RESTRICTION DU SUFFRAGE AU MARYIAND
dant CD propre des valeurs mobilières montant à 40 livres sterling. Les élections, soumises à un renouvellement triennal, devaient se faire viva voce comme en Virginie. Toute abstention de voter était passible d'amende (1). L'Assemblée de 1715, qui coopéra à cette constitution, reproduisit la législation de Virginie, en bonne partie au moins, en ce qui concerne le servage et Tesclavage ; elle maintint les dispositions pénales les plus exorbitantes pour le blasphème, la négation de la Trinité, etc., mais en retour, rompant avec le passé, elle régla Tordre des successions en ligne directe descendante, en prescrivant que le partage desbiens meubles et immeubles de père etmère décédés s'opérerait désormais par égales portions entre leurs enfants, sans distinction(2). D'où il faut conclure, dans le silence des statuts antérieurs, que la loi anglaise prévalait jusque-là en cette matière, avec les privilèges qu'elle consacrait.
L'émigration européenne venant successivement grossir les rangs des colons, il fallait aviser tout au moins aux moyens de donner à la population, sans cesse à l'état de formation primitive, une instruction élémentaire propre à la faire progresser sans secousse. Ces! en 1723 seulement qu'un mouvement s'observe en faveur des écoles. Mais, sous l'influence de l'Église anglicane dominante, on exigeait des maîtres des preuves d'orthodoxie qui limitaient beaucoup les choix. En ceci, comme pour les privilèges politiques, on copiait la Nouvelle-Angleterre et la Virginie, dont l'intolérance se donna toujours amplement carrière. Quelques années plus tard, en 1728, un élan généreux associa les déshérités de la fortune au bienfait de l'instruction : une loi de cette date oblige, en effet, les maîtres d'école à enseigner gratuitement autant d'enfants pauvres qu'en désigneraient les inspecteurs chargés de ce service, mesure très libérale qui fait honneur à la colonie (3).
Les lois avaient précédemment un caractère de mobilité qui devenait dommageable à la chose publique. Elles
(1) HiLDRETH, vol. Il, p. 323. — (2) Bacon, Laws of Maryland (1775), cb. XXXIX. — (3) HiLDRETH, vol. II, p. 325.
acquirent depuis lors une sorte de permanence qui marquait le progrès de Topinion. Toutefois on en fît revivre d'autres, surtout en matière criminelle, qui, loin de s'adoucir avec la marche du temps, conservèrent la rouille et la barbarie du siècle précédent. Nous ne citerons que celle qui a trait à la religion et qui date de 1715. Elle porte en effet que tout individu qui profanera le nom de Dieu, qui contestera la divinité du Christ, celui qui niera la sainte Trinité, aura pour la première offense la langue percée d'un fer rouge et sera passible d'une amende de 20 livres sterling. En cas de récidive, un fer rouge portant la lettre B sera imprimé sur le front du coupable et il sera puni d'une amende de 40 livres sterling; la troisième offense sera passible de la peine de mort, sans bénéfice de clcrgie. Quelque révoltante que fût cette législation, elle s'est maintenue presque jusqu'à nos jours (1).
SECTION VI j
Martyrologe des catholiques. — Ils veulent érnigrer. — Révolution de 1776. — Les protestants cherchent à se les concilier. — Oa leur rend les droits qu'on leur avait enlevés. i
Nous allons donner une idée plus complète de la dureté des mœurs de ce temps-là et des baines envenimées du protestantisme par le martyrologe qu'il fit subir aux catholiques, dans la colonie même où ceux-ci inaugurèrent les premiers la liberté politique et religieuse! Dès que les protestants eurent acquis par le nombre la prépondérance dans le Maryland, ils dépouillèrent les catholiques detoo? les droits dont ceux-ci avaient joui précédemment, etik ne cessèrent de les abreuver d'humiliations. Une loi ()« 1704 défendit aux prêtres catholiques de dire la messe, excepté dans Tintérieur des familles, de remplir aucane autre fonction de leur ministère et de faire des prosélytes. On leur retira le droit d'enseigner et la loi accorda à tout
(I) HiLDRETH, vol. Il, p. 324.