CONQUÊTE DES ÉTABLISSEMENTS HOLLANDAIS
SECTION U
Origine des coIour. — Conspiration contre la Compagnie. — Conquête par TAngleterre. — Lois du duc d'York. — Expulsion des catholiques. — Refus aux habilants du droit de voter les impôts. — Ou brûle leur protestation. — Le duc d'York cède New-Jersey.
Cette organisatioa ne répondant point dans ses résultats aux espérances conçues par les fondateurs, on la modifia en 1638 sans y faire ces changements radicaux qui, seuls, pouvaient conquérir à cette province la même faveur que le Massachusetts. Les premiers colons furent des Hollandais, des Wallons, des Anglais, des gens de la Nouvelle-Angleterre. Les Huguenots vinrent aussi, de bonne heure, prendre pied dans cette province et l'immigration de leurs coreligionnaires se continua plus tard, très active, sous rinfluence de leur condition fort troublée en France. Ces divers éléments de population se répartirent inégalement sur ce territoire. Les groupes qui se formèrent étaient différents de vue, de langage, de culte, de mœurs; leurs .aspirations ne pouvaient être les mêmes; aussi a-t-on signalé un fait qui prouve l'empire de la tradition ; la partie ouest de la province, peuplée principalement de Hollandais, se soumit sans difficulté au pouvoir absolu de la Compagnie, tandis qu'à Test, dans Long-Island, au voisinage du Connecticut, les habitants wallons et anglais d'origine réussirent à tracer eux-mêmes les règles de leur gouvernement local qu'ils modelèrent sur celui du Massachusetts (1). La diversité des origines rend compte de ces difféijences de gouvernement, qui ne s'aperçoivent guère qu'au début des sociétés, alors que le pouvoir central manque d'autorité morale et que les pionniers manifestent plus d'intelligence de leurs intérêts que les chefs d'État.
Le gouvernement général était absolu ; il fallait un grand
(1) DUNLAP, vol. I, p. 6.
efifort pour le faire entrer dans une voie libérale. En 1653, les colons exposent aux États Généraux leurs griefs et demandent : i° qu'aucune loi ne soit faite, à l'avenir, sans le consentement du peuple, ce qui impliquait le vote de l'impôt; 2"* qu'aucune nomination aux emplois publics n'ait lieu qu'avec son approbation ; et 3* que jamais où ne fasse revivre une loi tombée en désuétude (1). Dans ce langage ferme et précis, il semble qu'on sente le souffle de la révolution d'Angleterre traversant l'Atlantique et venant pénétrer ces populations. Ces demandes repoussées avec hauteur donnèrent lieu à des résistances, notammenl en ce qui concernait la levée des impôts. Ce fut le point de départ d'une sourde conspiration contre le gouveroement delà Compagnie. L'Angleterre ne devait point tarder à profiler de cet état des esprits si favorable à son génie de conquête et de domination.
Déjà, après Tavènement de Charles II à la couronne, le duc d'York, son frère, avait jeté les yeux sur la Nouvellf- Hollande et voulait s'en emparer, en se fondant sur certains titres de concession, que lord Sterling aurait obtenus de la Compagnie dite Conseil pour la Nouvelle-Angleterre et qu'il aurait cédés depuis au duc, pour les appliquer aux possessions hollandaises, il gagna facilement le roi à ses idées et il se fit confirmer dans ses prétentions par une charte qui lui fut octroyée en 1664. Bientôt trois vaisseaux de guerre chargés de six cents soldats firent voile pour la Nouvelle-Hollande avec mission de s'en emparer. La conquête en fut aisée ; car la Compagnie des Indes, pliant sous le faix de ses engagements pécuniaires, ne put mettre New-Amsterdam (New- York) en état de défense. Le traité de reddition de la place signé en 1664 stipulait au profit des colons d'origine hollandaise les droits de citoyens libres et la liberté du commerce avec la Hollande pendant six mois. La loi de ce pays, qui consacrait la dévolution des successions par égales portions entre les héritiers, fut
(4) Bancroft, vol. I, p. 310.