espèce; car il n'est point dû à un sentiment généreux, mais à une force des choses impérieuse, c'est-à-dire à rinslinctde la peur, le plus déplorable de tous. Néanmoins, à la faveur de ces circonstances, les catholiques purent reprendre le rang et ressaisir les droits dont ils avaient été odieusement dépouillés !
En regard de la persécution violente des catholiques, quelle était la condition du clergé de l'Église protestante dominante? Les ministres vivaient de la dîme imposée par eux à toutes les communions et ils s'abandonnaient à tous les désordres. Leur conduite devint si scandaleuse, qu'un évoque protestant disait naguère : « J'ai vu tant de « témoignages irrécusables, écrits et verbaux, de la con- « duite du clergé protestant du Maryland (de cette époque), « que je suis confondu de surprise en voyant que Dieu a «épargné une Église si universellement corrompue el « qu'il n'a point retiré sa lumière de ce triste lieu (2j. »
Quel est donc l'auteur français qui a mis en lumière ce j martyrologe catholique et ce scandale du clergé protestant de l'Église épiscopale?
(1) Mac Mahon, vol. I, p. 411. — (2) Campbell, Life of Archhishvp Carroll dans tite U. S. calholic Magasine^ n® 99.