‹ La république américaine États-Unis; institutions de l'union, institutions d'état, régime municipal, système judiciaire, condition sociale des Indiens; avec une carte de la formation politique et territoriale des États-UnisChapitre 108 sur 226 · LE NEW-JERSEY OUEST ET LES QUAKERS · texte numérisé non relu

LE NEW-JERSEY OUEST ET LES QUAKERS

sa pensée au contact de Puffendorf, le grand novateur de ce temps-là.

Des compagnies organisées pour diriger Timmigration dans cette partie de la province y envoyèrent bon nombre d'individus, principalement des Anglais de ia secte des Quakers. Us contribuèrent à la fondation de Burlington sur la Delaware (1677). Vers cette époque, un danger commun menaçait les deux branches de la colonie, même New-Jersey Est, malgré la confirmation de la charte par le duc d'York. En effet, Andros, gouverneur de la colonie de New- York, prétendit que le prince, en faisant cession du territoire de New-Jersey à Carteret et Berkeley, n'avait point renoncé à son autorité souveraine et qu'il restait maître de disposer de cette province comme bon lui semblerait. Il ajouta que les bâtiments chargés de marchandises pour New-Jersey devaient entrer dans le port de New- York, pour y payer certaines taxes, avant de se rendre à leur destination. C'était, en d'autres termes, ruiner le commerce d'une colonie au profit de l'autre. Andros fit plus encore. Philippe Carteret, gouverneur de New-Jersey Est, ne voulant pas se soumettre à cet arbitraire, fut saisi et jeté en prison comme un criminel. Andros convoqua alors une Assemblée générale de cette partie de la province, dont il s'attribua la présidence. Mais il trouva rebelles les habitants, qui, loin de se soumettre à la prétendue autorité du duc, la repoussèrent énergiquement. Ils se fondaient sur la Grande Charte d'Angleterre sur laquelle seule reposaient les privilèges et la sécurité de tous individus nés libres en Angleterre (1). Les mêmes prétentions s'étendaient aux établissements fondés sur la Delaware (Ouest Jersey). Elles furent l'objet de la même résistance. Ce conflit d'autorité ne pouvait durer. Les propriétaires des deux Jerseys convinrent avec le duc d'York de soumettre leurs différends à deux arbitres. La question fut examinée de près avec l'adjonction d'un avocat éminent de cette épo-

(t) HiLDRBTH, vol. II, p 60.

que. Leur sentence donna gain de cause aux adversaires du duc. Ce prince confirma en conséquence la patente qu'il avait primitivement donnée; mais, par une interprétation arbitraire de cette décision, il s'arrogea le droit de nommer lui-même le gouverneur. C'est ainsi qu'il attribua ce poste à Billings, propriétaire dépossédé. Les cessionnaires de celui-ci, ne voulant pas faire revivre un conflit qu'ils devaient considérer comme entièrement vidé, confirmèrent cette nomination (1681).

En l'absence de Billings, le lieutenant gouverneur convoqua une Assemblée générale dans le but de j eter la base du gouvernement de New-Jersey Ouest. Cette espèce de constituante arrêta que les élections pour les assemblées législatives auraient lieu annuellement. Aucune taxe, aucun impôt de douane ne pourraient êlre votés que pour une année. La nomination et la révocation des fonctionnaires furent réservées à l'Assemblée. Nul ne serait exclu d'un poste quelconque pour cause de dissidence en matière religieuse. On restreignit de beaucoup le cercle des prérogatives du Gouverneur et du Conseil en leur défendant de lever aucune taxe, de confier des missions, de faire aucun traité, de proroger ou dissoudre l'Assemblée sous quelque prétexte que ce fût. Ces diverses garanties n'étaient guère que le complément modifié de la charte préexistante. Mais à cette époque où les droits les mieux établis étaient souvent mis en question, les habitants tenaient à affirmer autant qu'ils le pouvaient les libertés dont ils jouissaient, surtout celles qu'ils conquéraient par des pratiques habiles. Ces diverses dispositions élargissaient outre mesure le domaine législatif. Mais, en 1683, le peuple parut réclamer des garanties que ne lui assurait point le jeu des institutions. En conséquence le Gouverneur et le Conseil furent chargés, à l'avenir, de la préparation des lois, et de la publication des projets formulés dans la plupart des centres de la province ouest, afin que tous les habitants en eussent complète connaissance avant la réunion des Assemblées qui n'auraient plus qu'à les approuver ou les reje-

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ter(l). Le gouvernement représentatif se trouvait ainsi remplacé par une démocratie pure. L'on espérait par là échapper à ces lois subreptices que Fintrigue et la corruption savent trop souvent enlever par des moyens réprouvés, quand se présente le moment opportun.

L'ensemble de ces institutions paraissait assez bien assorti au tempérament de ce peuple ; car, sauf quelques lois d'un intérêt secondaire, rien depuis n'appela particulièrement l'attention sur son existence politique.

SECTION IIÏ

New-Jersey Est. — Morl de Carleret. — Ses dispositions testamentaires. — Contraste entre les deux parties Est et Ouest. — Achat de la partie Est par les Quakers.

On a vu que la partie Est de New-Jersey était échue à Carteret par le partage intervenu entre lui et les représentants de Berkeley, et que le duc d'York avait formellement confirmé cette possession dans la main de Carteret. Philippe, frère de celui-ci, avait repris les rênes du gouvernement, appuyé d'un ordre du roi qui commandait impérieusement aux colons la soumission à l'autorité de ce gouverneur et le payement des quit rents,

Carteret mourut en 1779. Par son testament il chargea quelques trustées (2) de la disposition de sa province en faveur de ses créanciers, de sa veuve et de son fils encore en bas âge. En attendant qu'il se fussent concertés sur l'exécution de ce testament, Philippe Carteret fut maintenu dans son poste de gouverneur. Mais la deuxième période de son administration ne fut pas moins tourmentée que la première, non seulement par le refus des quit rents, mais encore par la prétention élevée par Andros, gouverneur de , New-York, de soumettre les deux Jerseys à l'autorité de son

(1) Gordon, History of New-Jersey ^ p. 45. — (2) Fidéicommissaires auxquels est confiée la propriété de quelqu'un pour en disposer d'après certaines règles, pour le profil de celui-ci ou dans un but d'intérêt public.

mattre, qui, suivant lui, restait le seul souverain de la colooie. Cette prétention, qui faisait bon marché des actes confirmalifs de la première concession par le duc d*York, ne put tenir contre l'énergique résistance des habitants. Force fut pour le duc d'York de désavouer son gouverneur et de renoncer définitivement à toute prétention sur les deux Jerseys.

Les luttes sans cesse renaissantes entre le gouverneur el les colons, notamment à propos des qtiit rentSy et Tespril turbulent delà population rendaient la possession de New- Jersey Est à peu près improductive. Ce fut la cause priacipalede la mise en vente de cette branche de la province (i). Mais, avant de parler de cette aliénation et de ses conséquences, il convient de mettre en regard et de faire ressortir les traits caractéristiques de l'opposition existant entre les deux branches de la colonie pour en dégager le degré d'influence de l'esprit de secte sur les institutions de l'une el de l'autre.

A l'Est, la majorité de la population est essentiellemeDt puritaine, elle vient de la Nouvelle-Angleterre.

A rOuest, les colons sont Quakers; leur immigration plus récente est due aux persécutions dont leur secte est l'objet en Angleterre.

Les premiers, au mépris de la liberté de conscience qu'ils auraient dû respecter, n'attribuent la qualité et les droits de citoyen qu'à ceux qui sont admis membres de leur église.

Les deuxièmes au contraire ne mettent aucune condition à la qualité de citoyen électeur. Cependant ils ne peuvent se soustraire entièrement à l'exclusivisme protestant ; car on les voit en 1693 repousser de toute fonction publique quiconque est catholique et tout individu qui ne croirait ni à la Trinité ni à l'inspiration divine de la Bible (2).

En matière criminelle le puritain d'Est Jersey ne voit que la vengeance à exercer sans la moindre sollicitude pour l'avenir du coupable. Treize cas de mort sont inscrits

(1) Graham, Colonial hisiory, vol. H, p. 350. — (2) Gordon, Eism of New- Jersey f p. 49.

dans les lois de cette branche de la colonie et on ^ voit figurer le crime de sorcellerie.

Le Quaker de FOuest Jersey au contraire ne sépare point le coupable de la société qu'il a offensée. Il veut pour elle une légitime satisfaction, mais il tente en même temps la régénération de Toffenseur. L'on a remarqué que pendant les vingt-quatre ans que dura le gouvernement quaker distinct, il n'a été constaté parmi les colons aucun des crimes punis de mort par les Puritains.

Dans Tune et l'autre région de la colonie, le pouvoir législatif est confié à une assemblée, avec cette différence cependant que dans l'Est elle est le produit du suffrage restreint appartenant aux membres de l'Eglise, tandis quç dans la partie Ouest le vote est universel. De plus, dès garanties sont prises contre la corruption par la soumission au peuple des projets de loi à consacrer par l'Assemblée comme on l'a vu plus haut(l).

• Lorsque les Trustées et la veuve de Carteret eurent mis en vente le New-Jersey Est, les Quakers, qui avaient fait une expérience heureuse du gouvernement dans le Jersey Ouest, songèrent à acheter cette part, ce qui leur permettrait de centraliser dans leurs mains le gouvernement de la colonie entière, et d'y faire mieux pénétrer leur influence. Il y avait dans cette résolution un danger sérieux pour l'époque ; car la partie Est était peuplée en grande partie de Puritains, ardents adversaires des Quakers. Ils ne manqueraient pas sans doute d'exciper de quelques avantages politiques dont il a été question plus haut, et qui nuiraient à la fusion des institutions. En cas de conflit, rintervention royale pouvait être fatale aux nouveaux propriétaires et à la colonie entière, par la perte des chartes obtenues et de tous les privilèges qu'elles renfermaient.

(1) Celte marche parallèle et si différente des deux branches de la colonie, malgré son importance caractéristique, échappe complètement à M. Laboolaye, qui afftrme que le New-Jersey n'a point d*annales et que son histoire se résume en un seul fait : un attachement sincère à la liberté religieuse! Voir son Histoire des Étals-Unist vol. I, p. 294 et 345. Que de contre-sens en peu de mots I

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Quoi qu'il en soit, douze Quakers, au nombre desquels figurait Penn, achetèrent la part de Carteret; mais ils cherchèrent en même temps à fortifier leur situation, en associant àleur entreprise douze personnages considérables d'Angleterre et d'Ecosse, qui n'appartenaient, ni les uns ni les autres, à la secte des Quakers. Il s'agissait alors d'un expédient politique tout à fait étranger aux questions religieuses (1683). A l'aide de ce patronage intéressé, Tassociation obtint aisément du duc d'York une nouvelle charte de gouvernement en termes formels, tant on redoutait la reprise de ses prétentions sur cette colonie.

Mais cet acte ne préjugeait en aucune manière la question de savoir si ce prince, cessionnaire d'une sorte de prérogative royale pour toutes ses possessions d'Amérique, était fondé à la déléguer en totalité ou par fragments, sans le consentement du roi. Les nouveaux concessionnaires inclinèrent vers le doute et ils s'adressèrent directement au Roi pour réclamer de lui une confirmation de leur titre. Ce^ que n'aurait point obtenu peut-être un simple pétitionnaire fut concédé sans difficulté à cette association dans laquelle figuraient des personnages considérables. Charles II, déférant à cette requête, leur remit une lettre dont l'objet était d'attester la régularité de la cession du duc et de réclamer des habitants pour les nouveaux propriétaires une obéissance complète (1). Ceux-ci choisirent, pour gouverneur à vie du New-Jersey Est, Barclay, l'un d'eux, écossais d'origine, et l'un des plus distingués parmi les Quakers. Rien ne fut changé aux institutions existantes ; mais le New- Jersey Est fut divisé en quatre comtés, et un code de lois civiles fut publié (1684).

C'est vers cette époque que se dirigèrent dans cette partie du New-Jersey bon nombre d'Écossais presbytériens qui fuyaient la persécution de l'Église épiscopale nouvellement rétablie en Ecosse. Ils furent le premier noyau du presbytérianisme en Amérique. Réunis sous un même gouverne-

(4) Gordon, p. 51.

ineQt avec les habitants qui les avaient précédés, hollandais, Puritains de la Nouvelle-Angleterre, anglais (1), ils ne contribuèrent pas pour peu à la fortune de leur pays d'adoption par leurs travaux agricoles ; car le commerce de la colonie, entravé alors par les gouverneurs de New- York, ne formait encore qu'un appoint dans la production de ce pays.

L'avènement du duc d'York à la couronne, sous le nom de Jacques II (1685), menaça l'indépendance des deux Jerseys, malgré la charte qu'il leur avait octroyée. Mais la courte durée de son règne empêcha la réalisation de ses idées liberticides. La révolution de 1688 ne changea pas la condition politique de la colonie, abritée qu'elle éiait par la charte mentionnée plus haut. Cependant les deux branches du New-Jersey étaient incessamment travaillées par des ferments de plus d'une sorte. L'accord ne régnait point entre les propriétaires et leur mésintelligence provoquait au relâchement des liens existant entre eux et les colons. La variété des origines et des sectes causait aussi certaines répulsions parmi les habitants. A TEst, les rivalités étaient vives entre les Anglais elles Écossais. Quant aux fondateurs de cette région, ils continuaient à résister énergiqueraent au pdL^ementdes quitreTitSy dont ils avaient, dès le principe, contesté la légitimité. A l'Ouest, la diversité des populations se montrait peu favorable au gouvernement quaker. Enfin la colonie de New- York prétendait toujours rendre le New- Jersey son tributaire pour les droits de navigation. Il est juste de dire que ce conflit d'autorité fut tranché contre New- York par la cour de Westminster en 1700. Ces diverses causes réunies déterminèrent les propriétaires du New-Jersey à rétrocéder à la Couronne leurs pouvoirs de gouvernement. Une négociation eut lieu, qui amena un traité aux termes duquel la province fut remise à la reine Anne le 17 avril 1702, de l'agrément des colons qui avaient d'ailleurs sollicité ce changement de maître sans bien se

(1) Baiho, Religion in America^ p. 136.

rendre compte des conséquences du nouvel état de choses. La colonie entière devint province royale, sous réserve pour les cédants de toutes les terres non aliénées par eux dans cette province et des quit rents qui pouvaient leur être légitimement dues (1).

SECTION IV

Réunion des deux branches de New-Jersey. — Institutions dou velles.- — Esclavage. — Piraterie.

Les deux sections du New-Jersey furent dès lors et pour toujours réunies en une seule province qui eut pour gouverneur, du choix de la reine, lord Cornbury, son parenl. Les chartes sous la protection desquelles avaient vécu les habitants disparurent sans retour. De simples instructions données au gouverneur en tinrent lieu, sans en offrir les garanties. En voici la substance :

La Province est remise aux mains d*un gouverneur, d'un Conseil et d'une Assemblée générale, à chacun dans les limites des pouvoirs qui lui sont départis. Le Conseil, composé de douze membres, est choisi par la reine sur uoe liste de candidats présentée par le gouverneur. Ce haut fonctionnaire peut les suspendre; mais il doit compte de cette résolution à la Couronne; ces conseillers ne peuvent être que des hommes de bonnes mœurs, dévoués, capables, d'une consistance territoriale suffisante^ au-dessus de la gêne, et exempts de dettes. Ils ont entre autres prérogatives celle de former la chambre haute de la législature. La chambre basse est composée de vingt-quatre membres à fournir par moitié par chacune des deux sections de la province. Le choix en est fait par les propriétaires fonciers possédant un immeuble de 100 acres de superficie ou des valeurs mobilières équivalant à 50 livres sterling. L'éligibilité dépend de la possession à titre de propriétaire

(1) Bàncroit, vol. I, p. 395; Gordon, p. 54 et Huj>rstB9 toL U. p. 216.

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de 1,000 acres de terre. Le mandat de délégué comporte une durée illimitée.

Le gouverneur a le pouvoir de convoquer, proroger et dissoudre TAssemblée générale, selon son bon plaisir. Les ]ois sont soumises à son veto, indépendamment de celui de la Couronne qui s'exerce même sur les actes approuvés par ce haut fonctionnaire.

Les coursde justice sont instituées par le gouverneur avec Tassentiment du Conseil; il en nomme seul les juges. Plusieurs juridictions sont instituées, et le gouverneur et le Conseil forment cour d'appel à l'égard des jugements rendus par la Cour suprême. Enfin le gouverneur seul remplit l'office de chancelier.

La liberté de conscience est garantie à tous les cultes avec cette exclusion stéréotypée partout "des papistes, autrement dit, des catholiques. Rarement on vit une haine aussi invétérée, aussi persistante contre cette malheureuse communion dont les membres, de l'aveu de tous, furent les ,'plus pacifiques, les plus inoffensifs en Amérique. Malgré la proclamation de cette liberté religieuse, recommandation était faite au gouverneur de faire prévaloir le culte épiscopal.

Ordre était donné de ne tolérer aucune presse dans la colonie pour prévenir les dangers résultant de la publicité. Du reste, la même prohibition s'étendait alors à toutes les provinces royales (1).

L'omnipotence gouvernemenlale n'en était pas moins tenue en échec par le pouvoir incontesté qu'avaient les représentants du peuple de refuser des subsides pour la marche des affaires, si les gouverneurs tentaient d'abuser de leur autorité. Ceux-ci étaient particulièrement intéressés à ménager l'Assemblée, car d'elle dépendait la fixation de leur propre traitement. Néanmoins, assez de moyens leur restaient pour pratiquer de scandaleuses exactions.

(1) Voir sur ces instructions Bancroft, vol. I, p. 395-796 et Hildrgth, Tol. II, p. 217-218.

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Cornbury, le pBemier d*entre eux, profitant des rivalités ardentes qui divisaient les sectes, se vendit tour à tour aux Ouakers, aux Presbytériens, aux Congrégationalistes, surtout aux Episcopaux vers lesquels il penchait naturellemeot. M,ais le jour de la justice arriva; des plaintes énergiques se firent entendre, et Cornbury révoqué fut jeté en prison par ses créanciers (1709) (1).

Quoique le New-Jersey conservât sa législature propre, il eut pendant un temps le même gouverneur que la colonie de New-York ; il en résultait de graves inconvénients auxquels on mit un terme en 1738, époque à laquelle chacune des deux provinces reprit son gouverneur distinct (2). Cette satisfaction donnée à Topinion et aux intérêts n'empêcha point le New-Jersey, à l'Est au moins, d'être très agité pour des raisons diverses, et particulièrement à cause des guit rents dont la perception était exigée par les voies judiciaires. Des prises d'armes eurent lieu contre des officiers de justice; les arrestations devinrent nombreuses, à ce point que les prisons ne suffirent plus pour répondre aux nécessités du moment. Vaincus un jour, le? insurgés reprenaient l'offensive le lendemain. Ils forcèrent les lieux de détention et délivrèrent les prisonniers. Pendant plusieurs années, le règne des lois fut suspendu alla justice méprisée. L'Assemblée générale elle-même refusa de s'associer à toute mesure qui prêterait force à la loi, uniquement pour créer des embarras au gouvernement, auquel elle refusait même les subsides ordinaires, excepté en papier-monnaie, contrairement aux institutions royales. Ce désordre gouvernemental se prolongea longtemps encore, Les anciens propriétaires, qui avaient à lutter contre ces résistances obstinées, portèrent l'affaire devant la cour de chancellerie qui, procédant avec sa lenteur proverbiale n'avait pas encore statué lorsqu'éclata la révolution pour l'indépendance (3).

L'Ouest de la province, ayant été organisé dans des con-

(1) UiLDRBTH, vol. II, p. 249. — (2) Le même, p. 362.— (3) Le même, p. 410.

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